UE-Moscovici peine à convaincre de son indépendance

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* Le déficit français au coeur de son audition * "Je n'ai qu'une boussole, les règles", dit Moscovici * Le Français au coeur du jeu diplomatique droite-gauche (Actualisé avec déclarations, précisions) PARIS, 2 octobre (Reuters) - Pierre Moscovici, candidat désigné au poste de commissaire aux Affaires économiques, a bataillé jeudi pour tenter de convaincre les députés européens qu'il saurait faire appliquer les règles budgétaires communes à tous les pays sans exception, au moment où le déficit français dérape. L'ex-ministre des Finances a dû s'expliquer à de nombreuses reprises sur la politique menée jusqu'à son départ de Bercy fin mars et même depuis qu'il en est parti, d'autant qu'il a voté la confiance à un gouvernement dont le projet de budget entérine la dérive du déficit.( ID:nL6N0RW282 et ID:nL6N0RW25Z ) "Quand un vote de confiance arrive et qu'il y a très peu de majorité, moi j'ai préféré et je l'assume, apporter ma confiance à un gouvernement qui mène des réformes", a dit Pierre Moscovici, actuellement député du Doubs, en réponse à une question sur la contradiction entre son vote et sa future mission. "Ça ne veut pas dire que je cautionne tout ce que peut dire le Premier ministre. Il y a des points sur lesquels je peux avoir mes nuances", a-t-il pris soin d'ajouter. "Un vote de confiance, c'est une appréciation globale (...). Ça ne veut pas dire qu'(un député) approuve la totalité de la politique. Il y a un vote auquel je ne participerai pas, et même des travaux auxquels je ne participerai pas, ce sont ceux sur la loi de finances, parce que là je serai sur un conflit déontologique." "Ensuite, une fois devenu commissaire au mois de novembre, j'examinerai la situation française avec une totale objectivité, totale", a-t-il insisté. Le choix de Pierre Moscovici, mais surtout d'un Français, a suscité un scepticisme certain au vu de l'incapacité de Paris à se conformer aux règles du pacte de stabilité et de croissance. D'autres avaient, la veille, fait les frais du doute. Le Britannique Jonathan Hill, désigné aux services financiers, a vacillé sur des dossiers et devra revenir la semaine prochaine. L'Espagnol Miguel Arias Canete (énergie et climat) n'a pas été ménagé par la gauche radicale et les Verts sur ses liens avec des intérêts pétroliers et sa candidature est loin d'être validée. Mais en cas de rejet, la droite trouverait un pendant social-démocrate. RÈGLES ET FLEXIBILITÉS Pierre Moscovici pourrait être celui-ci et les conservateurs ont donc répliqué jeudi. Sa tâche était d'autant plus difficile au lendemain de la présentation du budget français qui prévoit un déficit de 4,3% pour 2015, repousse à 2017 au mieux le passage sous les 3% et dont le Haut Conseil des finances publiques juge la trajectoire incertaine. Pierre Moscovici a donc tenté d'évacuer son passé, perçu par beaucoup des membres de son auditoire comme un passif, y compris ses absences répétées lorsque ministre, il était invité à venir s'exprimer devant les parlementaires. "Je veux agir en Européen avant tout et le rôle du commissaire européen, c'est de défendre les règles, toutes les règles", a-t-il dit. "J'aurai une boussole très claire, très simple : les règles, rien que les règles, toutes les règles." "Et si un pays, quel qu'il soit, grand ou petit, quel que soit son statut présumé, est dans une procédure (pour déficit excessif, ndlr), je poursuivrai cette procédure." "Un pays, fût-ce la France, doit respecter les règles, et mon rôle à moi, c'est de faire respecter les règles", a-t-il insisté, surprenant son auditoire en affirmant que sous sa conduite, Paris avait "toujours respecté les règles". "Apparemment, le projet présenté hier nécessite au moins un examen approfondi. Il faudra prendre des décisions, eh bien, je les prendrai", a-t-il plaidé tout en évoquant les "flexibilités" offertes par le pacte de stabilité et la nécessité de conjuguer lutte contre le déficit et initiative de croissance. Le commissaire désigné, qui a dit vouloir traiter tous les pays membres de la zone euro de la même façon, a ainsi rappelé qu'il fallait tenir compte des efforts structurels, au moins autant que du déficit nominal. Il a en outre souligné que l'Allemagne avait eu besoin de dix ans pour passer d'"homme malade" de l'Europe à première puissance économique de l'UE et que la France avait, elle aussi, besoin de temps. Pierre Moscovici a aussi eu à défendre sa place dans une Commission dotée de vice-présidents forts dont deux, le Letton Valdis Dombrovskis et le Finlandais Jyrki Katainen, sont placés au-dessus de lui. Il s'est employé à défendre "la collégialité" de l'instance, rejetant toute idée de "tutelle" ou de "patronage". Sur le fond, il est rarement allé très loin, n'étant pas poussé en ce sens par tous ses interrogateurs. Il a toutefois dit ne pas souhaiter mettre en oeuvre d'obligations à l'échelle de l'Europe - "le temps des eurobonds n'est pas venu", a-t-il dit -, et a plaidé pour les coopérations fiscale renforcées afin de contourner la règle de l'unanimité. Le collège désigné pour siéger autour du président de la future Commission, Jean-Claude Juncker, doit être approuvé en bloc le 22 octobre pour une entrée en fonctions le 1er novembre. (Gregory Blachier)

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  • ccondem1 le jeudi 2 oct 2014 à 14:37

    Ah ? Parce que côté aptitude, ça irait... ;-)

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