UE-Vifs échanges après la décision autrichienne sur les migrants

le
0
    * Vienne veut plafonner le nombre d'entrées sur son 
territoire 
    * L'Allemagne continue de prôner une solution avec la 
Turquie 
    * Un mini-sommet UE-Ankara programmé début mars 
    * Les pays de l'Est proposent d'isoler la Grèce 
 
    par Gabriela Baczynska et Robin Emmott 
    BRUXELLES, 19 février (Reuters) - La décision unilatérale de 
l'Autriche de limiter le nombre de demandeurs d'asile entrant 
sur son territoire a provoqué de vifs débats jeudi au premier 
jour du Conseil européen de Bruxelles, sapant les efforts de 
l'Allemagne pour parvenir à une solution commune, en tandem avec 
la Turquie, sur la crise migratoire.  
    Les dirigeants européens, qui ont discuté de la question 
pendant plusieurs heures, n'en ont pas moins réaffirmé que l'UE 
ne sortirait de cette crise que grâce à un effort commun et 
annoncé leur intention d'organiser début mars un sommet avec 
Ankara.  
    Le président de la Commission européenne, Jean-Claude 
Juncker, n'a pas caché son agacement vis-à-vis de l'initiative 
autrichienne, notant que les "solos nationaux ne sont pas 
recommandables". 
    Ce qui devait être une discussion relativement calme sur la 
mise en oeuvre de la stratégie définie par Bruxelles pour 
juguler le nombre d'arrivées de migrants en Europe a tourné à la 
passe d'armes entre le chancelier autrichien Werner Faymann et 
certains de ses homologues, selon un diplomate.  
    Plusieurs responsables européens ont estimé que la décision 
de Vienne de plafonner le nombre d'entrées sur son territoire à 
3.200 personnes par jour à partir de vendredi revenait à tourner 
le dos au reste de l'Europe "pour le bénéfice des tabloïds 
autrichiens".  
    Werner Faymann a dit avoir entendu certes des critiques mais 
aussi "beaucoup de compréhension". "Nous ne pouvons pas fournir 
tout l'asile en Europe", a dit le dirigeant social-démocrate.  
    Le commissaire européen aux Migrations, Dimitris 
Avramopoulos, a averti les Autrichiens que leur décision n'était 
pas conforme au droit européen, mais le chancelier a déclaré que 
ses conseillers juridiques n'avaient pas la même opinion et que 
la décision serait appliquée. 
     
    "MERKEL EST COMPLÈTEMENT ISOLÉE" 
    La querelle déclenchée par l'Autriche est symptomatique des 
divisions profondes suscitées par la crise migratoire en Europe. 
Des pays membres ignorent les appels de la Commission européenne 
à partager plus équitablement l'accueil de centaines de milliers 
de migrants et réfugiés sur le continent et réimposent des 
contrôles aux frontières de manière unilatérale.  
    "La stratégie globale agréée en décembre n'apportera de 
résultats que si tous les éléments sont poursuivis conjointement 
et que toutes les institutions et tous les Etats membres 
agissent ensemble et en totale coordination", ont pourtant 
réaffirmé les dirigeants européens dans un communiqué.  
    L'Autriche devait présider un mini-sommet entre la Turquie 
et onze Etats membres mais le Premier ministre Ahmet Davutoglu a 
annulé sa venue à la suite de l'attentat commis la veille à 
Ankara. Le prochain sommet UE-Ankara aura donc lieu début mars. 
La date du 5 mars a été provisoirement retenue, indique-t-on.  
    L'Allemagne, qui a accueilli plus d'un million de réfugiés 
l'an dernier, est particulièrement impliquée dans les efforts 
visant à obtenir de la Turquie qu'elle freine les départs de 
migrants à partir de son territoire.  
    "Pour moi, la déclaration la plus importante aujourd'hui, 
c'est que nous avons non seulement réaffirmé le plan d'action 
UE-Turquie, mais dit qu'il s'agissait de notre priorité", a 
déclaré la chancelière allemande Angela Merkel lors d'une 
conférence de presse en milieu de nuit.  
    Mais beaucoup doutent de la réussite de ce projet et 
préfèrent renforcer les contrôles aux frontières dans les pays 
traversés par les migrants, ce qui pourrait au final piéger des 
centaines de milliers de personnes en Grèce et provoquer une 
grave crise humanitaire dans un pays qui se débat déjà avec de 
lourds problèmes financiers.  
    "Merkel est complètement isolée là-dessus, elle perd du 
capital politique", assure un diplomate. "L'impatience de tous 
les autres s'accroît chaque semaine. Cela va arriver d'une 
manière ou d'une autre, même si cela implique de laisser tomber 
la Grèce." 
    L'UE se contenterait de fournir une assistance humanitaire à 
la Grèce, une hypothèse d'ailleurs mentionnée dans le relevé de 
conclusions des 28 dirigeants réunis jeudi soir.  
    Quatre pays d'Europe orientale ont émis l'idée d'entourer la 
Grèce d'une barrière imperméable pour empêcher les migrants de 
poursuivre leur route vers le nord ou l'ouest de l'Europe via 
des pays comme la Bulgarie ou la Macédoine.  
    Mais ce "plan B" suggéré par la Pologne, la Hongrie, la 
Slovaquie et la République tchèque est mal passé auprès de 
Bruxelles et Berlin.  
    L'ex-Premier ministre polonais et président du Conseil 
européen Donald Tusk a souhaité éviter "une bataille à propos de 
plans A, B ou C". "Cela n'a aucun sens, car cela crée des 
divisions au sein de l'UE", a-t-il dit.  
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant