Un accord et des questions sur l'Ukraine

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UN ACCORD SUR L'UKRAINE À GENÈVE MAIS DES DOUTES SUBSISTENT
UN ACCORD SUR L'UKRAINE À GENÈVE MAIS DES DOUTES SUBSISTENT

par Arshad Mohammed et Tom Miles

GENEVE (Reuters) - Les Etats-Unis, la Russie, l'Ukraine et l'Union européenne se sont mis d'accord jeudi pour appeler à la fin immédiate des violences dans l'est de l'Ukraine mais cet accord négocié à Genève ne lève pas toutes les interrogations, loin de là.

Par l'intermédiaire de son secrétaire d'Etat, John Kerry, Washington a immédiatement menacé la Russie de nouvelles sanctions si elle devait entraver la mise en oeuvre de l'engagement pris en Suisse.

"S'il n'y pas de progrès au cours de ces prochains jours, si nous n'observons pas de mouvement allant dans la bonne direction, il y aura alors en conséquence des sanctions supplémentaires, des coûts supplémentaires", a déclaré le chef de la diplomatie américaine lors d'une conférence de presse à Genève.

Dans la soirée, Barack Obama s'est félicité de la conclusion de l'accord, qui ouvre selon lui la voie à une "désescalade", tout en évoquant à son tour la possibilité d'adopter de nouvelles sanctions en fonction de l'attitude de la Russie.

A priori, le climat paraît d'autant moins favorable à la résolution de la crise que Vladimir Poutine a employé, alors même que les discussions étaient en cours en Suisse, un ton offensif envers les dirigeants de Kiev, accusés de commettre un "crime grave" dans l'est du pays.

Et, sur le terrain, un groupe de 300 séparatistes armés a attaqué la base de la garde nationale à Marioupol, sur les bords de la mer d'Azov, a déclaré le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov, qui a fait état de trois séparatistes tués et de 13 autres blessés.

Ces incidents sont les plus meurtriers en Ukraine depuis le début du soulèvement des militants pro-russes il y a une dizaine de jours.

"UN TEST POUR LA RUSSIE"

"Toutes les parties doivent s'abstenir d'actions violentes, d'actes d'intimidation ou d'actions provocatrices", peut-on lire dans le texte auquel a abouti la réunion quadripartite de Genève à laquelle participaient John Kerry, ses homologues russe Sergueï Lavrov et ukrainien Andriy Dechtchitsia et Catherine Ashton, au nom de l'Union européenne.

"Tous les groupes armés illégaux doivent être désarmés; tous les bâtiments occupés illégalement doivent être restitués à leurs propriétaires légitimes; toutes les rues, places et autres lieux publics dans les villes ukrainiennes doivent être libérés", lit-on également.

Un doute subsistait sur l'engagement pris ou non par la Russie de retirer ses troupes massées à la frontière mais, selon le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriy Dechtchitsia, l'accord permettra de connaître la sincérité de Moscou.

"Ce sera un test pour la Russie, si la Russie veut véritablement montrer sa volonté d'avoir de la stabilité dans ces régions", a-t-il dit devant la presse.

L'accord de Genève portera-t-il ses fruits ? Certains observateurs en doutent.

"La diplomatie ne peut rien si on ne laisse aucune place au compromis", selon Ulrich Speck, professeur associé au groupe de réflexion Carnegie Europe. "Le Kremlin se consacre à la mise sous tutelle de l'Ukraine, d'une façon ou d'une autre. Il a l'impression d'avoir fait des pas important dans cette direction et ne veut pas reculer".

"SAPER L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE"Sergueï Lavrov a exhorté les Ukrainiens à ouvrir un dialogue national et a souhaité dans le même temps que Kiev confie davantage de pouvoirs aux régions et laisse plus de place à la langue russe.Dans un discours télévisé, Vladimir Poutine a estimé lui que les dirigeants pro-occidentaux en place à Kiev depuis la chute du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, le 22 février, poussaient leur pays "vers le précipice".

Le président russe a dit espérer que les troupes russes n'auraient pas à intervenir dans l'est de l'Ukraine, mais n'a pas exclu cette possibilité. "Nous devons tout faire pour aider ces gens à défendre leurs droits et à décider de manière indépendante de leur destin. C'est ce que nous appuyons", a-t-il ajouté.

Il a par ailleurs laissé entendre que ses ambitions territoriales allaient au-delà de l'Ukraine, déclarant que les habitants de Transnistrie, région séparatiste russophone de Moldavie, au sud-ouest de l'Ukraine, devaient pouvoir "déterminer leur propre destin".

Le numéro un russe a enfoncé le clou en s'en prenant à l'élection présidentielle ukrainienne prévue le 25 mai. Selon lui, la campagne électorale se déroule "d'une manière totalement inacceptable", certains candidats étant passés à tabac.

A la suite de ces propos, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a accusé le président russe de vouloir saboter le scrutin. "Le but, comme Poutine l'a officiellement annoncé aujourd'hui, est de saper l'élection présidentielle du 25 mai."

Un peu plus tôt, les services de sécurité ukrainiens (SBU) avaient annoncé l'arrestation en Ukraine d'une dizaine de Russes, présentés comme de probables agents secrets. Et l'Ukraine a invité la Cour pénale internationale (CPI) à enquêter sur les crimes qui auraient été commis sur son territoire depuis le début de l'année et à la fin 2013.

(avec Alexeï Anishchuk à Moscou, Aleksandar Vasovic à Marioupol et Stephanie Nebehay à Genève; Eric Faye et Simon Carraud pour le service français; édité par Henri-Pierre André)

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