Ukraine et UE échouent à signer un accord

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PAS DE SIGNATURE D'ACCORD ENTRE L'UKRAINE ET L'UE À VILNIUS
PAS DE SIGNATURE D'ACCORD ENTRE L'UKRAINE ET L'UE À VILNIUS

par Justyna Pawlak et Adrian Croft

VILNIUS (Reuters) - Le sommet de Vilnius consacré au rapprochement entre l'Union européenne et six anciennes républiques soviétiques s'est achevé vendredi sans ce qui devait être sa grande réussite: la signature par Kiev d'un accord d'association avec l'UE.

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a résolument bloqué les tentatives de compromis de dernière minute visant à relancer les négociations, que l'ex-république soviétique a gelées il y a une semaine.

Viktor Ianoukovitch assure que l'Ukraine a toujours l'intention de signer cet accord à l'avenir, mais insiste sur l'obtention d'une aide financière pour faciliter le rapprochement de l'Ukraine avec le bloc des Vingt-Huit.

Il a jugé "humiliante" la somme de 600 millions d'euros proposée par l'UE.

Sous la pression de Moscou, le président ukrainien a fait savoir la semaine dernière qu'il ne signerait pas l'accord d'association et de libre-échange Ukraine-UE, qui devait être le moment fort du troisième sommet du Partenariat oriental, un vaste projet de rapprochement de l'UE avec six ex-républiques soviétiques d'Europe orientale et du sud du Caucase.

Selon des diplomates de l'UE, un compromis a été conclu qui aurait permis d'envisager une signature à moyen terme, mais le président ukrainien n'a pas voulu le valider lors d'un dîner jeudi soir avec ses homologues européens.

"Je considère que c'est une défaite pour l'Ukraine", a estimé la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaite, dont le pays exerce la présidence tournante de l'UE.

"LÂCHE!"

Justifiant sa décision de ne pas signer, le président ukrainien a déclaré à ses homologues européens, selon des propos diffusés vendredi sur son site internet, que son pays avait besoin d'obtenir une assistance macroéconomique, de rétablir une relation de travail avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale sur des termes acceptables, de revoir la volonté de l'UE de limiter certaines importations ukrainiennes et de recevoir une aide pour moderniser son réseau de gazoducs.

Viktor Ianoukovitch a expliqué en détail les difficultés économiques de son pays, invoquant les prix élevés que l'Ukraine doit payer pour le gaz naturel acheté à la Russie.

Il a proposé l'ouverture de discussions trilatérales Russie-Ukraine-Union européenne, offre rejetée par les dirigeants européens -"l'époque de la souveraineté limitée est révolue", a dit le président de la Commission, José Manuel Barroso, par allusion à la doctrine soviétique de politique étrangère utilisée pour justifier l'intervention à Prague en 1968.

Les Européens ont demandé à Viktor Ianoukovitch de s'engager à signer l'accord d'association et de libre-échange, engagement qu'il a refusé de donner jusqu'à présent.

"Il devait donner ce gage de confiance, mais il n'était pas prêt à le donner", a dit le diplomate européen.

Des dizaines de manifestants ukrainiens ont manifesté aux abords du Palais des Grands Ducs où se tenait le sommet à Vilnius, en déployant des pancartes proclamant "Nous sommes des Européens!". A Kiev, quelque 400 personnes étaient rassemblées sur la place de l'Indépendance. Des "Lâche! Lâche!" à l'adresse du chef de l'Etat ont été criés par la foule.

Dimanche, des dizaines de milliers de personnes, brandissant des drapeaux européens, avaient défilé dans les rues de Kiev. Ioulia Timochenko, l'opposante la plus farouche du chef de l'Etat, a entamé lundi une grève de la faim.

UNION DOUANIÈRE

L'Ukraine, forte de 46 millions d'habitants, est le plus grand pays visé par le Partenariat oriental de l'UE, mais le veto de Kiev gèle le processus de rapprochement pendant des mois voire des années, juge-t-on dans les milieux diplomatiques.

Le pays, doté de riches ressources minières, qui partage sa frontière avec quatre pays membres de l'UE et dont le PIB atteint annuellement plus de 220 milliards d'euros, est un partenaire commercial alléchant tant pour Moscou que Bruxelles.

Mais le gouvernement est confronté à de gros problèmes de financement dans les 18 mois à venir et doit trouver 12,5 milliards d'euros pour honorer ses factures de gaz et ses dettes.

Kiev a accepté l'aide à court terme de la Russie, qui fournit la moitié du gaz consommé en Ukraine, sans toutefois s'associer à l'union douanière mise en place en 2010 entre la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan.

Privée de la signature de l'Ukraine, l'Union européenne s'est partiellement consolée en paraphant des accords d'association avec la Géorgie et la Moldavie, qui pourraient être signés d'ici un an. Un accord de facilitation de l'octroi des visas a par ailleurs été conclu avec l'Azerbaïdjan.

Peu de perspectives de rapprochement sont en revanche envisagées avec la Biélorussie et l'Arménie, qui participaient au sommet. Le gouvernement biélorusse a déjà intégré l'union douanière russe, qu'Erevan a aussi décidé de rejoindre.

Avec Andrius Sytas et Natalia Zinets, et à Kiev Pavel Polityuk; Eric Faye et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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