Un chef kurde demande de protéger une ville syrienne contre l'EI

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(Actualisé avec précisions, Barzani, évacuations de villages) par Seyhmus Cakan DIKMETAS, Turquie, 19 septembre (Reuters) - Le président du Kurdistan autonome irakien, Massoud Barzani, a demandé vendredi à la communauté internationale à protéger la ville kurde syrienne de Kobani des djihadistes de l'Etat islamique (EI) dont l'avancée a fait fuir de nombreux Kurdes syriens en Turquie. Des milliers de Kurdes ont traversé la frontière vendredi, craignant une attaque imminente contre cette ville située non loin de la frontière entre la Syrie et la Turquie, appelée Kobani en kurde et connue aussi sous le nom Aïn al Arab. "J'appelle la communauté internationale à utiliser tous les moyens, le plus rapidement possible, pour protéger Kobani", a dit Massoud Barzani. "Il faut frapper et détruire les terroristes de l'EI, partout où ils se trouvent", a-t-il ajouté. L'aviation américaine a déjà conduit depuis le 8 août des raids en Irak contre les djihadistes. La France a mené sa première frappe contre l'EI vendredi matin. Le 10 septembre, le président américain Barack Obama a déclaré qu'il n'hésiterait pas à attaquer les djihadistes, même en Syrie. Ce nouvel afflux de civils est un sujet d'inquiétude pour la Turquie qui accueille déjà plus de 1,3 million de Syriens, chassés par la guerre civile, tandis que des centaines de milliers d'autres, qui se sont repliés dans les zones montagneuses côté syrien pour échapper aux combats, pourraient chercher à traverser si les combats devaient s'intensifier. La Turquie tente de convaincre Washington de la nécessité de créer une "zone tampon" en territoire syrien pour accueillir les civils déplacés, une mesure qui exigerait l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), les forces syriennes kurdes se sont retirées d'une soixantaine de villages face à l'avancée des djihadistes de l'Etat islamique. Ocalan Iso, responsable adjoint des forces kurdes à Kobani, a dit ne pas savoir combien de villages exactement étaient tombés aux mains des djihadistes de l'EI mais a estimé qu'ils n'étaient pas si nombreux. Il a toutefois reconnu que son mouvement avait "perdu le contact" avec certains villages. Un "grand nombre" de localités sont devenues des zones de guerre et les civils d'une centaine de villages ont été évacués en raison des bombardements de l'EI, a-t-il ajouté. COMBATS ACHARNÉS Selon Esmat al Cheikh, le chef des forces kurdes défendant Kobani, des combats acharnés se poursuivent vers l'Est, l'ouest et le sud de Kobani, que la Turquie jouxte par le nord. Les combattants de l'EI, armés de roquettes, d'artillerie, de chars et de véhicules blindés pris à l'armée irakienne à Mossoul, sont désormais à 20 km de Kobani, a-t-il dit à Reuters au téléphone. Quelque 4.000 Kurdes syriens, principalement des femmes et des enfants, se sont massées jeudi soir à la frontière, en face du village turc de Dikmetas. Les soldats turcs, armés de fusils, ont d'abord formé une ligne le long de la frontière et autorisé des habitants du village voisin de Dikmetas à donner des bouteilles d'eau et des sacs de pain aux Syriens se trouvant de l'autre côté de la clôture en fils barbelés. Sur ordre du Premier ministre Ahmet Davutoglu, les militaires ont ensuite autorisé plusieurs centaines de réfugiés, principalement des femmes et des enfants, à entrer en territoire turc. Le Premier ministre, qui a indiqué que la priorité était de distribuer de l'aide du côté syrien de la frontière, a confirmé avoir donné l'ordre de laisser entrer les Syriens après avoir appris que 4.000 étaient arrivés à la recherche d'un abri. "Quand nos frères de Syrie et d'ailleurs arrivent à nos frontières pour échapper à la mort (...), sans tenir compte de leurs origines, de leur religion ou de leur appartenance cultuelle, nous les faisons entrer et continuerons à les faire entrer", a expliqué le chef du gouvernement lors d'un déplacement en Azerbaïdjan. Face à cette poussée des islamistes, les combattants kurdes ont lancé un appel à l'aide militaire. "L'instauration d'une zone tampon est d'une grande importance à la fois pour la Turquie et pour les Syriens qui ont été déracinés", a commenté un responsable gouvernemental turc, reprenant une idée évoquée cette semaine par le président Recep Tayyip Erdogan. Si la Turquie maintient sa frontière ouverte avec la Syrie pour des raisons humanitaires, elle a imposé un renforcement de la sécurité dans cette zone au cours des derniers mois. Le but de cette mesure est de répondre aux critiques, notamment de la part de ses partenaires occidentaux, qui font état de passages fréquents de djihadistes étrangers pour rejoindre les rangs de l'EI en transitant par la Turquie. (Tangi Salaün, Pierre Sérisier, Guy Kerivel et Danielle Rouquié pour le service français)

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