Turquie-Les marchés s'interrogent sur Erdogan président

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* En hausse à l'ouverture, les marchés turcs ont cédé du terrain * Des risques liés aux institutions et à la politique économique * Erdogan pourrait encore faire pression sur la banque centrale * Fitch évoque des risques politiques sur la note turque par Seda Sezer ISTANBUL, 11 août (Reuters) - En hausse à l'ouverture lundi, les marchés financiers turcs se sont orientés à la baisse après quelques heures d'échanges, l'élection de Recep Tayyip Erdogan à la présidence du pays étant, aux yeux des investisseurs, porteuse de risques institutionnels et économiques. La volonté affichée du nouveau président d'influencer la politique monétaire et les incertitudes sur la composition et les orientations de son équipe économique pesaient en effet sur la Bourse d'Istanbul et sur la livre turque. "Jusqu'à maintenant, la présidence était une fonction en grande partie honorifique mais il semble que M. Erdogan cherche à en renforcer les pouvoirs. Si c'est le cas, sa victoire pourrait déboucher sur un climat politique plus conflictuel et plus imprévisible", estime William Jackson, économiste chargé des marchés émergents chez Capital Economics. "A terme, la détérioration de la prévisibilité de la politique et, plus généralement, des structures institutionnelles de la Turquie pourrait dissuader les investisseurs et nuire aux flux de capitaux." Recep Tayyip Erdogan a remporté la présidentielle dès le premier tour dimanche avec 52% des voix selon des résultats encore provisoires. ID:nL6N0QH0TV S'il peut se targuer, en tant que Premier ministre, d'une décennie de croissance économique et de stabilité politique, Recep Tayyip Erdogan s'est distingué ces derniers mois par ses déclarations visant à convaincre la banque centrale de baisser ses taux d'intérêt malgré une inflation élevée. Et il est peu probable qu'il change de stratégie en la matière une fois devenu président. "Au cours des semaines à venir, les marchés financiers turcs devraient saluer la victoire d'Erdogan, considérée comme une promesse de continuité", estime Amy Yuan Zhuang, analyste de Nordea Research. "Mais l'incertitude politique sera forte au cours des trois mois à venir, ce qui conforte notre scénario de baisse de la livre face à l'euro sur cette période." La livre turque TRYTOM=D3 se traitait autour de 2,15 pour un dollar vers 11h20 GMT, en repli par rapport au pic de 2,1351 atteint en début de séance. La Bourse d'Istanbul perdait alors 1% .XU100 alors que l'indice MSCI des principaux marchés émergents mondiaux .MSCIEF progressait d'autant. COMPARER ERDOGAN PREMIER MINISTRE ET ERDOGAN PRÉSIDENT Le rendement des obligations d'Etat à deux ans TR240216T0=IS était stable à 9,36% après être revenu en début de journée à 9,19%. "Un rally de soulagement temporaire a eu lieu ce matin sur le marché, les incertitudes étant derrière nous", explique Pinar Uslu, responsable de la stratégie d'ING. Mais à plus long terme, c'est la question de l'équilibre des pouvoirs en Turquie qui risque de préoccuper les investisseurs sous la présidence d'un dirigeant connu pour son caractère parfois impulsif et qui affiche sa volonté d'exercer pleinement les pouvoirs dévolus à sa nouvelle charge. Dans un communiqué publié lundi, l'agence de notation Fitch souligne que la difficulté à prévoir l'évolution de la politique turque pourrait peser sur les flux de capitaux. "Il faudra surveiller l'évolution des politiques menées et voir comment Erdogan président pourra être comparé à Erdogan Premier ministre", résume Julian Mayo, coresponsable de la stratégie d'investissement de Charlemagne Capital. Avant son élection, Recep Tayyip Erdogan a notamment insisté sur la nécessité d'assouplir la politique monétaire turque, en accusant régulièrement un "lobby" de spéculateurs de favoriser des taux élevés et de vouloir saper l'économie turque. La banque centrale a déjà réduit le taux de refinancement à une semaine de 175 points de base depuis mai, une évolution difficile à justifier aux yeux de certains économistes face à la persistance d'une inflation élevée. "La pression sur la banque centrale pour assouplir la politique monétaire va continuer", prédit Thu Lan Nguyen, responsable de la stratégie devises de Commerzbank. "La poursuite probable du cycle de baisse des taux va mettre la livre sous pression, notamment avec la normalisation de la politique monétaire américaine." L'anticipation de la remontée, attendue courant 2015, des taux d'intérêt de la Réserve fédérale américaine a déjà une influence notable sur les flux de capitaux vers les marchés émergents. Or la Turquie est particulièrement exposée à l'évolution de ces flux en raison de l'ampleur de son déficit courant. (Avec Sujata Rao à Londres et Dasjha Afanasieva à Istanbyul; Marc Angrand pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

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