UMP et FN sur les brisées de "La Manif pour tous"

le
2
LE MOUVEMENT ANTI-MARIAGE GAY AURA DES CONSÉQUENCES POLITIQUES
LE MOUVEMENT ANTI-MARIAGE GAY AURA DES CONSÉQUENCES POLITIQUES

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - La queue de comète du mouvement contre le mariage gay laissera des traces politiques en France en favorisant l'émergence d'une nouvelle génération de terrain pour les municipales, voire d'autres échéances, et en soumettant l'UMP et le FN à la question idéologique, estiment des analystes.

La loi autorisant l'union et l'adoption plénière pour les couples homosexuels désormais adoptée par le Parlement, ses opposants entendent faire fructifier les germes de cet "élan civique" dont la politisation, malgré les dénégations de ses têtes d'affiche, est désormais patente.

L'UMP, où les meurtrissures idéologiques et personnelles laissées par la guerre Copé-Fillon restent à vif, se divise à nouveau sur l'opportunité d'épouser une vague de contestation qui l'a largement débordée.

Le Front national, pour qui "La Manif pour tous" et son égérie Frigide Barjot sont instrumentalisés par l'UMP, a pour sa part à craindre d'une structuration de cette nébuleuse disparate allant de la droite gaulliste à l'extrême droite identitaire.

Jugeant le parti de Marine Le Pen "pas assez fédérateur", "trop réducteur", Frigide Barjot est devenue "l'ennemie" des dirigeants du FN.

S'agissant de l'UMP, "tout ce qui pourrait apparaître comme une tentative de récupération rapide par un courant du parti va rencontrer assez vite des obstacles. La défiance vis-à-vis des appareils est générale", souligne Pascal Perrineau (Cevipof).

Contre l'avis de plusieurs membres de l'équipe dirigeante, le président de l'UMP, Jean-François Copé, appelle à faire du rassemblement du 26 mai à l'initiative de "La Manif pour tous" un moment de contestation contre François Hollande.

"Jamais je n'ai dit ni pensé que la rue comptait plus que le Parlement", mais "qu'aurait-on dit de l'UMP si elle avait été totalement déconnectée du peuple français ?", a expliqué mercredi le député-maire de Meaux dans "Questions d'info" sur LCP.

"COURIR APRÈS LES MINORITÉS RADICALES"

François Baroin ou Hervé Mariton, fer de lance de l'opposition parlementaire au projet socialiste, sont critiques face à ce qu'ils considèrent comme un calcul de court terme.

"L'UMP est un parti de gouvernement, qui doit respecter les institutions", a dit en substance le député de l'Aube à Jean-François Copé, après s'être ému, comme nombre d'élus du parti, de la présence du député FN Gilbert Collard aux côtés d'élus de droite lors de "La Manif pour tous" de dimanche dernier.

Hervé Mariton croit en un compromis. "Le 26 mai, on élargit à la famille sans que ce soit, à mon point de vue, anti-Hollande. On trouvera la voie", a-t-il dit mercredi à Reuters.

Le politologue Thomas Guénolé relève "une tendance lourde de l'UMP, en panne de ciment fédérateur, à courir depuis quelques années après les minorités radicales".

"C'est une incohérence difficile à tenir pour l'UMP que de rejeter tout accord avec le Front national en vue des municipales en ayant un discours, sur le fond, la méthode, de plus en plus convergent avec l'extrême droite", ajoute-t-il à propos de la ligne idéologique dite "Buisson" qu'il assimile à une "lepénisation".

Pour le sénateur Philippe Marini, membre de "La Droite populaire", aile droitière de l'UMP, la droite serait "bien inspirée d'être attractive pour ce public qui s'est mobilisé". "Ce n'est pas un débat Copé-Baroin (...), c'est une question de conviction", a-t-il commenté sur Radio Classique.

Maire de Compiègne, il a décidé d'enrôler sur sa liste pour les municipales de 2014 un jeune animateur de "La Manif pour tous". "Des gens de bonne volonté, on en a besoin", souligne-t-il, alors que l'UMP concède un réel déficit de vocations pour les prochaines échéances locales.

Tel pourrait être le point de rencontre de cette "révolte" sociétale et des appareils politiques.

"Ce mouvement, du fait de son succès réel, de sa répétition, a fait entrer en politique toute une génération qui, sans lui, ne serait pas entrée dans des organisations de jeunesse, que ce soit celles de l'UMP ou du FN", juge Pascal Perrineau.

"Souvenons-nous à gauche, dans les années 1980, des mouvements lycéens, étudiants, contre le racisme, qui ont contribué à former toute une génération d'hommes et de femmes qui aujourd'hui sont à la tête du Parti socialiste".

"UN GRAND PARTI DE LA MORALE"

"De là à être une concurrence immédiate pour l'UMP et le Front national, c'est une autre paire de manches", ajoute-t-il.

Frigide Barjot a affirmé sa volonté, "sous une forme et une appellation qui restent à définir", de présenter des candidats en 2014 "dans les villes dont les élus n'ont pas joué le jeu".

"L'ambition est là, légitime, mais il faut avoir les moyens organisationnels de son ambition", note Pascal Perrineau.

Les fondements d'un "Tea Party" à la française ?

Non, répondent Pascal Perrineau et Thomas Guénolé. Ce dernier juge la comparaison erronée, rappelant la singularité du contexte politique américain : "Ce qui rend les évangélistes, les anti-fiscalistes, les libertariens indispensables comme renfort électoral à droite aux Etats-Unis, c'est l'abstention de 50%".

"Ce qu'on décrit comme un phénomène nouveau, c'est simplement la réapparition de l'extrême droite morale française, qu'incarnait Philippe de Villiers et qui a été laissée en déshérence alors qu'elle a une importance dans la tectonique des plaques politiques", estime-t-il.

"A la présidentielle de 1995, s'il n'y avait pas le président du Mouvement pour la France au premier tour (4,7%) Jean Marie Le Pen faisait déjà plus de 19%", précise-t-il.

"Pour des gens qui souhaiteraient voir le Front national se tasser, ce serait une assez bonne nouvelle qu'une espèce de grand parti de la morale émerge en France, voire envoie un candidat à l'élection présidentielle..."

Avec Emmanuel Jarry et Emile Picy, édité par Patrick Vignal

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • porec le mercredi 24 avr 2013 à 22:18

    On va surtout faire battre cette gauche babacool immorale, Hollande en premier, avant ensuite de faire battre les Borloo, Lemaire et Estrosi!Ya du pain sur la Planche, Bravo Frigide, on va enfin rigoler!

  • chatnour le mercredi 24 avr 2013 à 20:56

    Y va y avoir du rififi quand on va en faire battre un bon nombre aux prochaines élections, quelles soient municipales, législatives ou présidentielles anticipées ! On sait déjà que Copé et Baroin seront battus ! Et que Mariton sera élu !