Turquie-Erdogan accusé d'empêcher la formation d'un gouvernement

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ISTANBUL, 3 août (Reuters) - Le dirigeant du principal parti d'opposition turc a accusé le président Recep Tayyip Erdogan d'entraver les efforts entrepris pour former un gouvernement de coalition et de vouloir conduire le pays à de nouvelles élections en menant une "politique du sang" impliquant la reprise du conflit avec les Kurdes. L'AKP, le parti fondé par l'actuel chef de l'Etat, a perdu sa majorité parlementaire lors des élections législatives de juin et tente depuis de former une coalition apte à gouverner. Il doit achever ce lundi les discussions préliminaires avec le Parti républicain du peuple (CHP), la principale formation de l'opposition. Ces pourparlers se terminent quelques jours après la reprise des raids aériens de l'armée turque contre des camps du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, dans le nord de l'Irak, parallèlement à ceux menés contre des positions de l'Etat islamique (EI) en Syrie, une campagne présentée par le gouvernement comme "une lutte synchronisée contre le terrorisme". "Je le dis en toute sincérité: le Premier ministre (Ahmet) Davutoglu est réellement disposé à s'asseoir pour discuter de la formation d'une coalition et sortir le pays de ses difficultés", a dit dimanche Kemal Kilicdaroglu, le chef de file du CHP, à la chaîne de télévision Haberturk dimanche soir. "Mais la personne assise au poste de président ne le permet pas", a-t-il ajouté. Les partis représentés au Parlement ont jusqu'au 23 août pour former une coalition, faute de quoi de nouvelles élections législatives devront être convoquées. Les opposants de Recep Tayyip Erdogan lui reprochent de souhaiter un nouveau scrutin qui pourrait permettre à l'AKP de retrouver une majorité, ouvrant ainsi la voie à une modification de la constitution renforçant les pouvoirs exécutifs du président. Dans cette optique, l'offensive militaire visant le PKK est perçue comme un moyen de nourrir le soutien des nationalistes au chef de l'Etat et à l'AKP tout en affaiblissant l'opposition prokurde, qui a enregistré de bons résultats en juin. Quatre soldats turcs ont été tués et plusieurs dizaines d'autres blessés ce week-end dans des combats avec des membres du PKK dans le sud-est du pays. "La principale raison pour laquelle le processus de paix (avec les Kurdes) a déraillé, c'est Erdogan. Il s'y est ouvertement opposé", a dit Kemal Kilicdaroglu. "Si l'objectif était de conduire le pays à des élections par le biais d'une politique du sang, il serait extrêmement coûteux." (Humeyra Pamuk, Marc Angrand pour le service français)

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