Un juge arbitre mis en examen dans l'affaire Tapie

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UN JUGE ARBITRE MIS EN EXAMEN DANS L'AFFAIRE TAPIE
UN JUGE ARBITRE MIS EN EXAMEN DANS L'AFFAIRE TAPIE

PARIS (Reuters) - Pierre Estoup, l'un des trois juges du tribunal privé qui a soldé le litige opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais, a été mis en examen mercredi du chef d'escroquerie en bande organisée et faux, a annoncé le parquet de Paris.

Les enquêteurs soupçonnent le magistrat à la retraite, âgé de 86 ans, de liens professionnels avec Me Maurice Lantourne, l'avocat de l'homme d'affaires, ce qui pourrait constituer un conflit d'intérêts jetant une ombre sur l'arbitrage.

La garde à vue de Me Maurice Lantourne, également interpellé au début de la semaine, a été levée dans la nuit de mardi à mercredi, a-t-on appris de source proche de l'enquête.

Les deux hommes étaient entendus dans le volet non ministériel de l'affaire Tapie.

La directrice général du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde a été placée pour sa part sous le statut de témoin assisté par la Cour de justice de la République (CJR), qui instruit le volet ministériel du dossier.

L'affaire de l'arbitrage privé rendu en 2008 en faveur de Bernard Tapie avait pris un tour nouveau cette semaine avec le placement en garde à vue de Maurice Lantourne et de Pierre Estoup, un juge du tribunal arbitral qui a octroyé à Bernard Tapie 403 millions d'euros.

Lors d'une perquisition effectuée le 14 mai au domicile de Pierre Estoup, les policiers auraient saisi un livre dédicacé par Bernard Tapie le 10 juin 1998, selon L'Express.fr. L'homme d'affaires y louerait le "courage" du "président Estoup" et l'assurerait de son "infinie reconnaissance" et de son "affection".

"UNE GIGANTESQUE MANIPULATION"

Ces actes interviennent après l'audition, jeudi et vendredi derniers par la CJR, de l'ancienne ministre de l'Economie Christine Lagarde qui avait choisi de solder par un arbitrage le litige judiciaire opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais sur la revente d'Adidas.

Le P-DG de France Télécom, Stéphane Richard, directeur de cabinet de Christine Lagarde au moment des faits, est de son côté "appelé à témoigner" devant la brigade financière le 10 juin, a déclaré son avocat.

Trois juges du pôle financier parisien, Serge Tournaire, Guillaume Daïeff et Claire Thépaut, conduisent depuis septembre 2012 une information judiciaire pour usage abusif de pouvoirs sociaux, recel de ce délit, détournement de fonds publics et faux dans ce volet non-ministériel de cette affaire.

François Hollande a demandé à l'Etat de se porter partie civile dans le volet non-ministériel de cette procédure, a confirmé mercredi le ministère de l'Economie.

Jean Peyrelevade, qui dirigea le Crédit Lyonnais de 1993 à 2003, a estimé mercredi sur Europe 1 que l'Etat se devait prendre cette initiative.

"L'Etat d'aujourd'hui doit essayer de compenser les fautes de l'Etat d'hier", a-t-il dit.

"Je suis heureux de voir que la justice commence à se poser des questions sérieuses sur un arbitrage dont j'ai toujours dit qu'il était premièrement illégal, et deuxièmement, à mes yeux, le résultat d'une gigantesque manipulation", a-t-il ajouté.

S'agissant du rôle de Christine Lagarde, il juge qu'"elle a transmis des instructions venant d'au-dessus, de Nicolas Sarkozy lui-même".

Gérard Bon, avec Nicolas Bertin, édité par Patrick Vignal

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