Un ancien milicien rwandais témoigne contre Pascal Simbikangwa

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TÉMOIGNAGE DIRECT CONTRE PASCAL SIMBIKANGWA À SON PROCÈS
TÉMOIGNAGE DIRECT CONTRE PASCAL SIMBIKANGWA À SON PROCÈS

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Un ancien milicien rwandais condamné pour sa participation au génocide de 1994 a déclaré lundi avoir vu Pascal Simbikangwa, un ex-militaire jugé à Paris depuis trois semaines, entraîner des tueurs et participer à une réunion préparant les massacres.

La Cour d'assises de Paris a entamé avec ce témoignage sa plongée au coeur des faits qui sont reprochés à Pascal Simbikangwa, après s'être consacrée jusqu'à présent à son parcours et au contexte politique ayant mené au génocide.

Il est accusé d'avoir fourni des armes et donné des instructions à des civils et des miliciens à Kigali et dans la préfecture de Gisenyi (ouest du pays) sur des barrières dressées pour filtrer et tuer les "ennemis", principalement des Tutsi.

D'avril à juillet 1994, ce génocide a fait quelque 800.000 morts. La mort du président Juvénal Habyarimana dans un attentat, le 6 avril, a donné le signal de départ des tueries.

"Le 7 (avril 1994) dans l'après-midi, (Pascal Simbikangwa) est venu dans une réunion qui préparait les massacres", dans la préfecture de Gisenyi, a dit lundi Théoneste Habarugira, alors agriculteur et membre des milices Hutu Interahamwe.

"Il a pris la parole, il a dit qu'il fallait tuer les Tutsi", a-t-il ajouté dans sa langue natale, le kinyarwanda.

"Entre avril et mai, il a entraîné des jeunes gens", a poursuivi ce témoin qui a passé près de sept ans en prison au Rwanda après sa condamnation par un tribunal populaire. "Il était dans une voiture, il donnait des ordres aux militaires."

"ON SE BAT CONTRE L'INNOCENCE"

Après une brillante carrière militaire gâchée par un accident de la route l'ayant rendu paraplégique, Pascal Simbikangwa rejoint en 1988 les services de renseignement intérieurs, où il acquiert la réputation de "tortionnaire", selon l'accusation.

Mais le "capitaine à roulettes", qui minimise depuis le début du procès son importance dans l'administration rwandaise, nie les faits qui lui sont reprochés et se dit victime de "rumeurs" colportées par la rébellion Tutsi du Front patriotique rwandais, désormais au pouvoir.

"Au Rwanda, on se bat contre l'innocence", a-t-il dit lors d'une précédente audience.

"Personne, même si je perdais (ce procès), ne me convaincrait d'avoir demandé aux milices (la vie de) la famille de ma mère pour épargner celle de mon père", a ajouté celui dont la mère était Tutsi et le père Hutu.

Du petit fonctionnaire au dignitaire travaillant pour les réseaux occultes de la présidence, des portraits contradictoires de lui ont été brossés devant la Cour.

La défense, qui a relevé de nombreuses incohérences dans les déclarations de plusieurs témoins à charge, dénonce le manque de crédibilité de l'accusation, qui ne repose sur aucune victime directe.

Les trois magistrats et les six jurés de la Cour d'assises devront rendre leur verdict le 14 mars prochain.

Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour les événements de 1994, encourt la prison à perpétuité pour complicité de génocide et de crimes contre l'humanité.

Edité par Yves Clarisse

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