Un forage menace un village d'effondrement dans le Bas-Rhin

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LE VILLAGE DE LOCHWILLER MENACÉ D'EFFONDREMENT
LE VILLAGE DE LOCHWILLER MENACÉ D'EFFONDREMENT

LOCHWILLER, Bas-Rhin (Reuters) - Le village de Lochwiller, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Strasbourg, est menacé d'effondrement en raison des soulèvements de terrain provoqués par un forage géothermique.

Seules une quinzaine de maisons sont pour l'instant affectées par des fissures ou un basculement, mais les dégâts, dont personne ne veut assumer la responsabilité, vont s'étendre, affirme une expertise judiciaire dont Reuters a pu prendre connaissance.

Les murs lézardés des anciennes fermes de la rue de l'Etang, située au pied de la colline du Koehlberg, où sont apparus les premiers mouvements de terrain, délimitent pour l'instant la zone du sinistre.

Rodolphe Matjeka, qui racheté l'une d'elle en 2009, avec son épouse Karin, ne décolère pas.

"On a rénové pendant deux ans avant de déménager en août 2011. C'est là que les premières fissures ont commencé. Pourtant, en deux siècles, cette maison n'avait pas bougé", raconte cet installateur chauffagiste.

L'escalier d'accès est en train de se désolidariser de son mur de soutènement. Devant la porte d'entrée, une fissure d'un demi-centimètre lézarde le carrelage.

La grange en pierre de taille, située entre la colline et la maison, a dû être abattue. A la place, 54 m3 de béton ont été injectés dans le sous-sol pour tenter d'empêcher une extension du mal, probablement en vain.

"On a claqué 50.000 euros en un an, dont seulement 20.000 d'expertises nous ont été remboursés par les assurances", fulmine l'artisan qui a été l'un des premiers à saisir la justice sous la forme d'un "référé expertise" introduit l'an dernier devant le tribunal de Saverne.

L'expert désigné vient de rendre un rapport provisoire et il n'incite pas à l'optimisme.

"Les désordres apparus en 2001 perdurent et s'aggravent et nul ne sait s'ils sont susceptibles de s'arrêter", dit-il, précisant qu'ils s'étendront "probablement au-delà de la rue de l'Etang", soit vers le c?ur de ce village de 420 habitants.

Le désordre géologique qui menace Lochwiller trouve bien son origine sur la colline, un ancien verger qui a cédé la place à un lotissement en 2008.

Un forage réalisé à 140 mètres de profondeur pour l'installation d'une pompe à chaleur dans une de ces nouvelles maisons a provoqué une fuite qui a inondé, pendant plusieurs mois, une propriété située en contrebas.

FISSURES

Il a surtout mis l'eau en contact avec la couche d'anhydrite qui s'étend à dix mètres sous les pieds des villageois, provoquant le gonflement de ce composé chimique et sa transformation en gypse, l'élément de base du plâtre.

L'entreprise allemande qui l'a réalisé en sous-traitance n'a pas respecté la réglementation qui impose une demande d'autorisation administrative pour tout creusement au-delà de cent mètres, quand une simple déclaration suffit en deçà.

L'expert estime à 350.000 euros le coût des travaux qui permettraient de colmater le puits, mais sans garantie de résultat.

En attendant, l'impasse du Koehlberg, où a eu lieu le forage, prend de plus en plus des allures d'escalier où les bouches d'égout se haussent du col au-dessus du macadam.

Si les maisons du lotissement ne se fissurent pas grâce à leur chaînage en béton armé, elles prennent de la gîte avec des pentes observées de 3 à 5%.

"On a des portes et des fenêtres qui s'ouvrent ou se ferment toutes seules, et ça s'accélère", explique l'un de ces nouveaux propriétaires, qui préfère ne pas dire son nom, eu égard à des voisins qui craignent une médiatisation de leurs déboires.

L'habitation penche déjà de cinq centimètres mais la garantie décennale n'intervient qu'à partir de trente.

"On a un prêt sur vingt ans et la maison ne vaut déjà plus rien", résume-t-il.

Le maire de Lochwiller, injoignable, a lui aussi choisi la discrétion. Le préfet a refusé pour sa part de déclarer l'état de catastrophe naturelle et les assureurs ne veulent pas non plus s'en mêler.

"Tout le monde courbe le dos et personne ne sort son portefeuille", résume Me André Knaebel, l'avocat de plusieurs propriétaires sinistrés.

Reste la perspective d'une procédure contentieuse contre les responsables du forage, l'an prochain, quand l'expert aura rendu ses conclusions définitives. "Mais ça peut durer quinze ans", craint Rodolphe Matjeka.

En attendant, a indiqué à Reuters un élu, la municipalité observe avec attention la situation à Staufen, un village du Bade-Wurtemberg, le Land allemand voisin de l'Alsace où, en 2007, les mêmes causes ont produit les mêmes effets.

Gilbert Reilhac, édité par Gérard Bon

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