Un élu de Die Linke va diriger l'Etat de Thuringe

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(Actualisé tout du long) par Erik Kirschbaum BERLIN, 5 décembre (Reuters) - Le parti communiste allemand Die Linke a pris vendredi la tête du gouvernement de l'Etat de Thuringe, une première depuis la réunification de l'Allemagne qui met fin à 24 ans d'hégémonie des conservateurs de la CDU sur ce Land de l'ex-RDA. Les élections dans l'Etat de Thuringe en septembre avaient donné des résultats très serrés et des négociations s'étaient engagées entre les quatre partis en lice pour former une coalition de gouvernement. Les trois formations orientées à gauche, Die Linke, le SPD et les Verts, ont accepté de s'entendre et le parlement de l'Etat installé à Erfurt a désigné vendredi le syndicaliste Bodo Ramelow, 58 ans, au poste de ministre-président. C'est la première fois que ces trois partis politiques s'allient ainsi pour gouverner l'un des 16 Länder d'Allemagne. Si la coalition parvient à perdurer, d'autres alliances pourraient être décidées lors des prochaines élections générales prévues en 2017 en vue d'opposer un front commun à la CDU de la chancelière Angela Merkel. Jusqu'à présent les sociaux-démocrates du SPD, qui participent à une grande coalition gouvernementale droite-gauche, avaient refusé de s'unir au niveau national à Die Linke, né de la fusion du Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED) de l'ex-dirigeant est-allemand Erich Honecker et de l'Alternative électorale travail et justice sociale (WASG). Bodo Ramelow, qui aime à apparaître en public en compagnie de son chien Attila, a été élu au deuxième tour de scrutin lors du vote des parlementaires, après avoir manqué de justesse la majorité lors du premier tour. "Nous avons besoin d'une réconciliation et non d'une division", a lancé le nouveau ministre-président, visiblement ému, en s'adressant aux 91 élus du parlement local. Militant socialiste affirmé, Bodo Ramelow avait fait campagne en septembre en se présentant avec un buste de Karl Marx à ses côtés. Plusieurs milliers de personnes ont défilé à Erfurt, chef lieu de la Thuringe, pour s'opposer à la candidature de Bodo Ramelow, jugé trop proche de Moscou et hostile à l'Otan. Angela Merkel, qui a grandi dans l'ancienne Allemagne de l'Est, avait mis en garde ses partenaires du SPD contre le risque de "faire entrer Karl Marx dans le gouvernement de l'Etat de Thuringe". Les conservateurs estiment que cette élection de Bodo Ramelow constitue une insulte aux anciennes victimes du communisme et y voient le spectre d'un retour de la Guerre froide 25 ans après l'effondrement du bloc de l'Est. En outre, la chancelière allemande s'inquiète de voir se constituer une entente tripartie Die Linke-SPD-Verts à l'échelon national alors que la CDU a perdu six Länder depuis 2009 et qu'elle n'en gouverne plus que cinq sur les 16, indique Gero Neugebauer, professeur de Sciences politiques à l'Université libre de Berlin. (Erik Kirschbaum, Jean-Philippe Lefief et Danielle Rouquié pour le service français)

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