Troisième jour d'affrontements à Damas, Annan à Moscou

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POURSUITE DES COMBATS DANS DAMAS
POURSUITE DES COMBATS DANS DAMAS

par Erika Solomon et Mariam Karouny

BEYROUTH (Reuters) - Les affrontements entre l'armée syrienne et les insurgés ont fait rage mardi à Damas pour la troisième journée consécutive, donnant lieu à des combats d'une violence sans précédent dans la capitale en 17 mois de conflit politique en Syrie.

L'intensification des combats dans la capitale syrienne survient alors que les puissances occidentales tentent de convaincre Moscou, soutien indéfectible de Damas, d'accentuer la pression sur le président Bachar al Assad, qui reste sourd aux appels à cesser la répression des manifestations antigouvernementales.

En visite à Moscou, l'émissaire international Kofi Annan a espéré, à l'issue d'une rencontre avec le président Vladimir Poutine, que le Conseil de sécurité de l'Onu arriverait à surmonter ses désaccords sur le dossier syrien.

"Je souhaite que nous poursuivions les discussions et que nous trouvions une formulation qui puisse nous permettre à tous d'avancer sur cette question critique", a déclaré le diplomate ghanéen, chargé par l'Onu et la Ligue arabe de trouver une issue pacifique au conflit.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a pour sa part indiqué qu'il n'y avait aucune raison de ne pas parvenir à un accord au Conseil de sécurité sur un projet de résolution.

Moscou, qui a opposé son veto à deux reprises au Conseil de sécurité de l'Onu par le passé à des résolutions condamnant la répression, reste pour l'heure hostile aux sanctions prônées par les puissances occidentales et contenues dans un projet de résolution britannique.

L'ambassadeur à l'Onu Mark Lyall Grant a annoncé lundi que le projet de résolution serait mis au voix mercredi, malgré l'hostilité de la Russie.

A Jérusalem, le chef des services de renseignements israéliens a estimé mardi que le régime syrien avait perdu le contrôle de Damas.

"L'armée syrienne agit de façon brutale, ce qui montre que le régime est désespéré. Son contrôle de Damas diminue", a déclaré le major-général Aviv Kochavi, lors d'une commission parlementaire, selon un porte-parole de la Knesset.

"Assad a déplacé une grande partie des ses troupes qui étaient sur le plateau du Golan dans les zones de conflit."

REBELLES ENCERCLÉS

Sur le terrain, les hélicoptères des forces gouvernementales ont bombardé les quartiers damascènes de Midan et de Tadamon contrôlés par les combattants rebelles. A Midan, quartier sunnite, des habitants ont signalé la présence de tireurs d'élite sur les toits. Les insurgés ont annoncé avoir tué 70 soldats et miliciens (Chabiha) ces dernières 24 heures et avoir abattu un hélicoptère de combat de l'armée syrienne au-dessus du quartier de Kaboun, dans le nord-est de la capitale.

"Des hélicoptères nous survolent à basse altitude. Il est facile de leur tirer dessus avec des armes antiaériennes", a déclaré à Reuters un responsable des insurgés.

Les autorités ont relativement peu communiqué sur les combats dans Damas. La télévision publique a cependant parlé d'une opération militaire en cours contre les "derniers éléments de groupes terroristes armés" à Midan et a dit également que dans un quartier voisin, Nahr Aïcha, des affrontements avaient là eu lieu avec des "terroristes" tentant de bloquer des rues.

Quelques heures plus tard, le ministre de l'Information, Omran Zoabi, a parlé d'affrontements avec des combattants qui s'étaient infiltrés dans la capitale. Certains, a-t-il dit, se sont rendus et un grand nombre d'autres ont été mis en déroute et contraints de prendre la fuite.

"Ce qui se passe, c'est que des éléments armés s'étaient infiltrés dans Damas et tentaient de progresser dans un des quartiers. Mais les forces de sécurité les ont encerclés et affrontés et les combats se poursuivent", a-t-il dit à Reuters. "Certains combattants se sont rendus et d'autres ont pris la fuite à pied ou à bord de véhicule, tirant en l'air à l'aveuglette pour effrayer la population", a dit Zoabi.

"ÉTAT D'ALERTE GÉNÉRALE"

La capitale était jusqu'ici considérée comme un bastion imprenable du pouvoir. "Quand vous pointez vos armes vers le coeur de Damas, vers Midan, vous avez perdu la ville. Les rebelles de la rue ont le soutien des familles de Damas", a assuré l'opposant Imad Moaz.

Selon un officier de l'Armée syrienne libre (ASL), des milliers de combattants d'Idlib, de Rakka, de Hama et de Homs sont arrivés à Damas mais ils ne disposent pas de la puissance de feu nécessaire pour porter un coup décisif au régime.

"Nous ne voulons pas contrôler Damas parce que nous avons que nous ne serons pas capables de le faire ou de renverser (le régime) mais ce que nous voulons c'est contrôler quelques quartiers que nous pourrions utiliser comme des points d'action", a dit cet officier.

Damas est en "état d'alerte générale", a ajouté un autre haut responsable rebelle. "Nous nous en sortons bien mais nous ne pouvons rien annoncer encore. Nous ne pouvons pas dire que nous contrôlons un quartier sinon le régime le rasera complètement. Il est trop tôt encore pour parler de le renverser."

Alors que les combats faisaient rage à Damas, un général et plusieurs autres officiers de l'armée syrienne ont fui dans la nuit de lundi à mardi en Turquie avec quelque 1.280 Syriens, a-t-on appris mardi auprès d'un responsable turc.

Selon ce responsable, les dernières défections qui ont affecté l'armée syrienne portent à 18 le nombre de généraux syriens ayant trouvé refuge en Turquie.

Un certain nombre d'officiers ont également fait défection avec leur famille, soit 68 personnes au total en comptant leurs proches. Face à l'escalade de la violence et à "la hausse du nombre d'agressions" visant des Irakiens en Syrie, l'Irak a invité mardi ses ressortissants à quitter la Syrie.

Selon l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme, les violences politiques ont fait depuis mars 2011 plus de 17.000 morts en Syrie. La Croix-Rouge qualifie désormais les combats de "conflit armé intérieur", autrement dit de guerre civile.

Jean-Philippe Lefief, Marine Pennetier et Eric Faye pour le service français

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  • M8637171 le mardi 17 juil 2012 à 12:24

    C'est le début de la fin. Les peuples se souviendront des pays qui soutiennent les tyrans. Très mauvais calculs de la Russie.