Un Medef plein de bonne volonté avant l'intervention de Hollande

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Soucieux d'afficher sa bonne volonté, le Medef organise lundi à Lille une "mobilisation" pour "amplifier" sa campagne "un million d'emplois", à la veille de la conférence de presse de François Hollande qui doit détailler son pacte de responsabilité avec les entreprises.

Le pacte de responsabilité, "c'est l'électrochoc que j'attendais", a déclaré lundi le président du Medef Pierre Gattaz sur Europe 1, se disant convaincu de pouvoir "créer des poches de 50.000 à 100.000 emplois dans les prochaines années, à la condition que certains chantiers s'ouvrent". "C'est ça que nous attendons du président de la République", a-t-il ajouté.

Le président Hollande a annoncé le 31 décembre qu'il proposait aux entreprises un "pacte de responsabilité" fondé sur "un principe simple : moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en même temps, une contrepartie, plus d'embauches et plus de dialogue social".

Le Medef s'est immédiatement réjoui de cette proposition, se disant prêt à "participer et à s'impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé".

Jeudi, M. Gattaz n'a pas réinsisté sur ses conditions à lui (la baisse du coût du travail, celle des prélèvements obligatoires, la simplification des démarches, etc) mais a ajouté une "contrepartie" en évoquant la possibilité d'augmenter les salaires nets. "Nous pouvons tout à fait imaginer, si on baisse les cotisations patronales et un peu salariales, qu'il y ait une hausse du salaire net raisonnable", a-t-il déclaré.

"Un téléphone entre le Medef et l'Elysée"

Il a évalué le besoin d'allègement du coût du travail à "une trentaine de milliards d'euros", soit en gros l'équivalent de la part patronale des cotisations pour la branche famille (35 milliards d'euros). Comme l'a déjà laissé entendre le gouvernement, M. Gattaz souhaite que cette somme ne soit plus prise en charge par les cotisations patronales.

Pourquoi pas, selon lui, la compenser d'abord par une nouvelle hausse de TVA et à terme par une baisse de la dépense publique ? Le gouvernement a saisi fin décembre le Haut conseil à la Protection sociale pour étudier les différentes pistes de transferts possibles.

Quoiqu'il en soit, M. Gattaz semble avoir rangé au placard la contestation frontale avec le gouvernement et les critiques acerbes qui avaient marqué son arrivée, cet été, à la tête de la principale organisation patronale de France. Le temps semble loin où il conditionnait sa participation aux Assises de la fiscalité à une baisse générale, et dès 2014, des prélèvements pesant sur les entreprises. C'était pourtant le 18 décembre dernier, avec cinq autres organisations patronales.

"La réaction rapide du Medef aux voeux de l'Elysée et la réaction de surprise des syndicats donnent l'impression que la déclaration du président - quelque chose qui ne se fait pas en l'air, dont on prépare le terrain avant - a été pensée avec un téléphone entre le Medef et l'Elysée", décrypte Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du Travail et spécialiste du patronat.

Pour lui, M. Gattaz est aujourd'hui "dans une stratégie d'accompagnement, d'encouragement" de la politique du gouvernement. "Il considère qu'une stratégie de proximité et d'appui est mieux qu'une stratégie d'éloignement et de contestation", poursuit le spécialiste, qui évoque, six mois après l'élection du patron du patron "une sorte d'apprivoisement respectif".

Une analyse dont se félicite le gouvernement. "On regarde ça d'un bon oeil, il nous semble en effet que M. Gattaz est revenu à des sentiments plus constructifs, qu'il est prêt à s'inscrire dans une démarche de compromis", observe une source gouvernementale.

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