Un an de prison ferme pour l'ex-directeur de l'usine AZF

le
0
UN AN DE PRISON FERME POUR L'EX-DIRECTEUR DE L'USINE AZF
UN AN DE PRISON FERME POUR L'EX-DIRECTEUR DE L'USINE AZF

par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - La cour d'appel de Toulouse a condamné lundi l'ex-directeur de l'usine AZF à trois ans de prison dont deux avec sursis, onze ans après l'explosion du site chimique qui avait fait 31 morts en septembre 2001.

La société Grande Paroisse, filiale de Total et propriétaire de l'usine, a été condamnée pour sa part à 225.000 euros d'amende. La cour a toutefois mis hors de cause le groupe pétrolier et son ancien PDG Thierry Desmarest, rejetant les demandes de citation directe à comparaître.

L'explosion de l'usine AZF, pire catastrophe industrielle française depuis la Seconde Guerre mondiale, a fait en outre plusieurs milliers de blessés et de sinistrés et des milliards d'euros de dégâts.

"La cour déclare Serge Biechlin et la société Grande Paroisse coupables d'avoir par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou en commettant une faute caractérisée qui exposait autrui à un risque (...) involontairement causé la mort" des victimes, a déclaré à l'audience le président de la cour, Bernard Brunet.

Serge Biechlin a été condamné en outre à 45.000 euros d'amende. Il effectuera la partie ferme de sa peine, soit un an de prison, sous le régime de la semi-liberté.

Retenant, pour expliquer l'explosion, le scénario d'une mise en contact accidentelle de produits chimiques, la cour d'appel a dressé une liste de "dysfonctionnements", notamment l'absence de formation des entreprises sous-traitantes chargées de la manipulation des produits toxiques.

"En agissant ainsi et par voie de conséquence en commettant une pluralité de fautes caractérisées et graves, M. Biechlin, qui connaissait parfaitement la caractéristique des produits chimiques et des risques encourus, a directement créé ou contribué à créer la situation (...) et n'a pas pris les mesures pour l'éviter", a précisé le président.

"FAUTES D'UNE TRÈS IMPORTANTE GRAVITÉ"

"Ces fautes d'une très importante gravité ont exposé autrui, en l'espèce tous les salariés travaillant sur le site et au-delà de ce périmètre, la population toulousaine, à un risque d'une particulière gravité qu'il ne pouvait pas ignorer. En conséquence de quoi il est jugé pénalement responsable."

Cet arrêt intervient trois jours après la commémoration du 11e anniversaire d'un désastre qui a fait, outre 31 morts, quelque 20.800 blessés selon des documents judiciaires officiels.

L'énoncé du jugement revêt surtout une portée symbolique, étant donné que le groupe pétrolier a d'ores et déjà versé "plus de 2 milliards d'euros d'indemnités pour les dommages corporels et matériels", selon le site internet de Grande Paroisse.

Selon l'explication avancée par les experts judiciaires et retenue par la cour, la catastrophe s'explique par le stockage imprudent dans le même hangar de matières chlorées et nitratées, explosives lorsqu'elles sont combinées.

En première instance, en novembre 2009, le tribunal correctionnel de Toulouse avait jugé cette hypothèse trop fragile et relaxé les prévenus, pointant toutefois des "manquements graves" dans la gestion de l'usine.

De son côté, la défense a allégué tout au long du procès que la piste criminelle n'avait pas été suffisamment explorée et s'est même appuyée pendant l'été sur l'affaire Merah pour tenter de relancer l'hypothèse d'un acte intentionnel.

Edité par Patrick Vignal

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant