Un muguet du 1er-Mai au puissant parfum électoral

le
1
Un muguet du 1er-Mai au puissant parfum électoral
Un muguet du 1er-Mai au puissant parfum électoral

par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - Le muguet du 1er-Mai aura cette année un puissant parfum électoral en France, à cinq jours du verdict de l'élection présidentielle.

Déjà chargée de symboles en temps normal, la journée des odorantes clochettes printanières mais surtout des travailleurs donnera lieu mardi à une récupération politique tous azimuts.

Le président sortant, Nicolas Sarkozy, a ouvert les hostilités en appelant ce jour-là à Paris à un rassemblement à Paris autour de la "valeur travail".

Le candidat de l'UMP, célèbre depuis sa campagne de 2007 pour manier ce thème avec son célèbre "travailler plus pour gagner plus", s'est attiré les foudres des syndicats de salariés en parlant cette fois de la célébration du "vrai travail".

Il a démenti pourtant, mercredi sur TF1, avoir employé cette expression, aussitôt qualifiée de provocation par la CGT, qui a dit y voir une tentative de diviser les salariés et de stigmatiser les syndicats.

"Non, non, je n'ai pas dit du vrai travail", a répondu le chef de l'Etat, candidat à un second mandat, aux journalistes qui l'interrogeaient. "Je veux faire du 1er-Mai une fête du travail (...) C'est une fête pour célébrer la valeur travail."

Il avait pourtant bien employé l'expression lundi, au lendemain du premier tour de la présidentielle, en annonçant son intention d'organiser ce grand rassemblement place du Trocadéro.

"Le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, qui sont exposés, qui souffrent", avait-il alors expliqué à la presse.

HOLLANDE BOTTE EN TOUCHE

Le torchon brûle entre Nicolas Sarkozy et les syndicats, représentants de ces "corps intermédiaires" que le chef de l'Etat ne cesse de dénoncer depuis son entrée en campagne.

La CGT n'a rien fait pour améliorer sa popularité auprès de l'actuel locataire de l'Elysée en appelant à "battre Nicolas Sarkozy" le 6 mai, jugeant nécessaire d'élire un "nouveau président de la République" au nom du "progrès social".

Honteux, a réagi le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, qui a demandé que le "temps de parole" du premier syndicat français dans les médias audiovisuels soit décompté de celui du candidat socialiste, François Hollande.

Ce dernier, qui a viré en tête à l'issue du premier tour avec 28,6% des voix contre 27,2% à Nicolas Sarkozy, bottera en touche mardi puisqu'il célébrera ce jour-là l'anniversaire de la mort de l'ancien Premier ministre socialiste Pierre Bérégovoy, qui a mis fin à ses jours le 1er mai 1993 à Nevers.

Fidèle au style rassembleur qu'il s'est choisi pour cette campagne, l'ancien patron du PS tentera donc de prendre de la hauteur.

"C'est la fête des travailleurs", a-t-il dit jeudi sur France Info. "Je ne considère pas que les politiques doivent interférer, même en campagne présidentielle. J'ai regretté que Nicolas Sarkozy en fasse un instrument de conflit".

La CFDT est d'accord, qui s'est elle aussi inquiétée d'un détournement politique de la fête traditionnelle du travail.

MARINE LE PEN ENTRETIENT LE SUSPENSE

Le 1er-Mai a aussi une signification particulière pour le Front national, qui rend hommage chaque année ce jour-là à la mémoire de Jeanne d'Arc.

La "Pucelle d'Orléans" partagera cette année le menu avec la présidentielle puisque Marine Le Pen, qui prétend s'exprimer au nom des travailleurs plus sincèrement que la gauche, a choisi de livrer mardi sa position personnelle avant le second tour.

Donnera-t-elle une consigne de vote? Toute la classe politique sera suspendue aux lèvres de la présidente du Front national, en position d'arbitre après avoir recueilli 17,9% des suffrages au premier tour, même si Marine Le Pen a affirmé dans une lettre adressée jeudi aux finalistes qu'elle n'était pas "propriétaire" des voix obtenues au premier tour.

Pour la gauche, le 1er-Mai reste un symbole et elle supporte mal que la droite y touche. L'Humanité, quotidien communiste qui a soutenu le candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon, n'a ainsi pas hésité à placer mercredi côte-à-côte à la "une" des portraits de Nicolas Sarkozy et Philippe Pétain.

"Le chef de l'Etat tente une OPA sur la fête des travailleurs pour draguer les voix du Front national", écrivait l'Humanité en première page. "Un discours aux relents pétainistes dénoncé par la gauche et les syndicats".

Il y aura bien un défilé des travailleurs et Jean-Luc Mélenchon, qui a accommodé la Révolution à toutes les sauces pendant sa campagne, sera dans le cortège.

"M. Sarkozy nous provoque, il nous attaque", s'est insurgé le président du Parti de gauche dans un entretien accordé à Reuters. "Puisqu'il nous provoque, nous serons plus nombreux. On appelle tout le monde à descendre dans la rue."

L'histoire ne dit pas ce que fera mardi le centriste François Bayrou, dont les électeurs sont eux aussi très courtisés par les deux finalistes.

Comme pour continuer de marquer sa différence, celui qui fut le candidat du MoDem a choisi la date du 3 mai, soit le lendemain du débat télévisé entre les duettistes du second tour, pour donner une éventuelle consigne de vote.

Avec service France, édité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • papymujo le jeudi 26 avr 2012 à 13:21

    Tous les parfums ne sentent pas bon!