UBS lourdement sanctionné pour manipulation du Libor

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LOURDE AMENDE POUR UBS POUR MANIPULATION DU LIBOR
LOURDE AMENDE POUR UBS POUR MANIPULATION DU LIBOR

par Katharina Bart et Tom Miles

ZURICH (Reuters) - Le groupe bancaire suisse UBS s'est vu infliger mercredi une amende de 1,4 milliard de francs (1,16 milliard d'euros), admettant une fraude perpétrée par une quarantaine de ses collaborateurs et prenant la forme d'une manipulation du taux Libor.

Des traders d'UBS se sont entendus avec des courtiers pour manipuler ce taux interbancaire, référence mondiale pour des milliers d'opérations financières quotidiennes de par le monde, rémunérant ces derniers pour leur collaboration. Ces traders se sont en outre associés à des homologues d'autres banques.

C'est la première fois que des courtiers sont accusés d'avoir accepté d'être rémunérés pour participer à une manipulation.

L'amende établie avec les autorités américaines, britanniques et suisses dépasse largement celle de 453 millions de dollars (362 millions d'euros) infligée à la banque britannique Barclays en juin pour manipulation du taux interbancaire Libor.

C'est la deuxième amende la plus importante jamais réglée par une banque, infligée une semaine après que la britannique HSBC a annoncé qu'elle paierait une amende de 1,92 milliard de dollars (1,48 milliard d'euros) pour mettre un terme à une enquête ouverte il y a plusieurs années par les autorités américaines pour blanchiment d'argent.

Pour autant, le marché ne sanctionne pas UBS, dont l'action, qui avait ouvert en baisse, a promptement remonté et gagnait 1,4% à 15,47 francs à 11h10 GMT. Les traders estiment que le règlement, quoiqu'onéreux, a au moins le mérite de lever une incertitude.

"On voit bien au vu du mouvement de l'action que l'amende est déjà incorporée", dit Markus Jordi (Cosmos Capital). "La banque a déjà remercié certains traders, s'est excusée, a dit qu'elle fermerait certains pans de sa banque d'investissement et a refondu la direction."

"NOUS REGRETTONS PROFONDÉMENT"

UBS a précisé qu'elle verserait 1,2 milliard de dollars au département de la Justice et à la Commodity Futures Trading Commission (CTFC) des Etats-Unis, 160 millions de livres à la Financial Services Authority (FSA) britannique et 59 millions de francs suisses, à partir de son bénéfice estimé, au régulateur suisse Finma.

La FSA n'avait jamais infligé une amende aussi lourde.

La filiale japonaise d'UBS a plaidé coupable d'un chef d'accusation de fraude liée à la manipulation de taux d'intérêt, dont le Libor yen.

La sanction est un nouveau coup dur de plus pour UBS : la banque a déjà subi ces derniers mois une perte de 2,3 milliards de dollars liée à l'affaire Adoboli, un remaniement de sa direction et des suppressions d'emplois par milliers.

Les incidences du règlement sur les flux financiers de la clientèle ne seront pas connues avant le premier trimestre 2013.

"Nous regrettons profondément ce comportement incorrect et contraire à l'éthique. Aucun bénéfice financier ne saurait primer sur la réputation de notre groupe, et nous sommes fermement décidés à mener nos activités en toute intégrité", a déclaré le directeur général d'UBS Sergio Ermotti dans un communiqué.

La banque estime qu'en raison de provisions constituées pour régler en particulier le litige Libor, elle enregistrera au quatrième trimestre une perte nette de l'ordre de 2 à 2,5 milliards de francs suisses.

Mais le groupe bancaire table pour l'exercice annuel sur un bénéfice imposable de 2,5 à 3 milliards de francs et il ne pense pas devoir recourir à une augmentation de capital pour couvrir ses pertes.

"En dépit de l'ampleur de l'implication d'UBS dans le scandale du Libor, il lui sera peut-être plus facile de le surmonter que d'autres établissements compte tenu de sa décision prise en octobre de se retirer, ou à défaut de réduire fortement la voilure, de ses activités de banque d'investissement dans le taux fixe", observe Michael Symonds, analyste de Daiwa.

"PRATIQUE NORMALE ET ACCEPTABLE"

Selon la FSA, 45 personnes au moins ont participé aux manipulations de taux, perpétrées sur toute une variété de taux interbancaires Libor, manipulations amplement commentées dans des forums de discussions et courriels internes mais jamais détectées par la banque en dépit de cinq audits.

La FSA observe ainsi que "la manipulation se faisait ouvertement et était considérée comme une pratique normale et acceptable par un grand nombre d'individus".

Elle précise que les tentatives de manipulation du Libor mais aussi de l'Euribor, l'équivalent paneuropéen du taux londonien, étaient à ce point monnaie courante que toutes les soumissions faites par UBS sur une période de six ans, de 2005 à 2010, sont suspectes.

Ces manipulations, de par les millions de dollars de pertes qu'elles induisent pour certains intervenants des marchés financiers, risque d'être synonymes de multiples procédures au civil devant les tribunaux.

"Durant la période considérée, des traders d'UBS ont demandé à multiples reprises aux collaborateurs de la banque responsables de la communication des taux d'intérêt d'annoncer des valeurs plus élevées ou plus basses", explique la Finma De son côté.

"Les traders ont ainsi essayé d'influer sur les chiffres déclarés de manière à favoriser les positions de négoce pour propre compte d'UBS. Certains traders ont également poursuivi des intérêts personnels", ajoute-t-elle.

Dans une note au personnel, Sergio Ermotti explique qu'il est trop tôt pour dire si des clients ont été affectés et de quelle manière, tant que les autorités n'auront pas fait toute la lumière sur cette affaire.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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