Un accord à l'Opep reste lointain malgré l'évolution saoudienne

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UN ACCORD À L'OPEP RESTE LOINTAIN
UN ACCORD À L'OPEP RESTE LOINTAIN

par Rania El Gamal et Alex Lawler

ALGER (Reuters) - L'Opep n'a pas renoncé à parvenir d'ici la fin de l'année à un accord sur une limitation de sa production pour soutenir les cours du pétrole, dont la faiblesse fragilise l'économie saoudienne et contraint Ryad à assouplir sa position face à l'Iran.

Malgré des désaccords persistants au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), les discussions se poursuivent, a déclaré mercredi le ministre iranien du Pétrole, Bijan Zanganeh. Celles-ci ne devraient pas déboucher sur un accord dès ce mercredi, lors d'une réunion informelle organisée à Alger, mais pourraient aboutir lors de la prochaine réunion ministérielle du cartel fin novembre à Vienne.

Le ministre saoudien du Pétrole, Khalid al Falih, a déclaré mardi que l'Iran, le Nigeria et la Libye seraient autorisés à produire "à des niveaux maximum qui font sens" dans le cadre d'un éventuel accord. Cette déclaration traduit une évolution de la position saoudienne alors que Ryad excluait jusqu'à présent de réduire sa production si tous les autres producteurs, Opep et non-Opep, n'en faisaient pas de même.

L'Iran, qui a entrepris de redresser sa production depuis la levée de sanctions occidentales à son encontre en janvier, accepterait de la plafonner "à près de 4 millions de barils par jour" en cas d'accord, a dit Bijan Zanganeh mercredi. Elle stagne à 3,6 millions de bpj depuis trois mois, soit quasiment son niveau antérieur aux sanctions occidentales.

Les économies saoudienne et iranienne reposent fortement sur le pétrole mais l'Iran souffre moins de la chute de moitié des cours depuis mi-2014 du fait de la levée des sanctions à son encontre et le pays pourrait afficher une croissance économique de près de 4% cette année, selon le Fonds monétaire international (FMI).

BAISSE DES SALAIRES

L'Arabie saoudite est en revanche confrontée à une situation de déficit budgétaire, lequel a atteint l'année dernière le niveau record de 98 milliards de dollars, liée à la stagnation de son économie. Elle a été contrainte de réduire les salaires des fonctionnaires.

"La baisse des salaires indique-t-elle que les Saoudiens sont prêts à se battre ou indique-t-elle qu'ils sont prêts à un accord?", s'interroge une source de l'Opep originaire d'un pays du Moyen-Orient, interrogée au sujet de l'évolution de la position saoudienne.

L'Arabie saoudite est de loin le premier producteur de l'Opep avec plus de 10,7 millions de barils extraits par jour, ce qui la place sur un pied d'égalité avec les Etats-Unis et la Russie.

Ses revenus pétroliers ont diminué de moitié depuis deux ans, ce qui a contraint Ryad à se débarrasser chaque mois de plusieurs milliards de dollars d'actifs à l'étranger pour régler ses factures. Les autorités saoudiennes ont aussi décidé l'an dernier de réduire les subventions pour le carburant et l'électricité et elles ont engagé un vaste plan de transformation de leur économie pour la rendre moins dépendante du pétrole.

"Les Iraniens ne perdent pas autant que les Saoudiens. Ils sont dans une position de force", a dit une source au sein de l'Opep présente à Alger cette semaine.

Selon des sources au sein du cartel, l'Arabie a proposé de ramener sa production à 10,2 millions de bpj si l'Iran accepte de plafonner la sienne à 3,6 à 3,7 millions de bpj.

Pour Gary Ross, fondateur du cercle de réflexion américain PIRA et connaisseur de longue date de l'Opep, cette proposition est clairement inacceptable pour l'Iran, dont la production a été contrainte par les sanctions occidentales ces dernières années tandis que celle de l'Arabie a augmenté pour ne pas se laisser déborder par le pétrole de schiste des Etats-Unis.

"La baisse des salaires illustre l'urgence du plan de transformation national (de l'économie). Si les Saoudiens prenaient la moindre mesure agressive contre les cours du pétrole en ce moment, cela irait à l'encontre de cette urgence", dit Gary Ross.

(Avec Vladimir Soldatkin, Patrick Markey et Lamine Chikhi à Alger, Andrew Torchia à Dubaï; Bertrand Boucey pour le service français, édité par Marc Angrand)

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