Un ancien "comptable" d'Auschwitz jugé en Allemagne

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(Avec début du procès, commentaires de l'accusé, d'un avocat) par Michelle Martin LUNEBOURG, Allemagne, 21 avril (Reuters) - Le procès d'un ancien employé des services comptables du camp d'Auschwitz s'est ouvert mardi en Allemagne dans ce qui pourrait être l'une des dernières grandes affaires judiciaires de l'Holocauste. Oskar Gröning, 93 ans, est accusé par le ministère public de complicité dans l'extermination de 300.000 personnes bien qu'il n'ait lui-même jamais tué un détenu au cours de sa présence dans le camp. Envoyé à Auschwitz en 1942, alors qu'il était âgé de 21 ans, il n'a jamais caché son attachement au nazisme à l'époque des faits et, au fil des années, a toujours parlé d'une manière ouverte de ses fonctions afin, expliquait-il, de lutter contre les théories négationnistes. Affirmant n'avoir été "qu'un rouage de la machine", Oskar Gröning a été témoin des crimes commis dans le camp de la mort mais soutient qu'il est juridiquement innocent car il n'a tué aucun détenu. Son travail à Auschwitz consistait dans la collecte des effets personnels des déportés après leur arrivée et participait donc au processus de sélection de ceux qui étaient immédiatement envoyés dans les chambres à gaz. Il avait en charge l'inspection des bagages, la récupération des billets de banque qui pouvaient s'y trouver et leur envoi aux bureaux des SS à Berlin où cet argent finançait l'effort de guerre nazi. "Par son travail, il a aidé le régime nazi financièrement et a soutenu la campagne d'assassinats systématiques", écrit le procureur de Hanovre dans l'acte d'accusation de 85 pages. LE PRÉCÉDENT DEMJANJUK Hans Holtermann, avocat d'Oskar Gröning, estime que les actes de son client ne font pas de lui un complice des assassinats commis et rappelle que, jusqu'à une date récente, le système judiciaire allemand était d'accord avec cette appréciation. Ainsi, en 1985, le parquet de Francfort avait renoncé à poursuivre Gröning et plusieurs dizaines d'autres employés des camps de concentration, estimant qu'il n'y avait pas de lien de cause à effet entre leur travail et la mort des déportés. Il y a deux ans encore, il avait rejeté une nouvelle requête pour se saisir du dossier. Le parquet de Hanovre a au contraire estimé qu'il était en droit de poursuivre Oskar Gröning, encouragé par le cas d'Ivan Demjanjuk, condamné en 2011 pour complicité de meurtre sans la preuve de sa participation directe à des crimes lorsqu'il était gardien du camp d'extermination de Sobibor. Les faits retenus contre Gröning vont de la période de mai à juillet 1944 lorsque 137 trains transportant 425.000 juifs de Hongrie sont arrivés à Auschwitz. Au moins 300.000 d'entre eux furent directement envoyés dans les chambres à gaz, précise l'acte d'accusation. Dans une longue interview au magazine Der Spiegel publiée en 2005, Oskar Gröning déclarait n'avoir "rien senti" quand il avait vu les juifs se faire conduire vers les chambres à gaz. "Si vous êtes convaincu de la nécessité de détruire le judaïsme, alors peu importe que le massacre ait lieu", expliquait-il pour décrire ses sentiments de jeune officier SS. "A un certain stade, vous êtes là et la seule chose qui reste est le sentiment de faire partie de quelque chose de nécessaire. Horrible mais nécessaire", ajoutait-il. Plusieurs survivants du camp d'extermination, qui se sont portés partie civile dans cette affaire, seront présents lors des audiences du procès. "Ceux qui commettent des crimes aujourd'hui doivent savoir qu'ils seront tenus pour responsables dans le futur", a déclaré Hedy Bohm, une survivante de 93 ans vivant à New York. "Plus jamais ils ne pourront plaider qu'ils sont simplement un rouage de la machine", a-t-elle dit. Thomas Walter, un avocat représentant ces survivants, a déclaré que l'objectif du procès était de leur "redonner un peu de cette dignité qu'ils ont perdue à jamais dans les chambres à gaz d'Auschwitz". (Pierre Sérisier et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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