Un journaliste d'opposition turc dénonce la frilosité de l'UE

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    * Vague d'arrestations de journalistes en Turquie 
    * Dündar déplore la réaction tardive des Européens 
    * La Turquie au 151e rang de la liberté d'expression 
 
    PARIS, 8 novembre (Reuters) - Le journaliste d'opposition 
turc Can Dündar, condamné en avril pour divulgation de secrets 
d'Etat et exilé depuis en Allemagne, a dénoncé mardi une 
réaction tardive des pays européens face aux atteintes à la 
liberté d'expression en Turquie depuis le coup d'Etat avorté du 
15 juillet.    
    "Nous avons poussé les gouvernements européens à s'exprimer 
face à l'oppression en Turquie mais ils sont restés silencieux", 
a-t-il dit à des journalistes à Paris, après avoir été fait 
citoyen d'honneur de la ville par la maire Anne Hidalgo.  
    "Maintenant ils tentent de dire qu'ils sont inquiets mais 
c'est un peu tard parce que le pays est en train de brûler en ce 
moment", a-t-il ajouté.   
    Le coup d'Etat manqué de juillet dernier, imputé par les 
autorités turques au prédicateur exilé aux Etats-Unis Fethullah 
Gülen, a été suivi par des milliers d'arrestations et par la 
fermeture de plus d'une centaine d'organes de presse. 
    Egalement dans le collimateur des autorités, le quotidien 
d'opposition Cumhurriyet connu pour ses prises de position 
contre la politique gouvernementale. 
    Le 31 octobre dernier, une douzaine de membres de la 
rédaction du journal, dont le rédacteur en chef Murat Sabuncu, 
ont été interpellés et placés en garde à vue.  
    Ancien rédacteur en chef du journal, Can Dündar a lui été 
condamné en avril à six ans de prison en Turquie pour 
divulgation de secrets d'Etat après la publication d'une enquête 
affirmant que les services de renseignement turcs avaient 
acheminé des armes en Syrie. 
     
    "EVOLUTION PRÉOCCUPANTE" 
    "Ce prix décerné aujourd'hui, je l'accepte au nom de tous 
les journalistes qui sont actuellement en prison en Turquie", a 
dit Can Dündar. "Je considère cela comme un message adressé au 
gouvernement turc : Paris est aux côté des libertés et contre 
toutes les formes d'oppression". 
    Face à la récente vague d'arrestations dans les médias, les 
Etats-Unis ont exprimé leur "profonde préoccupation" face à "ce 
qui semble être une pression officielle accrue sur des médias 
d'opposition".  
    Le Parlement européen s'est lui alarmé de la situation de la 
presse en Turquie et la France, par la voix de son chef de la 
diplomatie Jean-Marc Ayrault, a fait état mardi d'une "évolution 
préoccupante".  
    "Malheureusement les gouvernements européens sont pris en 
otages par (Recep Tayyip) Erdogan avec l'accord concernant les 
réfugiés", a estimé Can Dündar, en référence à l'accord signé en 
mars entre Ankara et Bruxelles destiné à freiner l'arrivée de 
migrants et réfugiés sur le sol européen.  
    Depuis la tentative de coup d'Etat, 170 organes de presse 
ont été fermés et 2.500 journalistes se sont retrouvés sans 
emploi, selon l'association des journalistes de Turquie.  
    Le pays se trouve au 151e rang sur 180 du classement sur la 
liberté de la presse de l'association Reporters sans frontières 
(RSF).      
 
 (Marine Pennetier, édité par Sophie Louet) 
 
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