Un général burundais annonce la destitution de Nkurunziza

le , mis à jour à 18:17
0

* Le général Niyombaré est l'ancien chef du renseignement * Il dit travailler à la formation d'un gouvernement de transition * Démenti de la présidence, qui affirme que le putsch a été déjoué * Joie à Bujumbura, où l'opposition manifeste depuis le 26 avril par Njuwa Maina BUJUMBURA, 13 mai (Reuters) - Un général burundais a annoncé mercredi la destitution du président Pierre Nkurunziza, dont la candidature à un troisième mandat est à l'origine de la crise politique meurtrière qui ébranle le Burundi depuis près de trois semaines. Le président, qui se trouvait ce mercredi en Tanzanie pour un sommet régional consacré à la crise dans son pays, n'a pas fait de déclaration mais dans un communiqué la présidence burundaise affirme que "la tentative de coup d'Etat a été déjouée" et ajoute que ses auteurs "sont recherchés par les forces de défense et de sécurité afin qu'ils soient traduits en justice". En fin d'après-midi, la situation restait confuse à Bujumbura. Des coups de feu sporadiques ont été entendus dans le centre de la capitale. La tension était particulièrement vive devant le siège de la radiotélévision nationale (RTNB), tenu par des forces loyalistes. "Les soldats qui ont mené ce coup d'Etat tentent d'entrer de force pour diffuser leur déclaration", a dit un employé. Réunis en Tanzanie, les dirigeants de la Communauté d'Afrique de l'Est (Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda et Tanzanie) ont condamné de leur côté ce qu'ils qualifient de tentative de putsch. Un fonctionnaire du ministère tanzanien des Affaires étrangères a annoncé que Nkurunziza n'avait pas participé aux discussions mais qu'il avait quitté Dar es Salam pour regagner son pays. "LE PRÉSIDENT NKURUNZIZA EST LIMOGÉ" La destitution du président a été annoncée en milieu de journée par le général Godefroid Niyombaré. "En ce qui concerne l'arrogance et le défi lancé par le président Nkurunziza à la communauté internationale qui lui a conseillé de respecter la Constitution et l'accord de paix d'Arusha, le comité pour l'établissement de la concorde nationale décide: le président Nkurunziza est limogé, son gouvernement aussi", a-t-il dit dans une déclaration lue à la presse dans une caserne de Bujumbura. Flanqué d'au moins trois généraux, il a ajouté qu'il parlait au nom de plusieurs officiers de l'armée et de la police nationale et a annoncé qu'il travaillait à la formation d'un gouvernement de transition avec des représentants de la société civile, du clergé et de la classe politique. Ancien ambassadeur du Burundi au Kenya, le général Niyombaré a dirigé les services de renseignement jusqu'à son limogeage par le président Nkurunziza en février dernier, trois mois à peine après sa nomination. Aussitôt après sa déclaration, retransmise par des stations de radio privées mais pas par la RTNB, des centaines de personnes ont manifesté leur joie dans les rues de Bujumbura où l'opposition manifeste depuis le 26 avril pour empêcher Nkurunziza de briguer un troisième mandat lors du scrutin prévu le 26 juin. Mais un conseiller de la présidence a aussitôt démenti. "Nous considérons qu'il s'agit d'une plaisanterie, pas d'un coup d'Etat militaire", a dit Willy Niyamitwe à Reuters. PLUS GRAVE CRISE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE CIVILE En décidant de briguer un troisième mandat, le président burundais a provoqué la colère de l'opposition, qui l'accuse de trahir la Constitution et les accords de paix d'Arusha ayant mis fin en 2005 à la guerre civile entre Hutus et Tutsis du Burundi qui a fait 300.000 morts. Sa candidature a été validée par la Cour constitutionnelle. Plus de 20 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations dans des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre. "Il est bien trop tôt pour dire (s'il s'agit d'un coup d'Etat)", a déclaré un porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères sollicité par l'agence Reuters. Le ministère britannique des Affaires étrangères, dans une note adressée aux voyageurs britanniques sur le Burundi, qualifie en revanche les événements en cours de "coup d'Etat militaire". En Belgique, ancienne puissance coloniale, le ministre de la Coopération, Alexander De Croo, a déclaré que son pays actionnerait tous les moyens diplomatiques à sa disposition pour stopper l'escalade de la violence. Les pays occidentaux qui soutiennent financièrement le Burundi, parmi lesquels les Etats-Unis, ont critiqué la décision de Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005. Les dirigeants de l'Afrique de l'Est redoutent les effets d'une crise qui a déjà des répercussions par-delà les frontières du Burundi. Plus de 50.000 Burundais se sont réfugiés dans des pays voisins, dont le Rwanda, la Tanzanie et la République démocratique du Congo. L'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) redoute qu'ils soient au total six fois plus nombreux à fuir. La situation devrait être débattue dans la soirée au siège new-yorkais des Nations unies, a-t-on appris de sources diplomatiques. La représentation française à l'Onu a demandé des consultations en urgence au Conseil de sécurité. Le chef de l'Etat burundais, qui avait reçu la semaine dernière les ministres des Affaires étrangères du Kenya, de Tanzanie, d'Ouganda et du Rwanda venus évoquer la crise, avait tenté de calmer les esprits en promettant que sa candidature serait la dernière. La crise est la plus grave depuis la fin de la guerre civile dans ce pays de 8 millions d'habitants à la composition ethnique similaire à celle du Rwanda, théâtre du génocide de 1994 contre les Tutsis et Hutus modérés. (avec Patrick Nduwimana et Goran Tomasevic à Bujumbura, Fumbuka Ng'wanakilala à Dar es Salaam et Tom Miles à Genève; Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Guy Kerivel)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant