Turquie-Neuf journalistes de Cumhuriyet en détention préventive

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 (Ajoute précisions, réactions, incorpore les dépêches HDP, 
manifestation) 
    par Tuvan Gumrukcu et Osman Orsal 
    ANKARA, 5 novembre (Reuters) - Les autorités turques ont 
ordonné samedi le placement en détention de neuf membres de la 
direction et de la rédaction du quotidien turc d'opposition 
Cumhuriyet, dans l'attente de leur procès, et procédé à de 
nouvelles interpellations dans les rangs du parti prokurde HDP.  
    La police a tiré des gaz lacrymogènes et employé des canons 
à eau pour disperser une foule d'un millier de personnes qui 
tentaient de gagner à Istanbul le siège du journal laïque, dont 
les neuf cadres et journalistes ont été arrêtés lundi dernier.  
    Le parquet turc accuse le personnel du quotidien, l'un des 
rares médias encore critiques à l'encontre du président Recep 
Tayyip Erdogan, de crimes commis pour le compte des séparatistes 
kurdes ou du prédicateur Fethullah Gülen, que le gouvernement 
accuse d'avoir tenté un coup d'Etat le 15 juillet dernier. 
    Depuis le putsch raté, plus de 110.000 juges, enseignants, 
policiers et fonctionnaires ont été arrêtés ou suspendus de 
leurs fonctions. Cette vaste répression vise, selon les 
opposants turcs, à asphyxier l'opposition légale.  
    "La communauté internationale s'indigne. Que tentez-vous de 
faire? Voulez-vous créer une Turquie où tout le monde sera en 
prison?" a dit le chef du CHP, le principal parti d'opposition, 
Kemal Kilicdaroglu, à l'adresse du pouvoir. "Que reproche-t-on 
au quotidien Cumhuriyet? Ont-ils posé des bombes quelque part?" 
    L'Etat turc accuse également le parti prokurde HDP (Parti 
démocratique des peuples) de liens avec les séparatistes du PKK 
(Parti des travailleurs du Kurdistan), considéré comme un groupe 
terroriste.  
    Les autorités ont nommé samedi un nouveau maire à Sirnak, 
ville du Sud-Est à majorité kurde, dans le cadre d'une campagne 
engagée il y a plusieurs semaines pour remplacer les 
responsables prokurdes dans la région.  
     
    EXPLOSIONS À SIRNAK 
    Deux bombes ont explosé à Sirnak le même jour, l'une tuant 
deux enfants et faisant quatre blessés. La seconde déflagration 
a eu lieu devant un bureau municipal avant l'arrivée du nouveau 
maire, blessant un agent de sécurité. Les services du gouverneur 
local ont accusé le PKK.  
    Vendredi, les dirigeants du HDP ont été placés en détention 
dans l'attente de leur jugement et plusieurs autres ont été 
arrêtés. Le HDP nie toute collusion avec le PKK, en guerre 
contre Ankara depuis plus de trente ans, et dit travailler à une 
résolution pacifique du conflit séparatiste. 
    Le parti prokurde estime être la cible d'Erdogan car il 
s'oppose à la volonté du chef de l'Etat de modifier la 
Constitution pour renforcer les pouvoirs présidentiels.  
    Le Premier ministre Binali Yildirim a déclaré que les élus 
du HDP avaient été interpellés après avoir refusé de témoigner 
dans une enquête relative à de la "propagande terroriste". 
    Un élu du HDP, arrêté puis relâché, a prévenu que son parti 
n'avait pas l'intention de coopérer. "Nous ne serons pas les 
instruments de fausses actions légales", a-t-il dit.  
    L'étendue de la répression en Turquie est régulièrement 
condamnée par les Occidentaux.  
    Le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, a qualifié 
le traitement de la presse par le pouvoir turc de "complètement 
inacceptable", estimant dans une interview au Donaukurier 
qu'Ankara viole les principes fondamentaux de l'Union européenne 
qu'elle espère pourtant rejoindre.  
    La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, 
s'est dite "extrêmement préoccupée" par les arrestations, tout 
comme les Etats-Unis. 
    "Je constate avec tristesse que la Turquie s'éloigne de 
l'Europe. Ce n'est pas l'Europe qui s'éloigne de la Turquie", 
déclare le président de la Commission européenne Jean-Claude 
Juncker dans une interview au quotidien Le Soir.      
    Quelque 170 journaux, magazines, chaînes de télévision et 
agences de presse ont fermé depuis la tentative de putsch, 
laissant 2.500 journalistes sans emploi, selon les chiffres de 
l'association turque des journalistes.     
 
 (Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Jean-Stéphane 
Brosse pour le service français) 
 
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