Un couple regarde le gratte-ciel Shard (2e d) en construction depuis la colline du Parlement à Londres, le 14 février 2012.

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Contemplant la vue de Londres qui s'étale devant lui depuis le "Shard", plus haut gratte-ciel de l'Union européenne, l'architecte italien Renzo Piano s'exclame: "on a l'impression de voler!".C'est lui qui a conçu cet "éclat" qui culminera à 310 mètres d'altitude dans le quartier de London Bridge, dans le sud-est de la capitale britannique quand sa pointe sera achevée en mai."C'est toujours une surprise de venir sur le site", crie-t-il dans une cacophonie de coups de marteau."Vous passez des années à dessiner des plans et à faire des maquettes et puis voilà", commente-t-il, regardant son oeuvre devenir réalité, douze ans après les premiers croquis.L'énorme structure vitrée grimpe mois après mois à l'assaut du ciel. 95 étages au total sont prévus.Pour le meilleur disent les amateurs d'audaces architecturales. Ou le pire, déplorent les défenseurs du patrimoine qui lui reprochent d'être comme une gigantesque épine dans le ciel londonien, et de porter atteinte aux vues protégées sur la Cathédrale Saint-Paul ou sur le Parlement.Mais qu'on l'aime ou qu'on la déteste, la silhouette futuriste de cette écharde de verre est déjà une attraction à Londres, avant même la fin des travaux.Piano, 74 ans, l'architecte qui a conçu le tout aussi controversé Centre Pompidou à Paris ou le Centre Paul Klee à Berne, balaie les critiques d'un élégant revers de la main."St-Paul est une icône de Londres et le restera", assure-t-il. Un épithète que le Shard s'est pourtant déjà approprié, si l'on en croit le site internet qui est consacré."Il n'a rien d'arrogant," insiste-t-il. "Il sera comme une flèche", réfléchissant ses voisins et le ciel capricieux de Londres dans ses facettes de verre."Les nouveaux bâtiments ont toujours du mal à se faire accepter, mais St-Paul était moderne à son époque".Et si le Shard est sorti de terre à toute vitesse, il a fait d'abord l'objet d'une longue consultation publique."Quand vous réalisez un bâtiment comme celui-là, aussi important pour une ville, il faut d'abord être sûr que vous ne vous trompez pas", souligne l'architecte. "Parce qu'il est là pour rester longtemps".Même si sa pointe n'est pas terminée, le Shard est déjà la plus haute tour d'Europe: il a déjà dépassé la Commerzbank Tower à Francfort et ses 300 mètres.Quand la construction a commencé en 2009, la crise financière était déjà là. Poursuivre dans ce contexte un projet de 450 millions de livres (536 millions d'euros) n'a pas été "chose aisée", reconnaît Piano.Aujourd'hui, le Royaume-Uni flirte à nouveau avec la récession et beaucoup se demandent si le Shard est appelé à dominer une City en plein déclin.Piano, lui, veut croire que le Shard donnera un coup de fouet à l'économie locale."Certains bâtiments, construits en pleine récession, deviennent un symbole d'énergie. Je pense que c'est ce qui va se passer avec celui-là", parie-t-il.Le Shard va abriter un hôtel et des restaurants de luxe, ainsi que des appartements de grand standing, des bureaux.Sans compter un observatoire du 68e au 72e étage avec vue panoramique de 360 degrés sur la capitale, où son concepteur espère voir défiler un million de visiteurs chaque année.Les futurs occupants des lieux devront avoir un compte en banque bien garni et le coeur bien accroché pour vivre dans ces hauteurs. Mais ceux qui seront installés entre le 53e et le 65e étage -les plus hauts appartements du marché britannique- auront une vue époustouflante."Ce sera comme de voler. C'est une aspiration constante des hommes: décoller, respirer un air pur", lâche Piano dans un grand sourire. "Je crois que ça sera vraiment merveilleux".

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