Turquie-Présidentialisation compromise après le revers de l'AKP

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* L'AKP au devant des difficiles négociations en vue d'une coalition * Le parti HDP prokurde fait son entrée au Parlement * Il exclut un gouvernement de coalition avec l'AKP * Le CHP (gauche kémaliste) à nouveau 2e groupe à l'assemblée * La livre touche un plus bas record face au dollar (Actualisé avec déclarations du Premier ministre) par Ercan Gurses et Nick Tattersall ANKARA, 8 juin (Reuters) - Le projet du président turc Recep Tayyip Erdogan de renforcer ses pouvoirs est apparu sérieusement compromis dimanche soir, son parti, l'AKP, ayant perdu sa majorité absolue au Parlement, selon les résultats quasi-définitifs des élections législatives publiés dimanche soir. Recep Tayyip Erdogan, dirigeant le plus populaire de Turquie, mais aussi le plus controversé, avait dit avant la scrutin espérer une victoire massive pour l'AKP, de façon à pouvoir faire voter une modification de la constitution et transformer le régime parlementaire en place en Turquie en régime présidentiel. Mais, au lieu de cela, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir il y a près de 13 ans, l'AKP ne sera plus en mesure de gouverner seul. Il devrait ainsi entamer des négociations en vue de former une coalition, tâche qui ne s'annonce guère aisée étant la réticence des partis d'opposition à s'associer avec l'AKP. Certains n'excluent pas la possibilité de nouvelles élections en cas de blocage. Après dépouillement de 98% des bulletins de vote, le Parti pour la justice et le développement (AKP) aurait remporté 40,8% des suffrages, selon la chaîne de télévision CNN Turk, contre 49,8% lors du précédent scrutin. "Tout le monde devrait voir que l'AKP est le vainqueur de ces élections. Personne ne devrait essayer de transformer une élection perdue", a déclaré le Premier ministre Ahmet Davutoglu, tâchant de faire bonne figure devant des milliers de militants AKP. La période d'incertitudes qu'ouvrent, a priori, ces élections ont fait plonger la lire turque à plus bas record face au dollar TRYTOM=D3 . La devise a perdu plus de 15% contre le billet vert en raison de l'anticipation d'une telle période. Le ralentissement de la croissance, la hausse du chômage et la progression de l'endettement des particuliers sont vraisemblablement les causes principales du revers de l'AKP JOIE DES KURDES Mais pour les Kurdes, qui se sont précipités dans les rues de Diyarbakir, situé dans le sud-est de la Turquie, en faisant aller des feux d'artifice et en agitant des drapeaux, le scrutin fut une grande source de joie. Le HDP (Parti démocratique des peuples) pro-kurde fait son entrée pour la première fois à la Grande assemblée nationale de Turquie, le parlement monocaméral, en passant le seuil des 10% des suffrages nécessaires. Le HDP, crédité d'environ 13% des voix, espère obtenir 80 sièges sur les 550 que compte l'assemblée, a dit un de ses élus, Sirri Surreya Onder. Le parti prokurde a exclu de former un gouvernement de coalition avec l'AKP par la voix de son co-chef de file, Selahattin Demirtas. Celui-ci a également estimé que les résultats des élections mettaient fin au débat sur la mise en place d'un système présidentiel. "Le débat sur la présidence exécutive et la dictature a pris fin en Turquie avec ces élections", a déclaré Selahattin Demirtas lors d'une conférence de presse à Istanbul. Les résultats partiels montrent que le HDP a réussi à élargir son électorat au-delà des sympathisants de la cause kurde vers le centre gauche et les laïques déçus par Erdogan. La percée du HDP est endeuillée par un attentat qui a fait deux morts et 200 blessés vendredi lors d'un de ses meetings électoraux à Diyarbakir. ID:nL5N0YS0FQ ÉLECTIONS ANTICIPÉES Bien que la loi fondamentale demande au chef de l'Etat de rester au-dessus des partis, Recep Tayyip Erdogan n'a pas ménagé ses efforts pour convaincre les électeurs de la nécessité de la réforme constitutionnelle, n'hésitant pas à adopter un ton conflictuel pendant la campagne. Le revers électoral de l'AKP est aussi celui du Premier ministre Ahmet Davutoglu. Les deux hommes avaient présenté le scrutin comme un choix entre une "nouvelle Turquie" et un retour à une histoire marquée par des gouvernements de coalition de courte durée, l'instabilité économique et des coups d'Etat d'une armée dont l'influence a été endiguée par Recep Tayyip Erdogan. Selon les résultats donnés par CNN, les laïques du Parti républicain du peuple (CHP, gauche kémaliste) seront à nouveau le deuxième groupe à l'assemblée, ayant obtenu environ un quart des suffrages. Le président du CHP pour Istanbul, Murat Karayalcin, a déclaré que les résultats du scrutin de dimanche étaient un "non clair" à la présidentialisation du régime voulue par Recep Tayyip Erdogan. Le Parti d'action nationaliste (MHP, extrême droite), souvent considéré comme le partenaire le plus probable de l'AKP s'il devait former une coalition, a obtenu près de 16% des suffrages. Son chef de file, Devlet Bahceli, a toutefois fermé la porte à tout accord avec l'AKP, déclarant que la Turquie devait organiser de nouvelles élections si le parti au pouvoir se révélait incapable de former une coalition avec d'autres partis d'opposition. Un haut responsable de l'AKP a de son côté estimé qu'un gouvernement de coalition avec le MHP était improbable et que l'AKP préférait gouverner seul et tenterait de retrouver des soutiens en prévision d'un nouveau scrutin anticipé. (Avec Daren Butler et Ayla Jean Yackley à Istanbul, Humeyra Pamuk à Diyarbakir, Jonny Hogg et Tuvan Gumrukcu à Konya; Danielle Rouquié et Benoît Van Overstraeten pour le service français)

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