Un curry géant, organisé par Canal+, pour alerter sur le gâchis alimentaire

le
0
Joe Gough/shutterstock.com
Joe Gough/shutterstock.com

(AFP) - Parce qu'ils avaient mauvaise mine ou un tour de taille non réglementaire, ils étaient destinés à la poubelle. Une fois cuisinés en curry, près de 800 kg de légumes seront offerts à 5.000 personnes samedi à Paris, lors d'un banquet pour dénoncer le scandale du gaspillage alimentaire.

Une initiative organisée par Canal+, qui a enrôlé animateurs stars et émissions phares pour la cause qui gagne ainsi une nouvelle visibilité.

Du champ à l'assiette, nous gâchons, et beaucoup : un tiers des aliments produits dans le monde est perdu ou gaspillé, selon l'Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Il s'agit du légume que l'agriculteur ne vend pas car il ne répond pas aux critères esthétiques, des repas des restaurants d'entreprise mal calibrés, du fruit qui moisit dans le frigo ou de l'assiette qu'on ne finit pas... Entre autres.

Rien que dans les foyers français, on jette 79 kg par personne et par an.

L'un des grands pourfendeurs de ce gaspillage est le jeune écrivain et militant anglais, Tristram Stuart qui a lancé ces banquets géants, composés uniquement de produits destinés à être jetés. Londres a accueilli le premier en 2009.

"Mon rôle est de créer une prise de conscience publique", explique-t-il à l'AFP. "Quand les gens viennent, vous n'avez pas besoin de les convaincre pendant une demi-heure: ils goûtent simplement et disent: 'pourquoi jeter ça'?".

Canal+, qui se veut "éveilleur de consciences", selon les mots de sa directrice des documentaires Christine Cauquelin, s'est alors associée à la cause.

La chaîne organise l'évènement devant l'Hôtel de Ville, y fait participer des animateurs vedettes comme Thierry Ardisson -- candidat pour éplucher les légumes -- ou Michel Denisot et l'équipe de Bref, mobilise des émissions phares telles que le Grand Journal qui invitera Tristram Stuart le 17 octobre, et diffusera ce soir-là Global Gâchis, un documentaire le mettant en scène.

Relais d'opinion

Huit cents kilos de tomates, choux, chou-fleurs, carottes et pommes de terre arriveront depuis une exploitation de Touraine.

De son côté, Thomas Pocher, gérant d'un hypermarché Leclerc de Templeuve (Nord), apportera quelques centaines de kilos de riz "dont les dates limites d'utilisation optimales sont les plus avancées", explique-t-il à l'AFP.

Il viendra aussi notamment avec quelque 150 kg de fruits invendus en fin de journée et abîmés après avoir été touchés par des centaines de clients.

"Moralement, on n'a pas le droit de jeter tous ces produits. Des gens ne mangent pas à leur faim", tranche-t-il. Depuis quelques années, il donne les produits invendables à la Croix-Rouge ou au Secours populaire. Soit "70 à 90% de ce que je jetais auparavant", précise-t-il.

Le curry géant sera servi de 13H à 15H, parallèlement à plusieurs animations pour, par exemple, apprendre à cuisiner les abats. D'autres pourront regarder trois cochons se régaler des restes.

De quoi donner un coup de vieux aux campagnes de sensibilisation plus classiques des ONG ? "Si je me fais voler mon bébé, c'est que j'ai gagné", assure Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement, très engagée sur ce dossier.

"Le reportage de trois minutes au journal, ça ne suffit pas. Il faut des relais d'opinion costauds", poursuit-il, même s'il faut céder à une forme de "peopolisation" et de "glamour".

Faisant référence au physique de jeune premier de Tristram Stuart, un militant écologiste de longue date, qui préfère taire son nom, en convient : "On a plus envie d'écouter un mec avec une belle gueule qu'un gros barbu en colère".

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant