Un chef chiite déchu de sa nationalité à Bahreïn

le , mis à jour à 20:56
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 (Actualisé avec réaction US et précisions § 5-8-9-11-12) 
    DUBAI, 20 juin (Reuters) - Bahreïn a déchu de sa nationalité 
le chef spirituel de la majorité chiite du petit royaume du 
Golfe, a rapporté lundi l'agence de presse officielle BNA, 
provoquant une manifestation de soutien devant sa résidence. 
    Cette décision à l'encontre de l'ayatollah Issa Qassim 
intervient moins d'une semaine après la suspension par la 
justice des activités du principal parti d'opposition, le 
mouvement chiite Al Wefaq. Ce dernier était accusé de fomenter 
une révolte religieuse avec l'aide d'un pays étranger, allusion 
à l'Iran. 
    Pour le général iranien Qassem Soleimani, commandant de la 
brigade Al Qods des gardiens de la Révolution, les autorités de 
Bahreïn ont franchi "une ligne rouge" en décidant cette 
déchéance de nationalité qui, ajoute-t-il dans un communiqué 
publié par l'agence de presse Fars, "ne laissera d'autre choix 
au peuple que de recourir à la résistance armée".  
    "Les Khalifa (ndlr, la famille régnante sunnite de Bahreïn) 
en paiera le prix et leur régime assoiffé de sang sera 
renversé", ajoute la commandant de la force d'élite des 
pasdaran. 
    A Washington, le département américain d'Etat s'est dit 
"alarmé" par cette décision. "Nous n'avons pas connaissance 
d'élément crédible étayant cette décision", a ajouté John Kirby, 
le porte-parole du département d'Etat. Bahreïn, allié des 
Etats-Unis, abrite la Ve Flotte de la marine américaine. 
    Cité par l'agence BNA, le ministère bahreïni de l'Intérieur 
a déclaré que l'ayatollah Qassim tentait de diviser la société, 
encourageait les jeunes à violer la Constitution et favorisait 
les divisions religieuses dans le pays. 
    Le Hezbollah libanais, soutenu par l'Iran, a appelé les 
habitants du royaume à se soulever contre cette décision du 
gouvernement. Le groupe chiite libanais a déclaré que déchoir 
l'ayatollah Issa Qassim de sa nationalité "met(tait) le peuple 
de Bahreïn face à des choix difficiles, qui auront de graves 
conséquences pour le régime, corrompu et dictatorial". 
    Dans le village chiite de Diraz, à l'ouest de la capitale 
Manama, 4.000 personnes environ ont défilé devant la maison de 
l'ayatollah Qassim, scandant des slogans pro-chiites. Selon des 
photographies diffusées sur les réseaux sociaux, le dignitaire 
sorti sur le perron de sa maison pour les saluer. 
    Plusieurs dizaines de véhicules de la police ont pris 
positions autour de Diraz, aucun fait de violence n'a été 
signalé.  
    En 2011, le Bahreïn a violemment réprimé une révolte de la 
majorité chiite qui demandait alors des réformes et une plus 
grande représentation dans ce pays dirigé par une dynastie 
sunnite. 
    Le Bahreïn a retiré leur nationalité à plus de 250 opposants 
ces deux dernières années, afin d'empêcher toute dissidence. 
    Selon son site officiel, Qassim est né dans les années 1940 
sur le territoire qui était alors une dépendance britannique. 
 
 (Sami Aboudi et Noah Browning avec Tom Perry à Beyrouth, 
Bozorgmehr Sharafedin à Dubaï et Warren Strobel à Washington; 
Laura Martin et Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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