Un accord salarial positif pour la consommation en Allemagne ?

le
0
UN ACCORD SALARIAL POSITIF POUR LA CONSOMMATION EN ALLEMAGNE ?
UN ACCORD SALARIAL POSITIF POUR LA CONSOMMATION EN ALLEMAGNE ?

par Sarah Marsh et Alice Baghdjian

BERLIN (Reuters) - L'augmentation salariale conclue ce week-end dans la fonction publique allemande risque de faire des émules dans le secteur privé, ce qui pèsera sur les entreprises mais pourrait favoriser une reprise salutaire de la consommation sans poser de risque excessif en matière d'inflation.

D'après l'accord conclu samedi, près de deux millions de fonctionnaires allemands vont être augmentés de 6,3% sur les deux années à venir.

Cette hausse des traitements plus forte qu'attendu, au grand dam de certaines municipalités en mal de financements, risque d'inspirer les salariés du privé, alors que l'Allemagne continue d'afficher une santé économie insolente au regard de la plupart de ses voisins.

Les analystes s'attendent à ce que les secteurs les plus performants du pays, notamment la métallurgie, connaissent des demandes d'augmentation similaires et même plus importantes encore que celle obtenue dans le public.

"Les travailleurs pensent qu'ils peuvent insister davantage dans ces secteurs, puisqu'ils perçoivent le public comme contraint d'être prudent en raison de la crise (de la dette) de la zone euro", commente Holger Schmieding, de Berenberg Bank.

Des années de croissance limitée des salaires ont dopé la compétitivité de l'Allemagne. Combinées aux réformes du marché du travail, elles ont permis de faire reculer le taux de chômage à son plus bas niveau depuis vingt ans, à 6,7%. Les salariés ont souvent dû renoncer à des augmentations en échange de la sécurité de l'emploi.

Mais les économistes soulignent que cette tendance a pesé sur les dépenses de consommation, rendant la première économie d'Europe excessivement dépendante de ses exportations, aujourd'hui vulnérables face à une croissance mondiale incertaine et à une demande en berne au sein de la zone euro.

RENÉGOCIATIONS SALARIALES EN SÉRIE

La rémunération réelle en Allemagne a en fait diminué depuis l'introduction de l'euro en 1999, d'après l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

Cette année, les salaires de quelque neuf millions de travailleurs en Allemagne, sur les 41 millions de salariés que compte le pays, doivent être renégociés.

Le syndicat du secteur tertiaire Ver.di appelle à présent à des grèves chez Deutsche Telekom, réclamant une augmentation de 6,5% pour près de 51.000 salariés.

Les accords salariaux conclus jusqu'à présent en Allemagne dépassent l'inflation, qui a atteint 2,1% en mars. Le secteur de la métallurgie a convenu d'une augmentation de 3,8% pour quelque 75.000 employés, tandis que Deutsche Post a convenu d'une augmentation de 4% pour 130.000 salariés.

D'autres secteurs réclament des hausses de salaires de l'ordre de 6%, le puissant syndicat manufacturier IG Metall visant une augmentation de 6,5% pour trois millions de salariés.

Ceci pourrait poser un risque inflationniste à moyen terme, étant donné que les marchés s'attendent à ce que la Banque centrale européenne maintienne ses taux d'intérêt inchangés à 1% jusqu'à la deuxième moitié de 2013.

Mais un certain nombre d'économistes estiment que si les accords salariaux continuent de se maintenir sous 4%, il est peu probable qu'ils nourrissent une inflation excessive, vu les gains en productivité qui suivraient.

LES ALLEMANDS PLUS DÉPENSIERS ?

Un effet plus immédiat, quoique modéré, sur l'inflation, consisterait en une hausse des charges municipales, à mesure que les autorités locales cherchent des moyens de financer les augmentations de salaires de leurs fonctionnaires.

L'accord conclu samedi coûtera aux collectivités quelque 2,2 milliards d'euros cette année et environ 4,3 milliards en 2013.

"Certaines collectivités peuvent à peine supporter ces coûts et ploieront davantage sous la dette", commente Franz-Reinhard Habbel, porte-parole de la fédération allemande des villes et municipalités. "Nous devrons envisager de lever certains impôts et taxes."

Les ménages allemands sont traditionnellement de grands épargnants, comparés aux ménages américains et à la plupart de leurs voisins européens. Le ministre des Finances Wolfgang Schäuble a déclaré samedi que l'accord salarial dans le secteur public avait peu de chances d'accroître la demande intérieure de manière significative et les économistes estiment que les Allemands devraient continuer à être de grands épargnants.

L'indice GfK de la confiance du consommateur a toutefois progressé sur six des sept derniers mois et reste proche d'un plus haut d'un an. Parallèlement, les importations allemandes ont crû de 2,4% en janvier, plus que les exportations.

"Cet accord (du secteur public) place les salaires au-dessus du taux d'inflation anticipé, ce qui implique une hausse des salaires réels et devrait avoir un effet positif sur la consommation", commente Rolf Bürkl pour l'institut Gfk, qui table sur une hausse de la consommation de 1% cette année, contre 1,5% l'an dernier.

Natalie Huet pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant