Trump suscite inquiétude et espoir dans le monde arabo-musulman

le
0
    BEYROUTH, 9 novembre (Reuters) - L'élection de Donald Trump 
à la Maison blanche a été accueillie de manière contrastée dans 
le monde arabo-musulman, l'optimisme mesuré affiché par Damas et 
Le Caire contrastant avec l'inquiétude des rebelles syriens et 
dans nombre d'autres pays. 
    La position du futur président américain sur le conflit 
syrien sera sans doute le premier révélateur de sa politique 
proche-orientale.  
    Sa volonté affichée de coopérer avec Moscou sur ce terrain 
est davantage de nature à rassurer le président Bachar al Assad, 
dont la Russie est le principal allié, que ses adversaires. 
    La victoire surprise de Donald Trump n'a pour le moment pas 
été vécue comme un tremblement de terre par tous les rebelles 
syriens, qui se plaignent depuis longtemps du manque de soutien 
concret de l'administration Obama, et de son recul sur la "ligne 
rouge" des armes chimiques utilisées par Damas. 
    Pour autant, si l'un des principaux dirigeants de 
l'opposition syrienne, George Sabra, a dit mercredi espérer que 
"le président Trump montrera(it) un autre visage que le candidat 
Trump", certains insurgés reconnaissent craindre qu'un 
rapprochement entre Washington et Moscou ne se fasse à leurs 
dépens. 
    "Je pense que les choses vont devenir plus difficiles au vu 
des déclarations de Trump et de sa relation avec Poutine et la 
Russie. J'imagine que ce n'est pas bon pour l'issue du conflit 
syrien", a déclaré à Reuters Zakaria Malahifdji, un responsable 
d'un groupe basé dans les quartiers d'Alep-Ouest assiégés par le 
régime. 
    A Damas, à l'inverse, un député syrien, Chérif Chehada, fait 
part d'un "optimisme prudent" et juge que les pays arabes du 
Golfe qui soutiennent les rebelles espéraient une élection 
d'Hillary Clinton et sont désormais "dans une impasse". 
    L'Arabie saoudite, un de ces pays indirectement impliqués 
dans le conflit syrien, a réagi à la victoire de Donald Trump 
par un communiqué laconique dans lequel elle se contente de 
féliciter le président élu. 
     
    SATISFACTION EN EGYPTE 
    L'atmosphère est différente au Caire, qui a récemment pris 
ses distances avec Ryad, son principal bailleur de fonds depuis 
que l'armée a renversé le président islamiste Mohamed Morsi il y 
a trois ans, pour se rapprocher diplomatiquement de Moscou. 
    Au point que le président Abdel Fattah al Sissi a été le 
premier dirigeant étranger à téléphoner à Donald Trump pour le 
féliciter, selon les services de la présidence égyptienne. 
    De nombreux Égyptiens se félicitent du succès du candidat 
républicain et espèrent une rupture avec la politique de Barack 
Obama et d'Hillary Clinton, sa secrétaire d'Etat au moment des 
"printemps arabes", qu'ils jugent responsables de la dégradation 
de la situation au Proche-Orient et de la poussée islamiste dans 
la région. 
    Dans les autres pays arabes et musulmans, les populations 
sont davantage marquées par les propos hostiles de Donald Trump, 
qui a notamment proposé pendant la campagne d'interdire l'accès 
au territoire américain à tous les musulmans pour se protéger du 
terrorisme. 
    "Trump a adopté une rhétorique incendiaire contre les 
musulmans. Les électeurs attendront de lui qu'il tienne ses 
promesses. Cela m'inquiète pour la situation des musulmans aux 
Etats-Unis et dans le reste du monde", a commenté Yenny Wahid, 
fille d'un ancien président indonésien qui milite pour la 
promotion d'un islam modéré dans l'archipel. 
    L'écho est le même du Nigeria au Bangladesh, en passant par 
le Pakistan. 
    "La victoire de Trump est un énorme cadeau pour la mouvance 
djihadiste déclinante, qui va maintenant avoir un nouveau cri de 
ralliement", a estimé sur Twitter Ammar Rachid, universitaire et 
membre du Parti des travailleurs pakistanais. 
    "Si l'idéologie djihadiste se nourrit d'une chose, c'est de 
l'image du diable américain en croisade contre les musulmans. 
Ils vont exploiter au maximum l'élection de Trump", a-t-il 
ajouté. 
    Les premières réactions sur les réseaux sociaux fréquentés 
par les djihadistes semblent lui donner raison. 
    De nombreux utilisateurs affirment que l'élection de Donald 
Trump expose le "vrai visage" des Etats-Unis à l'égard des 
musulmans. "Le masque est tombé", écrit l'un d'eux.    
 
 (Tom Perry et Lisa Barrington, avec les rédactions de Reuters, 
Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles 
Trequesser) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant