Un Conseil européen d'apaisement sur fond de montée du populisme

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UN CONSEIL EUROPÉEN D'APAISEMENT SUR FOND DE MONTÉE DU POPULISME
UN CONSEIL EUROPÉEN D'APAISEMENT SUR FOND DE MONTÉE DU POPULISME

par Emmanuel Jarry

BRUXELLES (Reuters) - Le Conseil européen s'est ouvert jeudi à Bruxelles dans un climat apaisé après une salve d'accords sur l'agriculture, les banques et le budget communautaire et la mise en sourdine par la France de son différend avec José Manuel Barroso.

François Hollande a eu dès son arrivée un premier entretien à trois d'une quarantaine de minutes, avec le président de la Commission européenne et celui du Conseil, Herman Van Rompuy.

Le chef de l'Etat français avait auparavant déclaré à la presse que la France, satisfaite par les décisions européennes de ces derniers jours, entendait juger les politiques et non se "déterminer par rapport aux personnes".

"Je souhaite que nous puissions avoir un bon sommet, un sommet pour l'emploi des jeunes, un sommet pour la maîtrise de la finance et un sommet pour la croissance et l'emploi", a-t-il ajouté. "Franchement, c'est ce qu'attendent les Européens."

José Manuel Barroso, qui a reproché à Paris sa vision "réactionnaire" de la mondialisation, ce qui lui a valu d'être accusé par des ministres et dirigeants socialistes français de faire le lit de l'extrême droite, s'est aussi montré conciliant.

Dans une interview aux Echos, il se présente en "ami sincère de la France" et juge "complètement artificiel" ce différend - "Mes déclarations ont été délibérément déformées", dit-il.

"A Bruxelles, tout le monde aura envie d'apaiser", confiait à Paris l'entourage de François Hollande quelques heures avant le sommet. "On n'a pas de conflit avec la Commission (...) Il y a eu, comme souvent avant un Conseil européen, une tension."

Paris fait valoir que cette "tension" n'oppose pas que la France et la Commission et cite l'exemple du différend entre l'Allemagne et Bruxelles sur les panneaux solaires chinois.

L'entourage de François Hollande juge en revanche la Commission "plutôt compréhensive" à l'égard des propositions franco-allemandes sur l'emploi des jeunes.

TERRAIN DÉMINÉ

Le président français ira d'ailleurs avec José Manuel Barroso à Berlin le 3 juillet pour assister à la conférence sur l'emploi des jeunes organisée par la chancelière Angela Merkel.

La mise en place d'un programme d'aide aux jeunes chômeurs européens est un des deux grands dossiers au menu de ce conseil, avec le financement des PME, sur fond d'euroscepticisme et de populisme croissant, à un an des élections européennes.

Il s'agit notamment d'offrir aux premiers la garantie d'avoir un emploi, un stage ou une formation grâce à une enveloppe de six milliards d'euros et de permettre aux secondes d'accéder aux crédits de la Banque européenne d'investissement.

Le terrain a été largement déminé dans la mesure où les principaux sujets qui fâchent ont trouvé une solution dans les heures qui ont précédé le sommet ou été renvoyés à plus tard.

Les négociateurs de l'Union européenne (UE) se sont ainsi mis d'accord mercredi sur une réforme de la Politique agricole commune (Pac).

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les ministres des Finances de l'UE se sont accordés sur la question du partage des pertes en cas de faillites bancaires -un élément clef dans la mise en place d'une véritable union bancaire.

Des négociations entre le Conseil et le Parlement européens sur le budget communautaire 2014-2020 ont abouti mercredi matin à un accord qui ouvre la voie à son vote par les eurodéputés.

L'UE a décidé de reporter d'au moins quatre mois la reprise des discussions d'adhésion avec la Turquie, ce qui écarte pour le moment un sujet de débat houleux.

RECOMMANDATIONS

Les débats de fond sur une nouvelle étape de l'Union économique et monétaire sont également renvoyés à l'automne.

"Sur l'UEM, rien ne se passera de toute façon avant les élections allemandes de septembre et sans doute les élections européennes (de 2014)", souligne un diplomate européen.

Selon ce diplomate, les dirigeants des vingt-sept pays membres de l'UE -bientôt 28 avec la Croatie, au 1er juillet- devraient se borner à afficher des "ambitions", de même que sur les volets encore non résolus de la future union bancaire.

Le Conseil doit en revanche approuver les recommandations adressées par la Commission aux pays membres en matière de réformes. François Hollande s'est montré certain que la France, qui veut réécrire celles qui la concernent, aurait satisfaction.

Paris demande le retrait de la notion de report de l'âge légal de la retraite, sujet très sensible en France.

Cela a déjà été accepté par les ministres des Finances, qui ont remplacé "âge légal" par "âge effectif".

La France veut aussi que soit clairement mentionné le rôle des partenaires sociaux dans une future réforme des retraites.

"L'objectif nous le partageons. Les modalités doivent être fixées par la France dans le cadre d'un dialogue social. Et je pense que c'est cette idée qui sera retenue", a dit François Hollande à son arrivée à Bruxelles.

Avec Elizabeth Pineau et Julien Ponthus à Paris, édité par Sophie Louet

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