Turquie: l'affaire Ergenekon s'effondre en appel

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    ANKARA, 21 avril (Reuters) - La condamnation d'un ancien 
chef d'état-major des forces armées turques et de plusieurs 
dizaines de personnalités de haut rang en 2013 dans le cadre de 
l'affaire "Ergenekon" a été cassée en appel jeudi par la justice 
turque. 
    Le général à la retraite Ilker Basbug avait été condamné en 
août 2013 à la prison à perpétuité pour son implication dans ce 
réseau criminel présumé accusé d'avoir voulu renverser le 
gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan, devenu 
depuis président de la République. 
    L'affaire, qui avait débuté en 2007 par la découverte d'une 
cache d'armes dans la banlieue d'Istanbul, était considérée 
comme un symbole de la lutte engagée par Erdogan à son arrivée 
au pouvoir, cinq ans plus tôt, contre les élites laïques et 
militaires du pays. 
    Elle a ciblé la hiérarchie militaire, des responsables 
politiques, des avocats, des universitaires et des journalistes. 
Au total, 275 personnes. 
    Selon les procureurs, les accusés appartenaient à un réseau 
criminel clandestin ultranationaliste et laïque impliqué dans 
des assassinats et des attentats à la bombe. Leur objectif à 
terme était de provoquer un coup d'Etat militaire. 
    Mais dans son arrêt, la cour d'appel a estimé qu'il n'y 
avait jamais eu de "groupe terroriste Ergenekon" et que les 
preuves présentées par l'accusation avaient été obtenues 
illégalement, rapporte l'agence officielle de presse Anadolu. 
    Au moment du procès en première instance, les avocats de la 
défense et l'opposition politique avaient dénoncé des charges 
inventées de toutes pièces. 
    Après 2013, le dossier Ergenekon s'est retrouvé 
inextricablement mêlé à une autre affaire politico-judiciaire, 
la lutte de pouvoir entre Erdogan et un prédicateur exilé aux 
Etats-Unis, Fethullah Gülen, que le président turc accuse 
d'avoir infiltré les rouages de l'Etat pour le renverser. 
    Il est apparu dans ce cadre que des magistrats liés à Gülen 
avaient joué un rôle prépondérant dans l'affaire Ergenekon. Les 
condamnés ont été libérés en mars 2014, le gouvernement laissant 
entendre qu'eux aussi avaient été peut-être victimes des visées 
du mouvement "güleniste". Quant au procureur en chef chargé de 
l'enquête, considéré comme un proche de Gülen et visé par un 
mandat d'arrêt, il a fui en août dernier en Arménie. 
 
 (Gulsen Solaker et Daren Butler; Henri-Pierre André pour le 
service français) 
 
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