Un nuage de gaz nauséabond de Paris à Londres

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UNE FORTE ODEUR DE GAZ NON TOXIQUE SUBMERGE PARIS
UNE FORTE ODEUR DE GAZ NON TOXIQUE SUBMERGE PARIS

PARIS (Reuters) - Un nuage de gaz nauséabond mais sans danger à faible dose a submergé la région parisienne dans la nuit de lundi à mardi et a même atteint le sud-est du Royaume-Uni, à la suite d'émanations provenant d'une usine de Seine-Maritime.

Les odeurs de mercaptan ressenties de Rouen à Paris ont déclenché une vague d'appels d'habitants inquiets vers les services d'urgence et l'ensemble de l'exploitation de l'usine où s'est produite la réaction chimique a été stoppé.

Dans le Kent, au sud de Londres, les pompiers ont invité les habitants à laisser portes et fenêtres fermées en raison d'un nuage de gaz venu de France.

Les ministres français de l'Intérieur et de l'Ecologie, Manuel Valls et Delphine Batho, ont indiqué que "l'inertage" des réacteurs de l'usine Lubrizol, qui nécessite une procédure particulière, prendrait toute la journée.

Pour permettre ces opérations, le 16e de finale de la Coupe de France de football qui devait opposer mardi soir Rouen à l'Olympique de Marseille, dans le stade voisin de l'usine, a été reportée, précisent-ils dans un communiqué.

Pour Michèle Rivasi, députée européenne d'Europe Ecologie-Les Verts, l'inhalation du mercaptan n'est pas sans danger pour les personnes les plus fragiles et les autorités ont failli au principe de précaution.

"Le ministère de l'Intérieur aurait dû appeler à la vigilance et demander aux riverains et aux personnes sensibles de rester confinées chez elles pour ne pas saturer les pompiers d'appels - à juste titre - anxieux", écrit-elle dans un communiqué.

Delphine Batho, qui se trouvait en Allemagne pour le cinquantenaire de la signature du traité de l'Elysée, a annoncé qu'elle se rendrait sur place en fin de journée aux côtés des services de l'Etat.

Le mercaptan, un composé soufré donnant des odeurs nauséabondes de sueur, d'ail, voire d'oeuf pourri, est associé au gaz de ville afin de permettre de sentir une fuite qui serait autrement inodore et d'éviter les accidents.

EN DESSOUS DES SEUILS SANITAIRES

Il est classé dans la liste des produits "toxiques par inhalation" et "dangereux pour l'environnement".

Mais les seuils auxquels sont soumis les riverains "sont très en dessous des seuils ayant un impact sanitaire", affirment les ministères de l'Intérieur et de l'Ecologie.

"Le seuil sanitaire est en effet 20.000 fois supérieur à son seuil olfactif, expliquant les désagréments qui ont pu intervenir du fait d'odeurs incommodantes", expliquent-ils.

Classée Seveso, l'usine Lubrizol de Rouen fabrique des additifs qui servent à enrichir les huiles, les carburants ou les peintures industrielles.

Jean Payrouse, le directeur des opérations internes de l'usine Lubrizol, a confirmé que les opérations de "neutralisation" de cette réaction chimique devraient être achevées dans la soirée.

Il a précisé sur RTL qu'il ne s'agissait pas d'une fuite mais d'un produit qui s'était décomposé dans une cuve en raison d'une "élévation anormale de température", pour des raisons qui n'ont pas encore été élucidées.

Selon Jean Payrouse, le produit rejeté est "non toxique" aux concentrations actuelles. "La meilleure preuve, c'est qu'il est utilisé pour les boules puantes".

Il a confirmé qu'un incident du même type s'était déjà produit dans l'usine dans les années 1990, précisant que les systèmes de sécurité et de traitement avaient été renforcés.

Michèle Rivasi regrette de son côté que les autorités soient parties du principe que la concentration en gaz était suffisamment basse pour ne pas déclencher d'alerte.

"Il ne s'agit là que d'un calcul lié à une valeur limite d'exposition pour des individus bien portants. La fiche toxicologique du méthanetiol (nom chimique du mercaptan) n'a rien de rassurant: il est toxique par inhalation", dit-elle.

Les habitants de Rouen ne semblent avoir ressenti l'odeur nauséabonde qu'assez tard, lundi soir, en raison de vents tourbillonnants. En outre beaucoup se disent habitués aux odeurs émises par les entreprises locales.

L'Observatoire de la qualité de l'air normand dit cependant avoir reçu une trentaine de plaintes.

Julien Ponthus et Gérard Bon, avec Marc Parrad à Rouen, édité par Yves Clarisse

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  • M2280901 le mardi 22 jan 2013 à 15:40

    Delanoé doit flatuler un max !