Turquie-Yildirim va devenir chef de l'AKP et du gouvernement

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 (Actualisé avec détails, déclarations) 
    par Humeyra Pamuk et Nick Tattersall 
    ISTANBUL, 19 mai (Reuters) - Le ministre turc des 
Transports, Binali Yildirim, va être nommé dimanche à la tête du 
parti Justice et Développement (AKP, islamo-conservateur) et 
deviendra de fait Premier ministre, renforçant l'emprise du 
président Recep Tayyip Erdogan sur l'appareil d'Etat. 
    Proche d'Erdogan depuis près de vingt ans, Yildirim, 60 ans, 
est le seul candidat en lice et sera désigné lors d'un congrès 
spécial de l'AKP dimanche, a indiqué un porte-parole du parti 
devant la presse. 
    Expliquant que cette désignation constituait une "importante 
responsabilité", Yildirim a précisé qu'elle était le résultat 
d'une consultation avec près de 800 membres de l'AKP à tous les 
niveaux. 
    Il a ajouté que sa tâche serait de travailler en totale 
harmonie avec tous les membres du parti, y compris son fondateur 
Erdogan, et de poursuivre la lutte contre "la menace 
terroriste". 
    "Nous mettrons en oeuvre tous nos efforts pour travailler en 
totale harmonie avec notre président fondateur et leader mais 
aussi avec nos collègues à tous les échelons de notre parti afin 
de remplir les objectifs de notre grande Turquie", a déclaré 
Yildirim. 
    Yildirim remplace à ce poste Ahmet Davutoglu qui a annoncé 
le mois dernier qu'il quittait ses fonctions en raison de 
divergences croissantes avec le président Erdogan. 
    "Sa candidature s'est imposée après une période de 
consultation et grâce à un large consensus", a déclaré Omer 
Celik, porte-parole de l'AKP. 
    Le futur chef du gouvernement, qui a participé à la 
fondation de l'AKP en 2001, est perçu comme un soutien plus 
fiable par Erdogan dans sa volonté d'imposer un régime 
présidentiel, par une modification de la Constitution. Ses 
opposants dénoncent une dérive autocratique. 
    Erdogan et ses partisans estiment que cette transformation 
institutionnelle est un garde-fou contre les divisions 
partisanes qui ont entravé le fonctionnement politique du pays 
dans les années 90. Ses rivaux affirment qu'il entend simplement 
satisfaire ses ambitions. 
     
    SOUTIEN INDÉFECTIBLE 
    Yildirim apparaît également comme un soutien indéfectible 
d'Erdogan dans sa détermination à écraser par la force 
l'insurrection kurde. 
    Il a annoncé que, dès sa nomination, il se rendrait à 
Diyarbakir, grande ville du sud-est de la Turquie à majorité 
kurde, pour visiter les lieux d'une explosion qui a coûté la vie 
à 16 personnes la semaine passée. 
    "Je voudrais dire ceci à notre nation avant que je me rende 
à Diyarbakir où je partagerai la peine de nos concitoyens 
massacrés là-bas : mon pays ne doit pas s'inquiéter, nous 
éradiquerons la menace terroriste de Turquie", a-t-il ajouté 
dans une déclaration prononcé à Ankara. 
    Yildirim fut également l'un des artisans des grands projets 
d'infrastructures qui ont modernisé la Turquie et assis la base 
électorale de l'AKP au cours de sa première décennie au pouvoir. 
Sous son autorité, le nombre d'aéroports a doublé en Turquie 
pour dépasser les 50 dessertes, des lignes ferroviaires à 
grandes vitesse ont été construites ainsi que plus de 17.000 km 
de liaisons routières. 
    Il a également supervisé un tunnel ferroviaire reliant les 
parties européenne et orientale d'Istanbul, la construction d'un 
troisième pont au-dessus du Bosphore et d'un nouvel aéroport à 
Istanbul, présenté comme l'un des plus grands du monde. 
    Ses liens avec Erdogan datent des années 90 lorsque cet 
ingénieur en constructions navales dirigeait une compagnie de 
ferrys à Istanbul, ville dont son mentor était le maire. 
    "La première raison de la nomination de Yildirim à la tête 
de l'AKP et comme Premier ministre n'est pas son habileté mais 
sa servilité", explique Wolfango Piccoli, consultant dans la 
société de conseil en stratégie Teneo. "De ce point de vue, la 
priorité du nouveau Premier ministre et de son gouvernement sera 
d'introduire un régime présidentiel", ajoute-t-il. 
    Un nouveau gouvernement devrait être annoncé dès lundi, 
dit-on au sein de l'AKP. 
    Elu député d'Istanbul en novembre 2002, Yildirim a occupé 
les fonctions de ministre des Transports, des Affaires maritimes 
et des Communications, d'une manière presque continue dans les 
gouvernements successifs. 
    Les investisseurs observent ces changements avec attention 
et attendent notamment d'être fixés sur le sort du vice-Premier 
ministre Mehmet Simsek, considéré comme un garant de la 
stabilité. 
 
 (Humeyra Pamuk; Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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