Tunisie-Ceux qui ont été torturés ou leurs proches racontent

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    par Tarek Amara 
    TUNIS, 18 novembre (Reuters) - Les témoignages de victimes 
de décennies de régime autoritaire en Tunisie ont été diffusés 
en direct à la télévision jeudi, première occasion pour les 
Tunisiens de pouvoir constater les travaux de l'Instance vérité 
et dignité (IVD), créée il y a trois ans pour aider à consolider 
la démocratie dans le pays. 
    Les mères des manifestants tués lors de la "Révolution de 
jasmin", le soulèvement de 2010-2011 qui a lancé le mouvement 
des Printemps arabes et a mis fin au régime autoritaire du 
président Zine El Abidine Ben Ali ont notamment été entendues 
jeudi ainsi que les victimes des brutalités policières sous ce 
régime. 
    L'IVD, qui enquête sur des crimes et exactions remontant à 
1955, soit un an avant l'indépendance du pays, a reçu plus de 
62.000 contributions ces trois dernières années, et entendu les 
témoignages à huis-clos d'environ 11.000 personnes. 
    "Le but n'est pas la vengeance. Nous devons présenter ces 
témoignages pour l'histoire", a déclaré la présidente de l'IVD, 
Sihem Bensedrine, ancienne militante des droits de l'homme qui a 
été harcelée par les autorités sous la présidence de Ben Ali. 
     
    BATTU À MORT 
    Jeudi, la veuve et la mère de Kamel Matmati, un islamiste 
arrêté et tué à Gabès, dans le sud-ouest du pays en1991, ont été 
entendues jeudi. 
    "Mon mari a été battu par la police dans un centre de 
détention jusqu'à ce qu'il meure", a déclaré sa veuve, Latifa, 
en précisant qu'elle n'avait appris sa mort qu'en 2011. Elle a 
demandé que les policiers qui ont tué son mari et qui sont 
toujours en liberté soient sanctionnés. 
    Soupçonné de liens avec les islamistes et arrêté en 1989, 
Sami Brahm a raconté les séances de torture dont il a été 
victime au sous-sol du ministère de l'Intérieur. Suspendu à un 
poteau, ses bourreaux lui écrasaient des cigarettes sur le 
corps. 
    De nouvelles auditions publiques sont prévues les 17 
décembre et 14 janvier, dates respectives de commémoration du 
soulèvement de la Révolution de jasmin et de la fuite de Ben Ali 
en Arabie saoudite. Lors de la session de décembre, des 
responsables d'actes de torture et autres violations des droits 
de l'homme présenteront des excuses publiques. 
    L'IVD estime que ces auditions sont susceptibles de relancer 
l'investissement en Tunisie "parce que les investisseurs 
étrangers sauront que la Tunisie met en oeuvre un chemin pour la 
justice transitionnelle qui vise à démanteler son système 
autoritaire et corrompu." 
    La Tunisie doit accueillir à la fin du mois une grande 
conférence internationale sur l'investissement. 
    "Le véritable test pour le processus de justice 
transitionnelle en Tunisie est de savoir s'il débouchera au 
final sur des poursuites pénales pour les crimes de ces 
décennies passées, qui jusqu'ici n'ont pas fait l'objet 
d'enquête ou de sanctions adéquates", a commenté l'organisation 
de défense des droits de l'homme Amnesty International. 
 
 (Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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