Trois tonnes d'ivoire illégal broyées à Paris

le
0

par Marion Douet

PARIS (Reuters) - Trois tonnes d'ivoire illicite, fruit de vingt ans de saisies des douanes, ont été détruites jeudi à Paris au pied de la Tour Eiffel, conformément aux engagements de François Hollande pour lutter contre le braconnage des espèces menacées.

Ces quelque 15.000 pièces - 700 défenses, des bijoux et des sculptures -, principalement saisies à l'aéroport de Roissy, sont estimées à près d'un million d'euros.

Le ministre de l'Ecologie Philippe Martin a souligné que la France était le premier pays européen à détruire ainsi ses stocks, quelques jours avant l'ouverture le 12 février à Londres d'une conférence internationale sur les espèces menacées.

"La France entend ici marquer concrètement sa solidarité avec les pays africains qui sont victimes du braconnage", a-t-il déclaré avant le début du broyage de l'ivoire.

Philippe Martin a rappelé que, conformément aux annonces de François Hollande lors du sommet Afrique-France de décembre, les amendes pour l'achat d'ivoire illégal avaient été multipliées par dix, passant de 15.000 à 150.000 euros.

Le trafic des espèces protégées est le quatrième au monde, derrière la drogue, la contrefaçon et celui des êtres humains.

Nicolas Hulot, envoyé spécial de François Hollande pour la protection de la planète, a rappelé que le prix de l'ivoire dépassait 1.000 dollars le kilo tandis que celui de la corne de rhinocéros atteignait 50.000 euros, attirant les convoitises de nombreuses organisations criminelles à travers le monde.

"C'est un problème environnemental mais aussi un enjeu de sécurité majeur car l'argent est immédiatement réinjecté dans les trafics de toutes sortes qui participent à l'instabilité de la région", a déclaré l'ancien candidat écologiste à l'élection présidentielle lors d'un discours.

DES DÉFENSES AU MILIEU DES LÉGUMES

Le trafic de l'ivoire menace la survie des éléphants d'Afrique, leur taux de braconnage (7,4%) étant largement supérieur au taux de renouvellement naturel des espèces, a-t-il expliqué.

Les stocks détruits jeudi sont le fruit des saisies des douanes entre 1987 et 2007, principalement à l'aéroport de Roissy, l'un des plus grands d'Europe.

"Les petits objets, les bijoux proviennent des bagages des voyageurs, et se retrouvent parfois sur les trottoirs de Paris, chez les vendeurs à la sauvette, mais 80% de l'ivoire est saisi dans le fret, caché dans les fruits et les légumes", a expliqué Alain Hitzel, directeur adjoint de la police de l'environnement.

"Il y a des cibles sur lesquelles on se concentre particulièrement, surtout venant des pays africains mais ces dernières années, les saisies baissent de 30 ou 40%", ajoute-t-il.

Outre la crainte de contrôles plus fréquents, les trafiquants envoient directement leurs produits vers l'Asie, où se trouve une grande partie du marché, précise-t-il.

Selon les conservateurs, l'augmentation de l'influence et des investissements de la Chine en Afrique a accru le commerce illicite de l'ivoire à destination de l'Asie, où l'on prête des vertus aux défenses d'éléphants et autres cornes de rhinocéros.

Le nombre d'éléphants braconnés est passé de 11.500 en 2010 à 17.000 en 2012 dans les zones surveillées par le Programme de suivi de l'abattage illégal des éléphants de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites).

Edité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant