Turquie-Grand rassemblement pour la "démocratie" à Istanbul

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    par Gareth Jones 
    ISTANBUL, 24 juillet (Reuters) - Des dizaines de milliers de 
partisans du parti au pouvoir (AKP) et du principal parti 
d'opposition (CHP) en Turquie se sont rassemblés dimanche sur la 
place Taksim, dans le centre d'Istanbul, pour soutenir "la 
République et la démocratie" après le putsch avorté du 15 
juillet.  
    Fait inhabituel, les chaînes de télévision 
pro-gouvernementales ont retransmis en direct un discours du 
chef du CHP, Kemal Kilicdaroglu.  
    "Ce jour est un jour d'unité, un jour où nous nous levons 
contre les coups d'Etat et les régimes dictatoriaux, un jour où 
nous faisons entendre la voix du peuple", a déclaré le dirigeant 
d'opposition. "Nous sommes tous ensemble aujourd'hui à Taksim. 
Ce jour est un jour où nous écrivons l'Histoire tous ensemble." 
    Le chef de file du CHP a publié une "déclaration de Taksim" 
condamnant la tentative de coup d'Etat et appelant à la 
réconciliation nationale.  
    Il a également souhaité que l'Etat ne soit pas "gouverné par 
la colère et la vengeance". "Les auteurs du putsch devront être 
jugés selon la loi", a-t-il dit.  
    Les drapeaux turcs étaient de sortie sur la place Taksim et 
les militants du CHP, parti laïque, brandissaient également des 
portraits de Kemal Atatürk, le fondateur de la République turque 
il y a près d'un siècle.  
    Les partisans de l'AKP, formation islamo-conservatrice au 
pouvoir depuis 2002, affichent de leur côté souvent des symboles 
religieux mais le coup de force manqué du 15 juillet a réuni les 
deux grands partis dans un même élan nationaliste.  
    Le président turc Recep Tayyip Erdogan pourrait s'appuyer 
sur cette marée humaine transpartisane pour resserrer encore son 
emprise sur le pays. 
     
    "OBÉISSANCE ABSOLUE" 
    Autre démonstration d'unité depuis le putsch, mené par une 
faction au sein de l'armée, le chef de l'armée de l'air a 
diffusé un communiqué dans lequel il jure "obéissance absolue" 
au chef d'état-major des forces armées. Des officiers de l'armée 
de l'air ont été impliqués dans la tentative de coup d'Etat.  
    Le chef d'état-major de l'armée, Hulusi Akar, qui a été 
retenu en otage par les putschistes dans la nuit du 15 juillet, 
a qualifié dimanche les comploteurs de "lâches en uniforme" qui 
ont grandement nui à la nation et à l'armée turques.  
    Recep Tayyip Erdogan a proclamé mercredi l'état d'urgence 
pour trois mois, ce qui l'autorise notamment à signer des 
décrets sans l'approbation préalable du parlement.  
    Les opposants du président turc redoutent qu'il ne profite 
de ce putsch avorté pour mener une répression aveugle contre 
toute dissidence.  
    Les autorités turques ont suspendu, interpellé ou placé sous 
enquête plus de 60.000 soldats, policiers, juges, enseignants, 
fonctionnaires et autres au cours de la semaine écoulée.  
    Samedi, le Premier ministre Binali Yildirim a déclaré que 
les autorités avaient mis quelque 13.000 personnes en détention 
depuis les événements du 15 juillet, parmi lesquels 8.831 
militaires. Il a promis qu'ils bénéficieraient d'un procès 
équitable.  
    Amnesty International a dit avoir reçu des preuves crédibles 
de mauvais traitements ou de tortures infligés à des détenus 
depuis la tentative de putsch.  
    "Il est impératif que les autorités turques mettent un terme 
à ces pratiques abjectes et autorisent des observateurs 
internationaux à rendre visite à tous ces détenus", a déclaré 
John Dalhuisen, directeur d'Amnesty pour l'Europe, dans un 
communiqué.  
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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