Tsipras demande à ses partenaires un "compromis honorable"

le , mis à jour à 14:16
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* Athènes présentera ses propositions de réforme jeudi * Le clivage droite-gauche est très fort à Strasbourg * Tusk parle de la "toute dernière chance" (Actualisé ave réactions, citations, contexte) par Gilbert Reilhac STRASBOURG, 8 juillet (Reuters) - Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a demandé mercredi à ses partenaires de la zone euro de conclure un "compromis honorable" pour remettre son pays sur la voie de la croissance et régler la crise de l'endettement au bénéfice de toute l'Europe. Les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro ont décidé mardi de se donner jusqu'à dimanche pour conclure un accord "aide financière contre réformes" avec Athènes. A quatre jours de l'échéance, Alexis Tsipras s'est engagé devant les députés européens réunis en session plénière à Strasbourg à présenter jeudi les propositions de réforme qui lui sont demandées tout en restant vague sur leur contenu. "Demain, nous allons soumettre des propositions concrètes pour un accord juste, des propositions de réforme fiables", a-t-il déclaré à l'issue d'un long débat qui a vu le clivage droite-gauche éclater parfois avec une grande virulence. "Nous demandons votre soutien pour changer la Grèce." "Nous voulons trouver un compromis honorable pour éviter une rupture qui serait une rupture avec la tradition européenne, nous sommes tous conscients des enjeux et nous sommes prêts de notre côté à prendre nos responsabilités historiques. Les Grecs ont massivement rejeté dimanche dernier, par référendum, un plan proposé par les créanciers d'Athènes, dont les partenaires ne cachent plus leur exaspération, au point d'envisager un "Grexit" si la réunion de dimanche échoue. "C'est vraiment la toute dernière chance pour la Grèce", a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk. "Faites-vous aider par vos amis." CHAMP D'EXPÉRIMENTATION DE L'AUSTÉRITÉ Accueilli dans un hémicycle comble, où sa famille politique, la gauche radicale, mais aussi l'extrême droite, lui ont manifesté leur soutien, Alexis Tsipras a exhorté ses partenaires à faire des concessions pour tenir compte du vote grec. "Mon pays, ces cinq dernières années, est devenu un champ d'expérimentation de l'austérité mais l'expérience a échoué", a-t-il dit en évoquant l'explosion du chômage et de la pauvreté. Rejetant la responsabilité de la situation sur ses prédécesseurs, il a annoncé que ses propositions de réforme contiendraient une "juste répartition du fardeau" pour que la Grèce retrouve le chemin de la croissance. "Nous voulons lutter contre le règne des oligarchies et des cartels, contre la fraude et l'évasion fiscale, nous voulons moderniser l'Etat. Ce sont pour nous des priorités et nous attendons l'accord de nos partenaires sur ces priorités", a déclaré le Premier ministre grec, reconnaissant que les précédents gouvernements avaient gaspillé les fonds européens. Mais pour cela, il faudra selon lui trouver une "solution durable" sur la dette grecque, jugée impossible à rembourser par le Fonds monétaire international (FMI) lui-même et qui a surtout servi selon lui à renflouer les banques. Athènes, a-t-il dit, ne veut pas faire peser la charge sur les contribuables européens mais trouver une solution qui sortira l'Europe de son impuissance à régler une crise de l'endettement "qui s'autoalimente". "NOUS COURONS VERS LE GREXIT" Son gouvernement a formulé dès mercredi une demande non chiffrée pour un prêt sur trois ans du Mécanisme européen de stabilité (MES) pour respecter ses obligations. Les propos du Premier ministre grec ont été accueillis avec scepticisme par les principaux ténors du Parlement. "A cette heure, il n'y a pas de proposition concrète qui pourrait servir de base de discussion", a rappelé Manfred Weber, président du Parti populaire européen (centre droit) et eurodéputé allemand de la CSU. "Je suis furieux. Vous nous parlez de réformes mais ces réformes nous n'en voyons pas la couleur sous forme de propositions concrètes. Nous ne marchons plus vers le Grexit, nous y courons", a réagi le Belge Guy Verhostadt, président du groupe Libéral et démocrate. Aucun groupe n'a revanche souhaité que la Grèce sorte la zone euro, à l'exception de l'Europe des nations et des libertés de Marine Le Pen, qui en attend un exemple pour la France. "Ce dont vous avez peur, Messieurs des institutions européennes, ce n'est pas que la Grèce fasse faillite, c'est que la Grèce, en sortant de l'euro, démontre que l'on peut s'en sortir mieux sans l'euro qu'avec", a dit la présidente du Front national, dont le programme prévoit une sortie de l'euro. (avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)

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