«Un matraquage fiscal attend les entreprises»

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INTERVIEW - Philippe Marini, le président UMP de la commission des finances du Sénat, s'inquiète des projets socialistes.

LE FIGARO. - Les hausses d'impôts programmées par le gouvernement ne sont-elles pas indispensables pour redresser nos comptes?

Philippe MARINI. - Avec un PS bénéficiant de tous les pouvoirs, les Français payeront non seulement pour res­pecter nos engagements eu­ropéens de réduction des dé­ficits publics, mais aussi pour financer des actions idéologiques de revanche sur le précédent gouvernement. Je pense au retour à la retraite à 60 ans pour certaines catégories, à la hausse de l'allocation de rentrée scolaire, aux créations de postes dans l'Éducation... Autant de mesures financées par des hausses d'impôt et de cotisations à la charge des ménages et des entreprises. Sans compter les fausses bonnes idées qui fragiliseront les comptes.

Lesquelles?

Par exemple, l'alignement de la fiscalité de l'épargne sur celle du travail. Les plus-values, intérêts, dividendes seraient taxés au barème de l'impôt sur le revenu (IR), et non plus par un prélèvement spécifique comme aujourd'hui. Or en IR, les ménages règlent la facture au fisc un an après avoir perçu le revenu. Le prélèvement spécifique est, lui, immédiat. L'État va perdre un an de trésorerie pour 4 milliards d'euros. Tout cela par idéologie!

Certaines mesures sont-elles dangereuses pour l'économie?

C'est évident. Prenons l'imposition à 75 % des revenus de plus de 1 million d'euros. Les ménages qui y seront soumis payeront aussi des prélèvements sociaux (CSG, CRDS notamment). Résultat, la ponction atteindra 90,5 % sur leurs revenus d'épargne. Et à cela s'ajoutera une hausse de l'ISF. Une fiscalité aussi spoliatrice à l'égard de ceux qui font la vitalité de notre tissu économique est absurde. En outre, les entreprises subiront un matraquage fiscal, alors que leur compétitivité est fragile.

Néanmoins, le gouvernement estime qu'il est normal de faire porter l'effort sur les ménages aisés et les grandes entreprises...

Sauf qu'en réalité de nombreuses mesures toucheront les classes moyennes. Le gouvernement veut faire passer de 8 % à 20 % les prélèvements sociaux sur l'épargne salariale (plan d'épargne entreprises, participation, intéressement...). Pourquoi traiter de manière aussi dissuasive une épargne longue, investie dans l'entreprise et issue d'accords avec les partenaires sociaux? Autre exemple, le livret A. Le doublement du plafond profitera en fait aux ménages assez aisés, qui en sont les principaux détenteurs (9 % des détenteurs du livret A dépassent le plafond actuel de 15 300 euros et possèdent 40 % des encours). Surtout, le PS cache aux Français qu'il y aura des efforts supplémentaires à faire, en plus des 30 milliards de hausses d'impôts déjà annoncées, si la France veut respecter ses engagements européens.

À combien évaluez-vous ce tour de vis?

À 30 milliards. Après les légis­latives, le gouvernement devra tenir compte du ralentissement de la croissance économique et enfin dire où seront réalisées les éco­nomies dans les dépenses.

L'heure de vérité aura sonné... Mais après que les électeurs se seront prononcés sans en être ­informés!

Réforme de l'ISF dès juillet, répit pour la tranche à 75 %

Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a indiqué mercredi que l'instauration d'une tranche à 75 % pour les revenus de plus de 1 million d'euros ne ferait pas partie du texte budgétaire examiné en juillet, mais serait intégrée à la loi de finances pour 2013 présentée en septembre. De quoi laisser quelques semaines à Bercy pour trouver une solution limitant les dégâts sur l'économie. De toute façon, cette tranche à 75 % ne devait entrer en vigueur qu'en 2013. En revanche, les contribuables à l'ISF n'auront pas de répit: le premier ministre a précisé que les mesures sur l'ISF (retour à l'ancien barème plus lourd, maintien du seuil d'entrée à 1,3 million) seront intégrées au texte budgétaire de juillet. En 2012, la hausse devrait passer par une surtaxe. Le relèvement de la fiscalité des successions devrait aussi faire partie du texte de juillet. Tout comme la fin de la TVA sociale.

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