Un employé de l'usine Caddie à Drusenheim, dans l'est de la France le 5 mars 2012

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"On a du mal à imaginer que ça s'écroule complètement": si les salariés de Caddie se disent mercredi inquiets du devenir de leur entreprise placée en redressement judiciaire, la plupart restent optimistes sur la capacité à rebondir de la célèbre marque de chariots."Caddie c'est un nom, une marque, plein de belles valeurs véhiculées par notre entreprise, ça ne peut pas disparaître comme ça", lance Catherine Grouthier, responsable du service clients à l'usine de Drusenheim (Bas-Rhin) où travaillent 410 salariés.Le fabriquant de chariots (supermarchés, aéroports, grands hôtels, hôpitaux), fondé en Alsace en 1928 et qui fournit 70% du marché français de la grande distribution, est pourtant dans une passe difficile et a été placé lundi en redressement judiciaire pour six mois.Et le président-directeur général du groupe, Stéphane Dedieu, recherche activement des investisseurs, alors que le carnet de commandes affiche complet."Il y a un trou de trésorerie de quatre millions d'euros, mais pour que la société reprenne son envol, il faut continuer à investir. Au total, il faudrait donc injecter entre 12 et 14 millions d'euros", estime M. Dedieu, qui espère faire rapidement avancer le dossier. Il reste pourtant vague sur les pistes explorées, expliquant qu'il n'a encore "rien de concret"."Nos clients continuent à nous faire confiance, mais on a un passage difficile. On a commencé en 2009 une réorganisation qui se passe bien, mais qui a un coût. Comme on n'a pas bénéficié du soutien des banques, cela nous a conduit au redressement judiciaire", ajoute le PDG, qui admet n'avoir pas pris assez tôt la décision de réorganiser sa production."Ici, on travaille de grand-père en petit-fils. Je suis très attaché à cette maison, j'y suis entré il y a 20 ans et j'ai la chance d'avoir des salariés qui me soutiennent", se félicite M. Dedieu, qui connaît personnellement la plupart de ses employés.Pour les salariés, la première inquiétude est celle des salaires. La paie de février devrait être prise en charge par le régime de garantie des salaires (AGS). Si la plupart pensent que l'entreprise survivra à cette crise, beaucoup craignent un éventuel plan social imposé par le futur repreneur."Tout ce que j'espère, c'est de pouvoir continuer à travailler parce qu'il n'y a plus trop de possibilités pour se reclasser autour, où les boîtes ferment les unes après les autres", explique Eric Husser, un chef d'équipe avec 30 ans d'expérience. "On subit la pression des supermarchés. C'est de plus en plus difficile de vendre des chariots en faisant une marge", souligne-t-il.Longtemps numéro un mondial sur le marché, Caddie, qui a produit 850.000 chariots de supermarchés en 2011, a été dépassé par le groupe allemand Wanzl. L'usine de Drusenheim, à 30 km au nord de Strasbourg, fonctionne pourtant à plein régime. "La semaine prochaine, on doit sortir 12.000 chariots. C'est beaucoup par rapport à d'habitude. On ne sait même pas si on y arrivera" car les contrats des intérimaires n'ont pas été renouvelés, précise un chef d'équipe qui préfère ne pas être identifié."Ce qui se passe est peut-être compliqué, mais je pense que c'est une bonne chose pour l'avenir", estime quant à lui Sylvain Beraud, chef de projet. "Notre direction est attachée à cette entreprise, elle travaille pour que Caddie continue. La grande majorité des salariés sont confiants. Notre grande chance, c'est notre marque, notre nom", ajoute-t-il.En pleine campagne électorale, quelques partis politiques, comme le MoDem, se sont aussi intéressés au sort de l'entreprise, qui possède des filiales en Chine et au Portugal."Cela peut nous aider mais seul le résultat compte: il nous faut des investisseurs", conclut M. Dedieu.

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