UN employé vérifie le taux de radiation présent dans un gobelet de lait, le 17 février 2012 à Tokyo

AFP Video le 01/03/2012 à 08:26
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Pour les consommateurs japonais, la sécurité alimentaire était un acquis... jusqu'à l'accident nucléaire de Fukushima. Aujourd'hui, beaucoup ont perdu confiance dans les affirmations des autorités, craignant une contamination radioactive.La fusion du combustible dans trois réacteurs de la centrale Fukushima Daiichi mise en péril par le tsunami du 11 mars 2011 a dispersé des particules de césium et autres éléments radioactifs dans les airs et eaux alentours, qui se sont fixés sur les cultures ou ont été ingurgités par les animaux et poissons.A la suite de l'accident, les limites légales de teneur en césium radioactif dans les aliments ont été relevées de façon provisoire (à 500 becquerels de césium par kilogramme), comme le prévoient des procédures internationales d'urgence: des produits qui auraient été jetés auparavant ont été temporairement autorisés à la vente.Cette disposition exceptionnelle sera levée le 1er avril, pour revenir à une situation normale (100 becquerels de césium radioactif par kilogramme).Entre-temps cependant, divers problèmes ont rendu les citoyens très méfiants.Présentant des niveaux de radioactivité supérieurs à la limite provisoire fixée par les autorités, divers produits de la préfecture de Fukushima ont été interdits à la vente, dont de la viande bovine, du lait, des champignons et certains légumes verts.Mais le riz cultivé dans cette région avait d'abord été déclaré consommable, avant que des tests complémentaires ne révèlent une contamination excessive de nombreux lots finalement interdits.Des cas de fraude (changement intentionnel d'origine affichée sur les paquets provenant de Fukushima) ont amplifié la défiance.Les consommateurs ne sont pas convaincus par les mesures de sécurité et se sont détournés de tout aliment issu des alentours de la région polluée.Tolérance zéro Miwa Yokono aimerait bien nourrir son fils d'un an avec des produits pêchés localement, mais doute de leur innocuité."Il adore le poisson, mais je crains hélas que la contamination ne s'accumule au fur et à mesure de la chaîne alimentaire", explique-t-elle.Le relèvement temporaire des limites légales a de surcroît nourri le soupçon que le gouvernement s'intéressait davantage aux producteurs qu'aux citoyens, note Hiroaki Koide, professeur à l'Université de Kyoto."La limite fixée était trop haute. Le gouvernement l'a décidée par commodité, plutôt que pour protéger les gens", estime-t-il.Malgré le retour prochain à un plafond plus sévère et acceptable par l'opinion, la production de Fukushima restera entachée de doute, relève Takashi Sato, représentant des coopératives agricoles de cette préfecture du nord-est."Les gens ne font pas confiance au système de contrôle du gouvernement. Nous aimerions qu'il convainque le public que les nouvelles limites garantissent la sécurité", insiste-t-il.Selon Kunio Shiraishi, expert en radiation, le dispositif actuel d'inspection n'est pas de nature à rassurer le public. Il faudrait, selon lui, une couverture plus large, même si cela n'est pas chose aisée, notamment pour les produits de la mer.Au-delà du Japon, le manque de confiance dans les secteurs agricole et halieutique nippons est ressenti à l'étranger.Les exportations d'aliments japonais - auparavant prisés des voisins asiatiques pour leur qualité et leur sécurité - ont diminué de 7,4% en 2011 par rapport au niveau de 2010, et celles de produits de la mer ont chuté de 10,9%.Huit pays, dont la Chine et la Corée du Sud, bloquent toujours l'importation de légumes provenant de régions du nord et de l'est de l'archipel.Dans l'espoir de regagner la confiance, un important groupe de grande distribution nippon, Aeon, réalise ses propres tests sur la nourriture qu'il vend.Selon son directeur-général adjoint, Yasuhide Chikazawa, la fixation d'un "niveau seuil de sécurité" n'a pas de sens pour les consommateurs."Seuls des produits présentant une radioactivité très faible au point d'en être indétectable pourront rivaliser avec leur homologues étrangers", justifie-t-il.La politique de "tolérance zéro" d'Aeon a d'abord rencontré l'opposition de producteurs des zones contaminées, précise M. Chikazawa. "Mais ils ont finalement réalisé que c'était la meilleure façon de les protéger."

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