"Trois soeurs", seules, dans la pesanteur de l'été

le
0
"Trois soeurs", seules, dans la pesanteur de l'été
"Trois soeurs", seules, dans la pesanteur de l'été

(AFP) - Trois soeurs, le premier long métrage de la jeune réalisatrice argentine Milagros Mumenthaler, entraîne par petites touches dans le vécu difficile de trois jeunes filles, seules dans une maison depuis la mort de leur grand-mère, les nerfs à vif dans la pesanteur de l'été.

Sous le titre original de Abrir puertas y ventanas ("Ouvrir les portes et les fenêtres", phrase tirée d'une oeuvre de Federico Garcia Lorca), le film raconte la vie quotidienne de trois jeunes soeurs de 16, 17 et 21 ans. La grand-mère vient de mourir, les parents sont absents ou disparus, et tout ce qu'on en sait, c'est que leurs affaires sont empilées dans le garage.

"Les relations fraternelles me touchent et m'inquiètent", confie à l'AFP Milagros Mumenthaler, 35 ans, qui a elle-même deux soeurs et présente son film comme "pas autobiographique mais personnel, né très naturellement".

La maison, spacieuse, joue un rôle particulier. Elle est "assez chargée", c'est "le quatrième personnage de l'histoire", dit-elle. C'est là que sont entassés tous les souvenirs - meubles, vêtements, objets, disques - qui font le mal-être des filles, les empêchent de trouver leur place, de se trouver elles-mêmes.

Musique et lenteur

On parle peu dans ce film très lent et pétri d'absence, où la musique joue un rôle essentiel et où les relations sont sans tendresse. Ce qu'exprime particulièrement bien Marina (Maria Canale), l'aînée et la plus raisonnable, dont les désarrois se traduisent en une agressivité brute qu'elle essaie d'apaiser en se réfugiant dans un lit à vibrations électriques.

Violeta trouve sa place en quittant les lieux, comme Milagros Mumenthaler au même âge. Sofia, provocatrice, semble multiplier les coups de folie, en vendant à un brocanteur les cartons d'affaires de ses parents, en arrachant le papier-peint vieillot, en mettant les meubles dans la rue. En fait, elle permettra aux soeurs de repartir de zéro et de se réapproprier la maison.

Pour trouver les trois jeunes filles, Milagros Mumenthaler en a vu en casting "500 à 600", pour "essayer de percevoir leur sensibilité" et "comprendre leur univers". Elle leur a fait passer du temps ensemble, "pour mieux se connaître" et a travaillé avec elles "pour qu'elles comprennent ce qu'il y avait entre les lignes".

Milagros Mumenthaler dit aimer les films "d'atmosphère", qui "ne reposent pas simplement sur un scénario" et où "les petites choses prennent une assez grande place". Elle attend des spectateurs qu'"ils se laissent aller et comprennent peu à peu les relations et les personnages".

Le film a notamment obtenu deux prix au dernier Festival du film de Locarno, le Léopard d'or et le prix d'interprétation féminine pour Maria Canale, dont c'était le premier film.

Milagros Mumenthaler, qui a passé toute sa jeunesse en Suisse, prépare maintenant un film "plus libre, plus poétique", à partir d'un livre argentin de photos et de poèmes.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant