Un jour presque comme les autres : dans les coulisses du sacre parisien

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Un jour presque comme les autres : dans les coulisses du sacre parisien
Un jour presque comme les autres : dans les coulisses du sacre parisien

Sacrés champion de France dimanche après une démonstration à Troyes (0-9), les Parisiens ont pourtant longtemps donné le sentiment de vivre une journée comme les autres en L1. Nous les avons suivis pas à pas. Récit.

C’est une habitude dont les Parisiens se passeraient certainement. Jamais sous l’ère QSI ils n’ont célébré un titre de champion de France par une victoire à domicile. Le quatrième sacre national consécutif du PSG et le sixième de l’histoire du club (n’en déplaise à Zlatan Ibrahimovic) n’a pas échappé à la règle. Il a été scellé dimanche chez un promu troyen déjà condamné à reprendre l’ascenseur dans le sens de la descente, au bout d’une démonstration de 90 minutes ayant viré à l’humiliation (0-9). Au bout surtout d’une journée qui a longtemps ressemblé au quotidien des Parisiens en L1 cette saison, avant que le vestiaire ne vive une heure festive, animé du sentiment du devoir accompli. Récit dans les coulisses du Stade de l’Aube.

11h45 : Ambiance de grand match à l’heure du déjeuner

L’horaire inhabituel de la rencontre ne décourage pas les curieux, venus braver le vent glacial faisant presque oublier le soleil. Ils sont déjà nombreux, plus de deux heures avant le coup d’envoi, à attendre patiemment l’ouverture des grilles ou l’arrivée des équipes pour ce choc. L’ESTAC quasi certaine de retrouver la L2 la saison prochaine, il faut profiter des stars parisiennes. S’il était annoncé un dispositif de sécurité renforcé pour un match classé à risques, rien de tout ça ne saute aux yeux sur place. Les spectateurs sont même nombreux à afficher ostensiblement les couleurs du PSG, malgré l’arrêté préfectoral publié jeudi interdisant à toute personne se prévalant de la qualité de supporter parisien de circuler aux abords du stade. Un arrêté qui ne concernait pas les fans venus à Troyes par le biais du déplacement officiel organisé par le club parisien. Une centaine d’entre eux débarque à deux heures du match .« C’est eux les supporters du PSG ? », sourit un enfant voyant la meute arriver et chanter à tue-tête. Sans paraitre réellement effrayé.

12h20 : Embouteillage en salle de presse

C’est peu de dire que le Stade de l’Aube n’a pas l’habitude de voir sa salle de presse à ce point bondé. « D’habitude, je suis tout seul à la table et là, je n’ai pas de place », sourit un habitué, accoutré d’un survêtement du club et bienveillant avec les visiteurs d’un jour. Comme ses suiveurs, le club troyen sait qu’il n’aura plus l’occasion d’accueillir un tel événement avant un moment. C’est pour ça que les dirigeants de l’ESTAC ont vu les choses en grand. Ils sont aux petits soins avec les invités, en profitent pour officialiser la prolongation de contrat avec tous les partenaires maillot du club, se mettent en quatre pour répondre à toutes les demandes. Quitte à ce que la confusion règne parfois à l’entrée de l’enceinte, en raison de cafouillages d’organisation. Pas de quoi perturber les Parisiens, détendus à la descente du bus. Pas évident à cet instant de deviner sur leurs visages l’odeur du titre qu’ils reniflent. A un détail près : la présence de Blaise Matuidi (blessé) et de Thiago Motta (suspendu) au sein de la délégation parisienne. Au cas où…

13h10 : Sifflets et « Brésilienne » joyeuse

Kevin Trapp est le premier de tous les acteurs du match à pénétrer sur la pelouse hybride de Troyes, la deuxième meilleure du championnat derrière celle du Parc des Princes selon le classement établi par la LFP. Le gardien allemand salue le parcage visiteurs, où environ 200 supporters parisiens font déjà du bruit, avant de se rendre compte que des fans du PSG sont présents partout dans la tribune et de se lancer dans des applaudissements sur toute la largeur du terrain. L’entrée de ses coéquipiers est accompagnée de sifflets nourris, malgré la mention « quart de finaliste de Ligue des Champions » du speaker. Si les titulaires ont le regard concentré, les remplaçants se lancent dans une « Brésilienne » (concours de jongles) très détendue. Salvatore Sirigu, Presnel Kimpembe, Christopher Nkunku et Jean-Kevin Augustin se rendent coup pour coup à ce petit jeu, au sens propre comme au sens figuré. Pendant ce temps-là, le parcage parisien appelle Jérôme Rothen, en bord terrain pour beIN Sports, à les rejoindre. Sourire franc de l’intéressé.

13h45 : Ibra gagne à l’applaudimètre

Les joueurs n’ont pas encore terminé leur échauffement que le speaker dévoile déjà les compositions des deux équipes. L’occasion d’observer que Zlatan Ibrahimovic reste bien le plus fort dans tous les concours de popularité. Son nom est le seul à être accompagné d’une franche approbation du public, suivi de loin par celui d’Angel Di Maria. Si l’ambiance est feutrée côté troyen, les supporters parisiens donnent de la voix. A côté des 800 ayant pris part au déplacement « officiel » proposé par le club, une centaine s’est installée en marge du parcage. Ils font partie de ceux visés par l’arrêté préfectoral prohibant la venue d’« indépendants » à Troyes, qui en a convaincu 500 de renoncer face à la possibilité d’écoper d’une interdiction de stade de deux ans et de 800 euros d’amende. C’est pourtant cette frange qui a gagné le match dans le match avec ses voisins tout au long de la rencontre. Avec des chants hostiles à la direction du PSG - « Paris, c’est nous ! », « Et il est mort le Parc des Princes » -, mais pas seulement. Les supporters troyens dévoilent eux une banderole pleine d’humour : « Mouillez le maillot ou séchez le linge ! »

14h20 : Le titre est déjà joué, et ça ne se voit pas

Il a suffi de vingt minutes au PSG pour plier les débats. Les Parisiens mènent 3-0 et déroulent comme ils savent si bien le faire en championnat depuis le début de la saison. Ce match ressemble même à beaucoup d’autres. Les buts sont célébrés collectivement mais sans effusion de joie particulière. Le banc reste stoïque, tout comme Laurent Blanc qui aura évolué dans un périmètre de deux mètres carrés durant la rencontre. Le PSG sait ce qu’il est venu chercher et dégage une force tranquille impressionnante. Seule ombre au tableau : Ibrahimovic est d’humeur râleuse et affiche sa frustration de ne pas avoir encore participé à la fête, hormis une passe décisive vers Javier Pastore sur la deuxième réalisation parisienne. Trop peu pour rassasier l’attaquant suédois, qui passe ses nerfs sur Edinson Cavani puis sur Adrien Rabiot. Rien de nature néanmoins à perturber la belle mécanique parisienne.

15h15 : Et maintenant, l’admiration

L’heure d’Ibrahimovic est arrivée. La star du PSG claque un coup du chapeau en dix minutes et les huées de l’avant-match à l’encontre du patron de la L1 laissent place à des cris d’admiration. Les partenaires de Benjamin Stambouli déroulent dans une ambiance quasi irréelle, où les buts s’empilent avec une facilité si déconcertante que même les supporters parisiens ne prennent plus la peine de les célébrer. Il y a bien une chevauchée fantastique de Javier Pastore pour donner des frissons au public aubois ou des gestes techniques de classe pour donner du relief à la prestation parisienne. Mais les minutes passent sans que la portée historique de la journée ne transpire vraiment sur la pelouse. Paris va pourtant écraser plus d’un record lors de son déplacement à Troyes. C’est ça de banaliser l’extraordinaire…

15h50 : Ici, c’est vraiment Paris !

Le coup de sifflet final met fin au calvaire des Troyens plus qu’à l’attente de Parisiens qui ne trépignaient pas d’impatience en attendant que l’arbitre officialise la conquête de leur titre. Un spectateur profite d’un moment d’inattention pour s’infiltrer sur le terrain et foncer jusqu’à Pastore pour lui demander son maillot. Il fait chou blanc et est finalement raccompagné à la sortie par un membre de la sécurité du PSG. Après avoir salué tous les joueurs de l’ESTAC, ceux du club de la Capitale s’en vont communier avec leurs supporters. Cinq minutes top chrono, le temps d’une Ola et de quelques offrandes. Le plus incroyable, c’est que le club troyen participe à la fête à sa manière. Le speaker lance un enthousiaste : « Paris super géant, le PSG est champion de France ! » « Go West », hymne parisien, est diffusé dans les enceintes du stade. Avant un « Samba di Janeiro » qui met en transe le quatuor brésilien Thiago Silva-David Luiz-Marquinhos-Lucas. Ce sont eux, sans aucun doute possible, les plus démonstratifs. Ibrahimovic est bien plus placide mais se fait un plaisir de repartir aux vestiaires avec le ballon du match sous le bras. Un cadeau après son premier quadruplé en L1.

16h15 : Photos souvenirs et sono à fond

Les Parisiens savourent une fois rentrés aux vestiaires. Ils chantent pendant de longues minutes et tapent sur les portes. L’écho de leur célébration improvisée résonne dans les couloirs du stade, comme la musique qui s’échappe de la sono amenée pour l’occasion, entre techno et rap. Les joueurs enchaînent ensuite les photos souvenirs, qui tourneront largement sur les réseaux sociaux tout au long de la journée. Même Serge Aurier en récupère une pour participer à sa manière au titre avec son premier tweet depuis l’affaire Periscope. Marquinhos multiplie les vidéos avec ses partenaires pour entonner le désormais traditionnel : « Champion mon frère ». Au même moment, c’est la cohue en zone mixte, par laquelle des membres de la délégation parisienne passent pour amener le champagne aux joueurs. L’affluence donne des sueurs froides au service d’ordre, dont les consignes restent lettre morte. Pour ne rien arranger, des quidams en quête d’un autographe ou d’un selfie viennent se mêler aux journalistes. Le tout dans une ambiance toujours bon enfant.

16h50 : Vite, les vacances !

Les Parisiens assurent le service minimum face aux journalistes. Ils ont tous le sourire aux lèvres et beaucoup glissent un mot d’excuses pour s’épargner l’exercice du questions-réponses. Ils ont pour la plupart un avion ou un train à prendre afin de profiter à plein du repos accordé par Laurent Blanc jusqu’à mercredi. Certains quittent le Stade de l’Aube en van noir, comme Javier Pastore ou Nasser Al-Khelaïfi. D’autres s’engouffrent dans le bus du club pour rentrer sur Paris. Irréprochable sur le terrain comme en dehors, Thiago Silva s’éternise, avec ses enfants à proximité. « Ils sont toujours ma motivation, nous souffle-t-il. La famille est très importante. Je pense que quand ils sont là, je suis plus concentré sur le match. Quand j’arrive à la maison, si j’ai fait une bêtise sur le terrain, Zago me dit : "Ce n’est pas bien, qu’est-ce que tu as fait ?" C’est important pour rester bien concentré et pour la motivation aussi. » Parce que la saison du PSG est encore loin d’être terminée. Voilà pourquoi la grande fête est remise à plus tard. Avec le secret espoir qu’elle ait pour théâtre San Siro le 28 mai prochain, le soir de la finale de la Ligue des Champions.

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