Un journaliste turc pris pour cible devant un tribunal

le , mis à jour à 18:56
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    * Le rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet était visé 
    * Il n'a pas été touché 
    * Un journaliste couvrant le procès semble avoir été blessé 
    * L'agresseur a été arrêté par la police 
    * Les deux journalistes jugés encourent la perpétuité 
 
 (Actualisé avec déclarations, contexte) 
    par Ayla Jean Yackley et Melih Aslan 
    ISTANBUL, 6 mai (Reuters) - Le rédacteur en chef du 
quotidien turc d'opposition Cumhuriyet s'est fait tirer dessus 
vendredi à Istanbul devant le tribunal où il était jugé pour 
espionnage et divulgation de secrets d'Etat, quelques instants 
avant l'énoncé du verdict, a constaté un journaliste de Reuters. 
    L'agresseur a crié "traître" avant de tirer deux ou trois 
coups de feu rapprochés en direction de Can Dündar dont le 
procès est considéré, par les détracteurs du président turc 
Recep Tayyip Erdogan, comme emblématique de la volonté du 
pouvoir d'étouffer la liberté de la presse.  
    Can Dündar n'a pas été blessé mais il semble qu'un autre 
journaliste qui couvrait son procès ait été touché. 
    L'agresseur a été arrêté par la police. Avant de tirer, il 
s'était approché des journalistes qui patientaient devant le 
tribunal, disant qu'il attendait depuis l'aube et qu'il espérait 
que Can Dündar serait déclaré coupable. Ses motivations et ses 
antécédents restent inconnus. 
    "C'est le résultat de la provocation", a déclaré Can Dündar 
quelques instants après les tirs. "Si vous faites de quelqu'un à 
ce point une cible, voilà ce qui arrive." 
    Can Dündar et Erdem Gül, chef du bureau de Cumhuriyet à 
Ankara, encourent la prison à perpétuité. Ils étaient jugés pour 
espionnage et tentative de renversement du gouvernement. Ils ont 
diffusé en mai 2015 une vidéo censée montrer les services de 
renseignements turcs en train de transporter des armes en Syrie 
en janvier 2014. 
    Selon le récit de leurs avocats, le procureur n'a pas retenu 
l'accusation d'espionnage dans son réquisitoire. Il a toutefois 
requis une peine de 25 ans de prison pour Can Dündar pour 
appropriation et divulgation de secrets d'Etat. Pour Erdem Gül, 
il a demandé dix ans de prison pour les avoir publié. 
     
    "LE JOURNALISTE EN PROCÈS" 
    "Nous sommes désormais en procès à cause de notre article : 
pour avoir acquis et publié des secrets d'Etat", a déclaré Can 
Dündar à Reuters lors d'une interruption de séance avant les 
tirs. "Cela confirme que c'est le journalisme qui est en procès, 
ce qui facilite notre défense et rend plus difficile une 
condamnation." 
    Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui était partie au 
procès, a accusé les deux hommes d'avoir porté atteinte à la 
réputation internationale de la Turquie et a souhaité que Can 
Dündar paye le "prix fort". L'opposition a évoqué un procès 
politique. 
    Sous le règne de l'AKP, le Parti de la justice et du 
développement fondé par Recep Tayyip Erdogan, les contrôles se 
sont accrus envers la presse d'opposition, souvent accusée de 
soutenir le terrorisme. 
    Le chef de l'Etat a reconnu que les camions arrêtés par la 
gendarmerie et la police alors qu'ils se dirigeaient vers la 
frontière syrienne appartenaient aux services de renseignement 
turcs. Il a dit qu'ils transportaient de l'aide pour les 
Turkmènes en lutte à la fois contre l'Etat islamique et le 
président syrien Bachar al Assad. 
    "Cette affaire ne repose pas sur le droit; elle est 
politique", a déclaré Mahmut Tanal, un député du Parti 
républicain du peuple (CHP, socialiste laïque).  
    Can Dündar et Erdem Gül ont passé 92 jours en prison, dont 
près de la moitié à l'isolement, avant que la Cour 
constitutionnelle ne juge  cette détention préventive infondée 
en février dernier.   
    Le mois dernier, les forces de l'ordre turques se sont 
retrouvées sur le banc des accusés dans le cadre du procès pour 
le meurtre, il y a dix ans, d'un influent journaliste de la 
communauté arménienne, Hrant Dink. 
    Ce dernier dirigeait un journal destiné aux 60.000 chrétiens 
arméniens vivant en Turquie. Il avait été abattu en plein jour 
en 2007 dans une rue très passante d'Istanbul. 
 
 (Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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