Turquie-Le succès de l'AKP dû à la peur, selon les Kurdes de Diyarbakir

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par Humeyra Pamuk DIYARBAKIR, Turquie, 1er novembre (Reuters) - La police a fait usage de gaz lacrymogène dimanche pour disperser une manifestation à Diyarbakir, ville majoritairement kurde du sud-est de la Turquie, après l'annonce des résultats provisoires des élections législatives anticipées. Selon ces résultats, les islamo-conservateurs du Pari pour la justice et le développement (AKP) retrouveraient la majorité absolue qu'ils ont perdue lors du scrutin de juin, alors que les pro-kurdes du Parti démocratique des peuples (HDP) a failli être exclu du Parlement. ID:nL8N12W02P Des rues ont été bloquées, des pierres ont été lancées sur les forces de l'ordre, mais le calme est vite revenu dans la soirée à Diyarbakir. Cinq mois plus tôt, c'est dans la liesse que les résultats des élections y avaient été accueillis. Le HDP, qui se présentait pour la première fois en tant que tel, était parvenu à décrocher des sièges au Parlement en contribuant au passage au revers de l'AKP. La formation du président Recep Tayyip Erdogan avait donc été privée de la majorité dont elle disposait depuis 2002 et n'a pu former un gouvernement, ce qui a contraint les Turcs à retourner aux urnes ce dimanche. Les bâtiments criblés d'impacts de balles, les patrouilles des forces spéciales et la présence de blindés aux abords des bureaux de vote de Diyarbakir en disent long sur ce qui s'est passé entre les deux scrutins. La "guerre synchronisée" qu'Ankara a déclarée en juillet au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et aux djihadistes de l'Etat islamique en Syrie voisine a fait voler en éclats le cessez-le-feu observé depuis deux ans et demi par les séparatistes et le conflit qui fait rage depuis 1984 a repris de plus belle. "LE VRAI VISAGE D'ERDOGAN" Certains de ses détracteurs accusent le chef de l'Etat de s'en être pris au PKK pour reconquérir l'aile nationaliste de son électorat, qui le jugeait trop conciliant après quatre ans de négociations de paix avec le mouvement kurde. A Diyarbakir, nombreux sont ceux pour qui le succès inattendu obtenu dimanche par l'AKP et le recul du HDP, passé de 13 à 10,6%, sont dus à la crainte des violences. "Je suis fidèle à la cause kurde, je n'ai pas changé de bulletin, mais j'en connais d'autres qui l'ont fait. Je sais que nos voisins ont peur et qu'ils vont voter AKP cette fois", a déploré dans la journée Ersin Polat, un jeune de 24 ans qui travaille dans un quartier où le couvre-feu a été instauré récemment du fait de la reprise des affrontements. Pour Figen Yuksekdag, co-président du HDP, les résultats du scrutin de ce dimanche sont le fruit des divisions semées par Erdogan. Il s'est toutefois félicité que le Parti reste tout juste au-dessus du seuil de 10%, nécessaire pour siéger au Parlement. Les électeurs se sont présentés en nombre dans les bureaux de vote de Diyarbakir, devant lesquels des blindés étaient parfois stationnés. Certains dénoncent une manoeuvre d'intimidation de la part des autorités. Un imposant dispositif de police avait été déployé dans toute la ville. "Tout le monde a vu assez clairement le vrai visage et les intentions d'Erdogan. Il nous dit à tous : 'Si je ne suis pas au pouvoir, les meurtres et le chaos vont continuer'", explique Azad Koyuncu, un charpentier de 37 ans. "Une fois de plus, nous sommes ici aujourd'hui, après cinq mois à résister à tout ça, pour dire non." (Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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