Un dossier policier de 700 pages sur Le Monde

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PARIS (Reuters) - La police française a constitué un dossier de 700 pages avec les factures détaillées des téléphones de journalistes du Monde afin d'identifier leurs sources sur l'enquête sur l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt, affirme le quotidien.

Le quotidien, qui a accès en tant que plaignant au dossier de cette enquête où le procureur de Nanterre Philippe Courroye est menacé de mise en examen, publie dans son édition de mardi un récit de cette procédure ayant visé les journalistes Gérard Davet, Jacques Follourou, Raphaëlle Bacqué et Elise Vincent.

C'était une initiative du procureur de Nanterre, qui voulait notamment savoir qui avait alimenté un article concernant une perquisition chez Liliane Bettencourt. Les révélations sur cette dernière ont embarrassé la majorité et indirectement provoqué en 2010 le départ du gouvernement du ministre UMP Eric Woerth.

L'inspection générale des services (IGS) a, au fil des mois, constitué un très volumineux dossier à partir des relevés d'appels et de textos des journalistes, obtenus des opérateurs grâce à des réquisitions légales contraignantes, une procédure vue aujourd'hui comme illégale.

La cour d'appel de Bordeaux l'a annulée en mai dernier.

La police a ainsi été amenée à enquêter sur la fille de Gérard Davet et les personnes qu'elle appelait sur une ligne payée par son père, s'est procuré des coordonnées de comptes bancaires, s'égarant au passage sur les lignes fixes utilisées au journal par Raphaëlle Bacqué et Elise Vincent, qui ne travaillent pas sur l'affaire Bettencourt.

Pour Jacques Follorou, la police a utilisé illégalement le fichier de police Stic pour se procurer l'adresse du reporter avant d'être amenée à explorer diverses communications avec un centre d'équitation, un magasin de location de vélo, établissant une liste des contacts du reporter.

Il a finalement été établi que ce journaliste avait échangé 57 SMS avec Isabelle Prévost-Desprez, autre magistrate de Nanterre chargée d'un volet de l'affaire Bettencourt et alors en conflit avec Philippe Courroye, entre juillet et septembre 2010.

Le parquet de Nanterre a demandé la transmission du contenu de ces SMS aux opérateurs, qui ont répondu que ce n'était pas possible pour motif technique. Les policiers de l'IGS ont repéré que Jacques Follorou était en contact avec la hiérarchie de la police mais ne l'ont pas mentionné dans leur rapport au parquet.

La Cour de cassation doit décider mardi si elle confirme ou non l'illégalité de cette procédure.

L'opposition de gauche et les syndicats de magistrats considèrent en effet que la justice et la police ont été utilisées pour rechercher les sources des médias, alors que leur rôle est de combattre le crime et de protéger le territoire.

Le gouvernement se défend de toute illégalité en expliquant qu'il n'avait voulu qu'identifier les fonctionnaires violant leur secret professionnel.

Hormis ce dossier visant le procureur Courroye, il y a une autre instruction en cours sur une affaire similaire, où le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) Bernard Squarcini est mis en examen.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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