Turquie-Erdogan promet de réorganiser l'armée au plus vite

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 (Ajoute déclarations) 
    ANKARA, 22 juillet (Reuters) - Le président turc Recep 
Tayyip Erdogan a reconnu jeudi, dans une interview à Reuters, 
que d'importantes failles des services de renseignement avaient 
permis la tentative de putsch du 15 juillet et il a promis de 
réorganiser rapidement l'armée.  
    Au lendemain de la proclamation de l'état d'urgence dans le 
pays, Recep Tayyip Erdogan a jugé toujours possible une nouvelle 
tentative de putsch mais ajouté que ce ne serait pas facile: 
"Nous serons plus vigilants." 
   "Il est très clair qu'il y a eu des défaillances importantes 
de nos services, ce n'est pas la peine d'essayer de le cacher ou 
de le nier. Je l'ai dit au chef des services nationaux de 
renseignement", a déclaré Erdogan dans son palais présidentiel à 
Ankara, visé durant la tentative de coup d'Etat de vendredi 
dernier. 
    Le président turc n'a pas exclu qu'une réunion du Conseil 
militaire suprême (YAS) qui devait avoir lieu le 1er août puisse 
être avancée d'une semaine afin d'accélérer cette réorganisation 
de l'armée. Le YAS, qui supervise les forces armées, est présidé 
par le Premier ministre et comprend le ministre de la Défense et 
le chef d'état-major.  
    "Tous travaillent pour voir ce qui peut être fait et (...) 
dans un délai très rapide, une nouvelle structure émergera. 
Grâce à cette nouvelle structure, je suis sûr que les forces 
armées obtiendront du sang neuf", a déclaré Erdogan.  
    "Je pense qu'il faut tirer d'importantes leçons de tous ces 
événements. C'est un processus continu, nous n'arrêterons 
jamais, nous continuerons très activement, nous avons des 
plans." 
    Le chef de l'Etat turc a déclaré que rien n'empêcherait, si 
nécessaire, la prolongation de l'état d'urgence au-delà de la 
période initiale de trois mois. "Ce n'est pas un couvre-feu, les 
gens peuvent sortir dans les rues, s'occuper de leurs affaires 
et poursuivre leur vie quotidienne", a-t-il dit.  
    Erdogan a ajouté que le mouvement du prédicateur sunnite 
Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, qu'il accuse d'avoir 
fomenté le coup d'Etat, serait traité comme "une autre 
organisation terroriste séparatiste", établissant un parallèle 
avec la lutte de son gouvernement contre les Kurdes.  
    "Nous continuerons le combat, où qu'ils puissent être. Ces 
gens ont infiltré l'organisation de l'Etat dans ce pays et se 
sont rebellés contre l'Etat", a poursuivi le président turc.  
    Interrogé sur la modification des institutions vers un 
régime présidentiel, il a évoqué la nécessité d'un consensus 
avec l'opposition. 
    "Si nous pouvons parvenir à un consensus (...) nous 
pourrions soumettre cela au peuple sous la forme d'un 
référendum", a-t-il dit quant à une réforme constitutionnelle. 
     
    DESSEIN DIVIN 
    Recep Tayyip Erdogan a confirmé que le bilan de la tentative 
de coup d'Etat s'élevait à 246 morts, sans compter les 
militaires putschistes, auxquels s'ajoutent 2.185 blessés. 
    Il est revenu en détail sur la nuit du 15 juillet, pendant 
laquelle il était en vacances en famille dans la station 
balnéaire de Marmaris. 
    Après un appel à descendre dans la rue à ses partisans 
diffusé depuis son téléphone à la télévision, il est monté, 
ainsi que sa famille, à bord d'un avion à destination 
d'Istanbul. 
    L'aéroport étant la cible d'attaques, il n'a pu atterrir 
qu'après sa reprise en mains par les forces loyalistes. "J'ai 
demandé (au pilote) de combien de carburant nous disposions, et 
il m'a dit qu'il avait assez pour nous garder dans les airs pour 
trois ou quatre heures", a-t-il dit. 
    Interrogé sur des craintes pour sa sécurité lors de 
l'épisode, le président turc a dit croire au destin. 
    "La foi est l'une des conditions pour être musulman", a-t-il 
dit. "Mon épouse, ma fille, mes petits-enfants, mon beau-fils, 
mes agents de sécurité, tout le monde était dans l'avion (...) 
Allah a apparemment décidé que nous devions continuer, et non 
périr cette nuit", a-t-il poursuivi. 
    Sur le plan économique, alors que la livre turque enchaîne 
les plus bas historiques face au dollar, Recep Tayyip Erdogan a 
de nouveau critiqué la décision de l'agence de notation Standard 
& Poor's de dégrader la note de la Turquie, estimant qu'il 
s'agissait d'une décision politique qui montrait que S&P "était 
du côté du coup d'Etat, et non de la démocratie". 
 
 (Samia Nakhoul, Nick Tattersall, Orhan Coskun; Jean-Stéphane 
Brosse et Julie Carriat pour le service français) 
 
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