Turquie-Une trentaine de morts dans les manifestations anti-EI

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* Les heurts en Turquie ont fait 31 morts depuis mardi * Un responsable de la police abattu * Affrontements entre groupes kurdes rivaux * Poursuite des combats à Kobani par Humeyra Pamuk et Ayla Jean Yackley ISTANBUL/MURSITPINAR, Turquie, 10 octobre (Reuters) - Les autorités turques ont dénoncé vendredi la vague de violence qui a fait 31 morts à travers le pays, où des manifestants réclament une intervention armée contre les djihadistes de l'Etat islamique (EI) en Syrie. Les hommes de l'EI contrôleraient désormais au moins 40% de la ville kurde syrienne de Kobani, près de la frontière turque, attaquée depuis trois semaines, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), mais un chef kurde sur place estime qu'ils n'occupent que 20% de la localité. La résistance des miliciens kurdes et les frappes aériennes de la coalition menée par les Etats-Unis ont ralenti la progression des djihadistes mais de violents combats se poursuivaient vendredi dans la ville, également appelée Aïn al Arab. En Turquie, les manifestations provoquées par le siège de Kobani ont fait 31 morts depuis mardi dans plus d'un tiers des province du pays, a déclaré le ministre de l'Intérieur Efkan Ala lors d'une conférence de presse vendredi à Ankara. "Aucune excuse ne peut justifier la violence, les morts et les attaques contre l'armée et la police", a-t-il dit. Ce sont les affrontements entre groupes rivaux qui ont été les plus sanglants. Les forces de sécurité ont procédé à un millier d'arrestations, a précisé le ministre. Jeudi, des inconnus ont ouvert le feu à l'arme automatique sur un groupe de policiers qui inspectaient des magasins endommagés lors des heurts dans la province de Bingol, dans l'est du pays, rapporte l'agence de presse Dogan. Lors de cette attaque, deux policiers ont été tués et deux autres blessés, dont un officier supérieur. Quatre des assaillants ont ensuite été abattus et deux autres arrêtés, ajoute l'agence. ÉMEUTES À GAZIANTEP Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a mis en cause des "terroristes", sans autre précisions. De violents affrontements ont fait quatre morts et une vingtaine de blessés dans la nuit de jeudi à vendredi dans la province de Gaziantep, dans le sud-est du pays. Les heurts ont opposé des Kurdes qui voulaient marquer leur solidarité avec la population de Kobani à des groupes de contre-manifestants. La télévision a montré des foules d'hommes armés de fusils, de sabres et de bâtons qui envahissaient les rues de Gaziantep, où deux bâtiments abritant des organismes liés au Parti démocratique du peuple (HDP, pro-kurde) ont été incendiés, poursuit l'agence Dogan. "Il n'est pas possible de saisir la logique de ces gens qui veulent empêcher un désastre à Kobani et cherchent en même temps à entraîner leur pays dans un désastre", a dit Huseyin Celik, député local de l'AKP, le parti au pouvoir, jugeant les Kurdes responsables de ces violences. Des policiers et des bâtiments publics ont également été visés par des attaques dans la province de Siirt (sud-est), dans celle de Mersin (sud) et celle de Tunceli (est), rapporte la presse locale. Selahattin Demirtas, coprésident du HDP, le principal parti pro-kurde de Turquie, a lancé un appel au calme. Ces affrontements interviennent alors qu'un processus de paix est en cours depuis plusieurs mois entre le gouvernement turc et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), après trente années de rébellion qui ont fait 40.000 morts. GROUPES KURDES RIVAUX Le sort de Kobani a ravivé la vieille opposition entre les sympathisants du PKK et ceux du mouvement islamiste turc Hizbullah, également composé des Kurdes. Les deux groupes se sont livré une guerre sanglante dans les années 1990. Un autre groupe islamiste turc, HUDA-Par, a affirmé vendredi qu'il ne soutenait nullement l'EI mais a accusé des partisans du HDP de s'en prendre à ses sympathisants. Les autorités turques ont souligné qu'elles ne voulaient pas se laisser entraîner dans une guerre en Syrie en intervenant contre les djihadistes qui attaquent Kobani. Vendredi, alors que les combats se poursuivaient dans les rues de la ville, des avions de combat ont mené une frappe aérienne à l'ouest de la localité. Les hommes de l'EI cherchent à prendre le contrôle de la route qui mène de Kobani à la frontière turque, afin d'isoler totalement les défenseurs kurdes. "Ils tentent d'avancer à partir de l'est mais les combattants kurdes résistent", a déclaré par téléphone à Reuters Öcalan Iso, numéro deux des forces kurdes dans la ville. Il a affirmé que selon lui l'EI, qui bombarde au mortier le centre-ville, ne contrôle pas plus de 20% de Kobani. Pour éviter les frappes de la coalition, les djihadistes laissent désormais de côté leurs voitures et leurs camions et privilégient les déplacements à moto, a-t-il ajouté. Le chef kurde s'est réjoui des raids aériens menés contre l'EI mais en a réclamé encore plus pour desserrer l'étau des islamistes. (Avec Seda Sezer à Istanbul, Oliver Holmes et Tom Perry à Beyrouth; Guy Kerivel pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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