Tsipras sur une corde raide avant les législatives en Grèce

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par Renee Maltezou ATHENES, 19 septembre (Reuters) - Elu en janvier sur la promesse d'en finir avec cinq ans d'austérité, Alexis Tsipras remet son mandat en jeu dimanche en Grèce après avoir effectué un virage à 180° parmi les plus spectaculaires de l'histoire récente de la politique européenne. Alors qu'il avait obtenu le 5 juillet par référendum un soutien franc et massif à son refus des mesures d'austérité réclamées par les créanciers d'Athènes, le Premier ministre grec a dû se résoudre huit jours plus tard à conclure un nouvel accord avec les "institutions", avec à la clef de nouvelles réductions dans les dépenses publiques, une augmentation de la fiscalité et des privatisations. La potion a été trop amère pour un tiers des députés de son parti, Syriza, qui ont refusé de soutenir le nouveau "Mémorandum" négocié avec les "institutions" et ont rompu pour s'en aller créer un nouveau parti, Unité populaire. (voir ID:nL5N10W1BU ) Face à la fronde, et moins de sept mois après avoir été investi à la tête du gouvernement, Tsipras a rendu son mandat le 20 août, précipitant un nouveau scrutin, le troisième de l'année après les législatives du 25 janvier et le référendum de l'été. "Le mandat que j'ai reçu le 25 janvier a atteint ses limites et le peuple grec a désormais son mot à dire", expliquait-il alors. Reconnaissant ne pas avoir obtenu "l'accord que nous voulions avant les élections de janvier", il ajoutait: "Je ressens profondément la responsabilité morale et politique de remettre à votre jugement tout ce que j'ai fait, mes réussites comme mes échecs." A 41 ans, le jeune Premier ministre a défendu cette ligne tout au long de la campagne électorale, qu'il avait entamée en tête des intentions de vote (mais loin du score de janvier, quand Syriza avait rallié 36,3% des suffrages) et qu'il finit au coude à coude avec Nouvelle Démocratie. Car à la surprise générale, Vangelis Meïmarakis, le nouveau chef de file du parti de la droite grecque qui a succédé à l'ancien Premier ministre Antonis Samaras après le référendum de juillet, s'est imposé comme un adversaire de taille, lui qui semblait devoir seulement gérer une période de transition avant un nouveau congrès. (voir ID:nL5N11O2FA ) SUR UNE LIGNE DE CRÊTE Dans cette nouvelle campagne législative, la cinquième qu'il mène à la tête de Syriza depuis son émergence sur la scène nationale lors des élections de 2009, Tsipras a recentré son discours, indiquant qu'il mettrait en oeuvre le programme négocié avec les créanciers en y ajoutant des mesures susceptibles d'amortir l'impact de l'austérité. "Syriza doit parvenir à un équilibre entre ses valeurs de gauche traditionnelles et la gestion du fardeau du plan de sauvetage", souligne un influent cadre du parti qui refuse d'être identifié en raison du caractère sensible de la question. Tenir cette ligne de crête n'a pas été chose aisée et le scrutin de dimanche, si les instituts de sondage sont dans le vrai, sera particulièrement incertain. Les derniers sondages donnent Syriza en tête d'une courte tête, et rendent indispensable la formation d'une coalition pour bénéficier d'une majorité parmi les 300 députés de la Vouli, le Parlement. Dans son entourage, on observe que Tsipras a été profondément affecté par les événements de ces derniers mois. Au point que certains affirment que s'il avait su qu'il devrait capituler face aux exigences des créanciers de la Grèce, il n'aurait pas ordonné la difficile expérience d'un contrôle des capitaux avec fermeture des banques et limitation des retraits aux distributeurs automatiques qui ont compliqué la vie de ses compatriotes pendant plusieurs semaines cet été. DÉSERTÉ PAR LES JEUNES Pour sa défense, Tsipras avance que les Grecs voulaient rester dans la zone euro, une opinion qui reste majoritaire aujourd'hui dans tous les sondages. Il assure aussi que "le combat pour améliorer (le nouveau programme) n'est pas terminé". En adepte des coups de poker, il note qu'il reste des "zones grises" à négocier, notamment sur le marché de l'emploi et les retraites, promet de se battre pour obtenir un allègement de la dette grecque. Et pour attirer les quelque 15% d'électeurs qui se déclarent indécis dans les sondages, Syriza, dans son dernier programme électoral, réaffirme que l'accord de juillet était "un coup d'Etat et le produit d'un chantage sans précédent" exercé sur la Grèce. Impossible pour l'heure de savoir si cela suffira à faire revenir ceux des électeurs de janvier qui ont aujourd'hui déserté le parti de Tsipras, à commencer par les plus jeunes, naguère colonne vertébrale de l'électorat Syriza. "Il ne s'est pas assez battu. Il avait une occasion, il l'a gâchée", déplore Yannis Aggelidis, un étudiant de 22 ans qui a voté Tsipras en janvier mais envisage aujourd'hui de s'abstenir ou de voter plus à gauche. "S'il n'avait accompli qu'une fraction de ce que Syriza avait promis, il serait resté très longtemps au pouvoir." Symbole de cette désaffection, Syriza n'est plus que le quatrième choix des 18-24 ans, eux qui attendaient beaucoup du plus jeune Premier ministre de l'histoire de leur pays mais dont le plus grand nombre de suffrages va désormais aux néo-nazis d'Aube dorée. (voir ID:nL5N11H33J LIEN Pour le POINT sur les élections: ID:nL5N11P0JB (Henri-Pierre André pour le service français)

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