Un chef du renseignement libanais tué dans un attentat

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UN CHEF DU RENSEIGNEMENT PARMI LES VICTIMES DE L'ATTENTAT DE BEYROUTH
UN CHEF DU RENSEIGNEMENT PARMI LES VICTIMES DE L'ATTENTAT DE BEYROUTH

par Oliver Holmes et Mariam Karouny

BEYROUTH (Reuters) - Le général Wissam al Hassan, directeur des renseignements des Forces de sécurité intérieure du Liban, a été tué vendredi dans un attentat à la voiture piégée, qui a fait, selon la défense civile, un total de huit morts et 78 blessés dans le centre de Beyrouth.

Cet attentat, survenu dans une rue abritant les locaux des Phalanges chrétiennes, a ravivé le souvenir de la guerre civile (1975-1990) chez des éditorialistes libanais, qui redoutent le début d'un nouveau cycle de violences lié au conflit en Syrie voisine.

Wissam al Hassan, qui avait échappé à plusieurs tentatives d'assassinat, avait dirigé l'enquête qui a conduit, en août, à la mise en examen de l'ancien ministre Michel Samaha et de deux Syriens, poursuivis pour complot en vue de faire exploser des bombes préparées en Syrie dans le but d'"inciter à la violence religieuse" au Liban.

Auparavant, ce proche de Rafic Hariri avait aussi dirigé la partie libanaise de l'enquête sur le meurtre de l'ancien Premier ministre, tué avec 21 autres personnes dans un attentat commis en février 2005 à Beyrouth. Ses recherches avaient conclu à une implication de la Syrie et du Hezbollah, allié libanais de Damas.

Le Liban, où les plus hautes fonctions sont réparties selon des critères confessionnels, est en proie depuis le début de l'année à des tensions entre partisans et adversaires du président syrien Bachar al Assad.

Ce dernier, dont le régime a longtemps exercé une tutelle de fait sur le Liban, est confronté dans son pays à un soulèvement armé depuis plus d'un an et demi.

Amine Gemayel, président des Phalanges et adversaire résolu du président syrien, a condamné cet attentat.

"Que l'Etat protège les citoyens. Nous ne tolérerons aucune procrastination en la matière, nous ne pouvons pas continuer ainsi. Nous mettons en garde depuis un an. Assez", a dit Amine Gemayel, dont le frère Pierre a été assassiné en novembre 2006.

Dans un communiqué, le Premier ministre Najib Mikati a déclaré que les autorités cherchaient à retrouver les auteurs de l'attentat et qu'ils seraient condamnés.

PUISSANTE EXPLOSION

Plusieurs véhicules ont pris feu en raison de l'explosion, qui a fortement endommagé la façade d'un immeuble de plusieurs étages dans le quartier majoritairement chrétien d'Achrafieh, près de la place Sassine. La rue était jonchée de carcasses de voitures et de gravats, signes de la puissance de l'attentat.

Un employé d'une agence bancaire située dans cette rue a rapporté qu'une voiture avait été projetée à une hauteur de cinq étages par le souffle de l'explosion.

Des ambulances ont convergé vers les lieux de la déflagration, survenue en pleine heure de pointe alors que de nombreux parents venaient chercher leurs enfants à l'école.

Des habitants paniqués recherchaient leurs proches tandis que d'autres aidaient à transporter les victimes.

Les forces de sécurité se sont déployées dans le quartier.

La Syrie, gouvernée par la minorité alaouite, a longtemps exercé une tutelle de fait sur le Liban après la guerre civile (1975-1990).

Elle a dû mettre un terme officiel à sa présence militaire chez son voisin après l'attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri.

Les partisans de Hariri ont accusé la Syrie et le Hezbollah chiite d'être les commanditaires de cet attentat, ce que les deux démentent. Le Tribunal spécial pour le Liban mis en place par les Nations unies après sa mort a inculpé quatre suspects, membres du Hezbollah.

Le dernier attentat en date dans la capitale libanaise remontait à 2008. Il avait fait trois morts et endommagé un véhicule diplomatique américain.

La guerre civile qui a éclaté en Syrie à la suite du soulèvement contre le régime Assad en mars 2011 a ravivé les tensions au Liban entre mouvements politiques et communautés confessionnelles, notamment à Tripoli, dans le nord du pays, théâtre d'affrontements armés cette année.

Nabil Boumonsef, éditorialiste au journal libanais An Nahar, a exprimé sa crainte sur l'évolution de la situation au Liban: "Ils avaient mis en garde au sujet des conséquences de la crise syrienne et les voici. Qui a fait ça et pourquoi, personne ne le sait mais ce qui est certain, c'est que cela ne peut pas être isolé de ce qui se passe en Syrie."

A Damas, le ministre de l'Information, Omrane al Zoabie, a déclaré que le régime syrien condamnait "cette explosion terroriste et toutes ces explosions où qu'elles se produisent. Rien ne les justifie."

Bertrand Boucey pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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