UE/Migrants-Fragile accord à 28 sur une proposition à la Turquie

le , mis à jour à 09:38
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    * Les mesures seront présentées ce vendredi au PM turc 
    * Vers un système visant à décourager les candidats à l'exil 
    * La question de l'ouverture des chapitres d'adhésion pas 
réglée 
    * Chypre menace d'opposer son veto si l'accord ne lui 
convient pas 
 
 (Actualisé avec Davutoglu) 
    BRUXELLES, 18 mars (Reuters) - Les dirigeants de l'Union 
européenne se sont mis d'accord jeudi soir à Bruxelles sur une 
série de propositions visant à trouver avec la Turquie une 
solution pérenne pour tarir le flux de migrants qui frappe à la 
porte de l'Europe. 
    Divisés sur le sujet à leur arrivée, les 28 ont trouvé un 
terrain d'entente au terme d'un dîner de travail même si des 
questions sensibles ont été laissées de côté pour le moment -- 
notamment celle relative à l'ouverture de nouveaux chapitres 
menant à une éventuelle adhésion de la Turquie à l'Union 
européenne.  
    Les conclusions seront présentées ce vendredi au Premier 
ministre turc, Ahmet Davutoglu. "J'espère qu'il sera possible de 
trouver un terrain d'entente avec l'UE. Je suis optimiste à ce 
sujet", a-t-il déclaré à la presse dans la matinée.   
    La veille à Ankara, le chef du gouvernement avait averti 
qu'il n'accepterait aucun accord susceptible de faire de son 
pays "une prison à ciel ouvert" pour les migrants.  
    "Je ne peux pas vous garantir qu'il y aura une conclusion 
heureuse", a pour sa part déclaré jeudi le président français 
François Hollande au terme de cette première journée de travaux. 
"On est en bonne voie mais on n'est pas encore arrivés."  
    Angela Merkel a aussi manifesté sa prudence. "Les 
négociations de demain avec la Turquie ne seront pas très 
faciles", a dit la chancelière allemande, qui a tracé les 
grandes lignes de ce projet avec Ahmet Davutoglu lors d'un 
précédent sommet, il y a 10 jours, avant de le présenter à ses 
homologues européens pris de court. 
    François Hollande dit souhaiter un accord "global" donnant 
des "garanties" vis-à-vis d'Ankara et prévoyant une aide 
financière pour la Grèce, où se massent des dizaines de milliers 
de réfugiés qui souhaitent passer dans d'autres pays de l'UE. 
    Les Européens ont l'intention d'intensifier leur aide à 
Athènes de manière à ce que les dossiers des candidats à l'exil 
bloqués dans les centres d'accueil ("hot spots") soient 
rapidement examinés. 
    Le président chypriote a quant à lui menacé d'opposer son 
veto à un accord entre l'Union et la Turquie dont les termes ne 
lui conviendraient pas.   
    Nicos Anastasiades juge qu'il ne peut y avoir d'accélération 
dans les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE tant que 
les autorités turques refusent à Chypre l'accès à leurs ports et 
aéroports, ce refus étant la conséquence de la 
non-reconnaissance de Chypre par Ankara.  
     
    DROITS DE L'HOMME EN TURQUIE 
    Plusieurs autres dirigeants européens promettent aussi 
d'être vigilants quant au contenu d'un accord dénoncé par 
certaines organisations non gouvernementales comme une 
capitulation face aux mouvements anti-immigration en Europe. 
    "Un accord avec la Turquie ne peut pas être un chèque en 
blanc", a dit le Premier ministre belge, Charles Michel. 
    Outre l'accélération du processus d'adhésion de la Turquie à 
l'UE, le projet d'accord sur lequel ont travaillé les 28 prévoit 
une hausse de l'aide de l'Union européenne -- en plus des trois 
milliards d'euros déjà promis -- et la libéralisation des visas 
pour les citoyens turcs. 
    Est aussi prévu le retour en Turquie de toutes les personnes 
arrivant illégalement sur les îles grecques de la mer Egée, 
selon le principe du "un pour un": pour chaque Syrien ainsi 
reconduit en Turquie, un Syrien réfugié en Turquie serait 
accueilli dans un Etat membre de l'Union. 
    Angela Merkel a insisté sur l'importance de mettre en place 
un système efficace où les transferts ne prendraient que 
quelques jours. L'objectif est de décourager les candidats à 
l'exil, qui meurent parfois en mer et viennent gonfler les camps 
de réfugiés. 
    En an, plus d'un million de personnes en provenance du 
Moyen-Orient, le plus souvent chassées par la guerre et 
totalement démunies, sont arrivés aux portes de l'Europe.   
    Le projet d'accord soulève des questions juridiques, 
notamment en ce qui concerne le système "un pour un".  
    Plusieurs pays, dont la France, ont en outre des exigences 
en matière de levée des visas pour les Turcs alors qu'Ankara ne 
remplit pas les 72 critères fixés par l'Union européenne. Ces 
critères doivent être "effectivement respectés", a répété 
François Hollande. 
    Le président français a aussi souligné qu'un accord avec la 
Turquie ne suffirait pas à régler la question des migrants, qui 
dépend du règlement du conflit en Syrie mais aussi de la crise 
en Libye, livrée au chaos.    
    Au-delà du dossier des réfugiés, le président français a 
reconnu que la question du respect des droits de l'homme et de 
la liberté de la presse se posait en Turquie.    
    "Si l'on peut comprendre que la Turquie veuille se protéger 
du terrorisme, il ne peut pas être accepté des entorses au droit 
de l'homme et au droit de la presse, cela fait partie des 
discussions qui doivent s'engager, au-delà même de la question 
des réfugiés", a-t-il dit.  
    "Nous serons d'une totale franchise par rapport à ce qui se 
fait et ce qui ne se fait pas", a-t-il ajouté. "Et cette 
opposition est partagée par la plupart des pays européens".  
 
 (Elizabeth Pineau, Alastair Macdonald, Paul Taylor et Gabriela 
Baczynska, édité par Bertrand Boucey) 
 
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