Un commissaire dément un complot policier contre Achoui

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UN COMMISSAIRE NIE TOUTE IMPLICATION DANS LA TENTATIVE D'ASSASSINAT CONTRE KARIM ACHOUI
UN COMMISSAIRE NIE TOUTE IMPLICATION DANS LA TENTATIVE D'ASSASSINAT CONTRE KARIM ACHOUI

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Un responsable policier a-t-il commandité la tentative d'assassinat de Karim Achoui, star déchue du barreau parisien, le 22 juin 2007 à Paris ?

Stéphane Lapeyre a nié bec et ongles jeudi devant la cour d'assises de Paris avoir joué le moindre rôle dans le guet-apens visant l'ex-avocat à la sortie de son cabinet, se disant "révolté" contre la "calomnie" qui le poursuit depuis 5 ans.

Mais le commissaire divisionnaire, cité comme témoin, a refusé de donner la moindre indication sur la "source" qui a permis d'identifier une partie des six accusés, alimentant ainsi les soupçons de Karim Achoui, partie civile.

"Cette source risque sa vie. Je ne donnerai aucune information qui puisse la mettre en danger", a-t-il dit.

"Malgré le battage médiatique de la partie civile, je ne suis en rien mêlé à ce projet d'assassinat", a répété ce spécialiste de l'infiltration, qui dit gérer aujourd'hui une dizaine d'indicateurs dans un autre service.

Pour lui, l'ex-avocat connaît les vrais commanditaires et "se réfugie derrière la théorie du complot policier".

"J'ai l'impression qu'il sait ce qui s'est passé. Veut-il envoyer un message aux voyous, aux véritables commanditaires pour leur dire : 'vous voyez, je ne dis rien, je vous couvre mais ne recommencez pas' ?".

Karim Achoui a développé dans un livre l'hypothèse d'un complot ourdi par des policiers exaspérés par ses succès judiciaires dans la défense des grands truands.

Il s'est notamment étonné que Ruddy Terranova, le tireur présumé désigné par cette mystérieuse source, ne soit autre qu'un des indicateurs du commissaire de la PJ de Versailles.

Ce dernier avait été son officier traitant avant de décider de le radier au bout de quelques mois pour "instabilité" de la liste des agents infiltrés.

"Là où il est très mal, c'est qu'il n'y a pas de source" qui lui aurait permis d'identifier les auteurs, a déclaré Karim Achoui à Reuters, laissant entendre que le commissaire ne pouvait pas ignorer certains éléments du projet d'assassinat.

"IL FALLAIT QUE JE ME PROTÈGE"

Le commissaire, qui avait d'abord parlé d'un renseignement anonyme, avait transmis en décembre 2007 un rapport à la Brigade criminelle parisienne chargée de l'enquête sur la tentative de meurtre du boulevard Raspail.

Il y livrait les noms d'une partie des accusés et des détails qui ont contribué à faire décoller l'enquête, sans fournir le moindre mobile, qui reste à ce jour mystérieux.

Le commissaire a reconnu avoir cherché en partie à se couvrir. "J'ai entendu M. Achoui parler de complot policier. J'ai compris qu'il fallait que je me protège. Que le fait d'être en relation avec Terranova pouvait accréditer le complot policier", a-t-il expliqué.

Tentant de démêler les fils de ce scénario noir, la présidente de la cour, Xavière Simeoni, a souligné que le commissaire et son indicateur avaient eu 354 contacts téléphoniques durant 5 mois, soit au moins deux par jour.

Elle a noté que Rudy Terranova avait appelé Stéphane Lapeyre la veille de l'attentat visant Karim Achoui, puis le jour même, et le lendemain, des éléments troublants pour la partie civile.

Pour le commissaire, ces conversations étaient anecdotiques : "J'aurais été un piètre professionnel que de commanditer un assassinat avec mon téléphone administratif."

À la demande de la cour, le policier a décrit les conditions dans lesquelles il avait recruté Rudy Terranova, les règles régissant les rapports avec les indicateurs, et pourquoi il avait mis fin à leur relation.

L'indicateur jouait selon lui un double jeu, lui avait montré une arme et voulait obtenir l'adresse de son domicile.

Me Edouard Martial, avocat de Karim Achoui, a exhorté en vain le policier à livrer aux jurés des éléments sur sa source. "On va continuer dans l'opacité et un espèce de mystère que vous entretenez", a-t-il regretté.

Il a ensuite lu au commissaire un passage de l'arrêt de renvoi précisant que Rudy Terranova avait confié avoir une dette de 50.000 euros envers le commanditaire présumé, Djamel Hakkar, "lequel lui aurait demandé de tuer un homme."

Prié de dire pourquoi il n'avait pas cherché à en savoir plus ou à alerter d'autres services de police, Stéphane Lapeyre a répondu que cette information n'était pas opérationnelle. "Terranova ne m'a jamais informé d'un projet criminel."

Edité par Yves Clarisse

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